(*) Histoirede SaintLouis» Livr,///, à l 1 ami,Ï253 ,
134 édition
de Bruxel-les, 1688.ViAu'cíir ci-te le V. Vo-lume ies His-toriens deFrance pu-ílies. par DaCliene, pag,
446 .
La. R.FINK
Blanche fntla Nourricede son Fils.
(0 Varillas,•Minorité deSaint L ouïs,
#*£. 10.
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plus absolue. Les foins tóut particuliers qu’elle avoit eus de l’élever (C), à le bonheur avecquoi elle dissipa toutes les tempêtes qui fe formèrent pendant la minorité j inspirèrent à ce jeunePrince beaucoup de respect & de tendresse pour elle. On peut assurer qu’il lui laiíîà prendre tropd’empire fur lui: l’Histoire en a conservé des particularisez (ct), qui nous persuadent que cetteReine avoit aporté de son pais une humeur un peu trop áltiere. Ce n’étoit pas le moien de s’encorriger, que de sc brouiller comme elle fit avec la Reine fil belle-fille: au contraire, cette con-currence d’autorité ne pouvoit que rendre scs passions plus impérieuses. II est facile de s’imaginerque Saint Louis n’étoit pas trop à son aise parmi toutes ces disputes de ía mere & de fa femme ;car de peur d’irriter celle-là , il n’osoit pas même faire des caresses à celle-ci (d). II emme-na (é) son épouse à la Terre Sainte, lors qu’il s’engagea à la Croisade, & laiíîà l’autre dans sonRoiaume en qualité de Régente. On doit avouer à la gloire de la Reine Mere, qu’encore qu’elles’attendît fans doute à régner en l’abfence de son fils, elle tâcha de le détourner de cette malheu-reuse expédition (/). Elle ne vécut pas jusques au retour de Saint Louis; car elle mourut Pan12 f 1 (Z) , s’étant signalée dans cette seconde Régence par bien des actions de tête, au milieude plusieurs conjonctures délicates. Le Roiaume lòufrit beaucoup en ce tems-là, par les fureursd’un grand nombre de gens simples ( h ) que certains Visionaires infatuérent (£). L’opressiondes peuples fous le joug des Ecclésiastiques étoit pitoiable. On fit une action de vigueur pour yaporter quelque remede (Ì 7 ). La nouvelle de la mort de Blanche affligea extrêmement le Roi
Uur %, les Courtisans corrompus , ravis de pouvoir autoriser leursdésordres par ï exemple de leur Prince, appuyèrent, s’tl s ne for-mèrent eux-mêmes quelques bruits qui coururent , <y qu on ac-compagna í£ assez, de vraisemblance pour allarmer ceux qui s in-téressaient à sa vertu. Un bon Religieux entr autres fe crut obli-ge d en avertir la Reine , zy lui vint donner cet avis d'une ma-niéré à la persuader qu il en doutoit moins qu il n eût voulu. Illui fit même sentir qtio/i la soupçonnait d'en savoir autant denouvelles que personne , zy de se mettre peu en peine de ce quefaisoit son fils , pourvu quelle gouvernât. Elle ne pouvoit gue-re recevoir un coup plus sensible. Mais considérant plus le zèlee ce Religieux, que f air dont il lui parloit, elle justifia le Roi,^tri tHe-même avec tant de modestie, qu il n étoit pas
de douter , zy quelle ne fe tint assurée de la sagesse deson fils , zy que de fa part elle ne fût incapable de tremper enaucune forte dans les fautes qu il pouvoit faire. Il en étoit liu-mime fi éloigné , zy toutes ses allions le marquoient fi visible-ment, que ces vains bruits se dissipèrent en moins de rien, zypour ne renaître jamais (1).
