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Tome second. C - I.
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CHARRON-.

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Tannée 1600, & y compose entre autres Ouvrages les trois livres de la Sagesse. íl fit im-primer