(ffi) - - - - - Les foins tout particuliers quelle avoit eus del elever.] Elle le nourrit elle-mêrae , 8c cela fans vouloirrauffrir qu il prit d’autre lait. , On raporte là-deíì'us une cir-constance qui est non feulement d’une extrême singularité,mais aussi très-propre à nous montres Combien elle s’étoitentêtée fur ce sujet. ,, Un jour que. la Reine étoit dans la„ plus grande ardeur d’un accès de fièvre qui dura extraor-„ dinairement, une Dame de qualité, qui, pour plaire à fa„ Majesté , ou pour l’imiter , nourrissoit aussi son fils,j, voyant le petit Louis pleurer de soif, s’ingéra de luis, donner la mammelle. La Reine au sortir de son accès„ demanda son fils, 8c lui présenta la sienne: mais le pe-” t )V*c°-' U1 ' s nert . voulut pointsoit qu’il fùt pleinement” r ‘* ale ’ ou qú’un lait brûlé le rebutât , après en avoir” Ç n í a ^ ant de frais qu’il lui en saloir. 11 n’étoit pas dif-,, fi cil e d en deviner la cause , & la Reine la soupçonna,, d abord. Elle feignit d’être en peine de remercier la„ personne à qui elle étoit redevable du bon office rendu
à son fils durant son mal ; 8c la Damé croyant faire sa„ cour i avoua que les larmes du petit Louis l’avoienì fi„ sensiblement touchée , qu elle fi’avoit pu s’empêcher d’y„ mettre remede. Mais la Reine, au lieu de repartir, la„ regarda d’un air dédaigneux , 8c enfermant son doigt„ dans la bouche de son fils, le contraignit ainsi de fendre,, tout ce qu’il avoit pris. Cette violence donna de 1 e-„ tonnement & ceux qui la virent ; 8c la Reine pour la„ faire cesser dit, qu’elle ne pouvoit endurer qu’une au-,> tre femme eût droit de lui disputer la qualité de mere:„ tant on étoit alors persuadé que la nourriture des enfans„ faisoit partie de leur éducation (3) ”.
(X>) Son fils lui laissa prendre trop d’empire sur lui. L'His-toire en à conservé des particularitez.'] Cette mere impérieu-se , aiant conçu de la haine pour sa bru,’. l’empêchoit leplus qu elle pouvoit de coucher avec le Roi son mari, 8cce Prince S assujettissost contre son gré à cette nouvelle es-pece de servitude ;■ car quand, il oioit aller au lit de fafemme , il prenoit ses précautions pour n’y 'être pas sur-pris. Voulez-vous voir une plus rude tyrannie que celleque souffrent un mari 8c une femme, qui n’ont pas la li-berté de se rendre tout à leur aise le devoir conjugal. LaReine Blanche ne vouloir pas même souffrir que son filsrendit des visites à ft femme dangereusement malade.Prouvons tout ceci pat lc, témoignage d’un Auteur con-temperain. „ La cause pourquoi la Ruine n’aimoit pas„ la mere du Roi estait pour les grans rudesses, qu’elle lui„ tenoit ; car elle ne voulait souffrir que le Roi hantast,-> ne fust en ía compagnie .de la Raine ft femme, ains le-- dessendoit a son pouvoir.’. Et quant le Roi chevauchait-> aucunes fois pat son Royaume, & “ avoit la Raine
-> Blanche sa : mere, 8c la Raine Marguerite ft femme,'" communément la Raine Blanche les faisoit séparer l’un" “J- l’autre, 8c n’estoient jaïnais logés ensemblement. Et,, advint un jour, qu’eus estafis à Pontoisc, le Roi estait„ loge au dessus du logis de la Raine ft femme, 8c avoit-> instruits ses Huissiers de salle, en telle façon, que quant» n vouloir aller coucher avec la Roine, 8c que la RomeTOME II.
,, Blanche vouloir venir en la chambre dû Roi ou de la„ Raine , ils battaient les chiens , affin de les faire crier :
„ 8c quant le Roi Ë entendait, il se muffoit de ft mere :„ st trouva celui jour la Roine Blanche, en la chambre de„ Ia Roine, le Roi son mari, qui l’estoit ventje voir, pour-„ ce qu’elle estait en grand péril de mort, a cause qu’elle,, s’estoit blessée, d’un enfant qu elle avoit eu, 8c le trou-„ va caché derrière 1a Roine , de peur qu’elle ne le vist:„ mais la Roine Blanche fa mere l’apperceut bien , 8c le,, vint prendre par la main , lui disant : venés vous en ,„ car vous ne faites rien ici, 8c le sortit hors de h cham-„ bre. Quant la Roine vit que la Roine Blanche séparait„ son mari de ft compagnie , elle s’escria a haute vois :
„ helas, ne me laifferés vous voir mon Seigneur, ni en la„ vie, ni a la mort! 8c se disant elle fe pasma, 8c cuidoit-„ on qu’elle fust morte: 8c le Roi qui ainsi le croyait, y„ retourna la voir subitement, 8c la fit revenir de pamai-„ son (4) ”, _ _ ' ; •
, (£) Le Roiaume soufrit . . . par les fureurs de gens sim-ples que certains Visionaires infatuérent. ] La Reine Blanchene démêla point d’abord leur pernicieux égarement. UnAuteur lui veut faire un grand mérite, d’avoir avoué quel-U s’étoit trompée furie sujet des Pastoureaux, louange bienmédiocre à mon sens. Car d’avoir pris des scélérats pourdes gens de bien , ce n est qu une erreur humaine , qui peutvenir de la bonté du coeur, zy que Vamour propre fie fait unplaisir d’avouer: mais s’il se fut agi de gens de bien calom-niez. , zy qui naissent eu que leur innocence pour appui , c é-toit en ce cas que l’aveu ne pouvoit être trop loué , zs? c èfl ence cas aitsfi qu il ne faut guere l'esperer ( ç ). Cette Réfle-xion du nouvel Historien de St. Louis est très-fine 8c très-judicieuse. ...
(F) L’opreJJion des peuples fous le joug des Ecclésiastiquesétoit pitoiable.. On fit une aâlion de vigueur pour y aporterquelque remede. ] Le Chapitre de Paris avoit fait Mettre enprison tous les habitans de Chatenai zv de quelques autres en-droits pour diverses choses qu on leur imputait, zv qui étoientinterdites aux serfs ,■ car c étoit alors la condition du peuple, zvfur tout des habitans de la campagne (6). Os les vendaitavec les terres comme une dépendance qui en faisoit partie (7).Une foule de ces malheureux languissait donc dans les prisonsdu Chapitre, où manquant même du nécessaire pour la vie, ilsétoient en danger de mourir de faim ZV de misere. Blanche tou-chée de compassion aux plaintes quelle en reput, envoya deman-der qu â fa considération on voulût bien les relâcher fans cau-tion , assurant que de Ja part elle s’informeroit des choses, ZVseroìt toute sorte de justice. Mais h Chapitre, après avoir ré-pondu que personne n avoit rien â voir sur ses sujets, ZV qu ilpouvoit les faire mourir fi bon lui sembloìt , envoya encoreprendre les femmes les enfans qu il avoit d’abord épargnez.Puis en haine de les voir honorez d’une telle proteSlion , on lestraita de forte qu’il en mourut quantité, soit par la faim, soitpar l’incommodité qu ils fouffroient du chaud dans un lieu àpeine capable de les contenir. Blanche, indignée d’unè aBton ohil ri y avoit pas moins d-’insolence que d’inhumanìté .... ., setratisporta avec main forte à la prison du Chapitre , dont elleordonna qu'on enfonçât les portes, zjr comme on pouvoit én fai-re difficulté,par la crainte des censures fi communes en ce tems-là, elle y donna le premier coup d un. bâton qu elle avoit à lamain. Celui-là fut fi bien seconde, qu en un instant la sortes’en alla par terre, Z? l’on vit sortir une foule d hommes, defemmes, zy d’enfans, avec des visages défigurez, qui fe jet-tant à ses piez la supplièrent de les prendre fous fa protection ,fans quoi la grâce qu elle leur faisoit leur coûterait bien cherElle le fit en effet, zy si bien quaprèj avoir fait saisir les reve-nus du Chapitre, jusqu a ce qu il eut rendu ce qu’il fievoit âl'autorité dont olls etoit dépositaire, elle l obligea même d]ajfran~chir ces habitans pour une certaine somme par an. iCè fut pres-que en ce tems-la que commencèrent ces sortes déaffranchijfe-mens, ou du moins qu ils devinrent fort communs. Si quel-ques-uns trouvent que j’ai cité un trop long Passage, ils fe.plaindront qu en. leur .faisant voir. .un ..beau morceau del’Histoire de notre Blanche , je leur expose deux ou trois-autres faits fort singuliers. Leur plainte fera donc trés-mal'fondée.
N’
(d) Volez.%emarcsucs{D) & {Os
(?) Vm
1248.
(f) Histoiredè SaintLouïs, Livr .V!,num, 75»pag. m, 32ï-
(.<j) SuintLohì's ne re.-*vint en Fran-ce (svïen1254.
(fc) Ort iesapelle Pas-touraux.Voìez* /'His-toire de .
St. Louïs 9Livr. X ,pn%. 113fiiiv. à Panr. 9125?..
Í4) Jònvîl-lç » Ohroni-;que du RoiSr. Louis,Ch.LXXVI xpag, m »
26Z.
(0 Histoirede SaintLouis, Livr»X,pag, 125 -
Tyranniedu Chapi-tre de Ëa- ;ris. châtiée .par la ReineBlanche.
( 6 ) Histoirede SaintLouis, Livr»X.pag. 122,123.
(7) CVy? ce fqk'on apelloitanciennement
servos gle- .bai, ou gle-ybx adfcriP-titios.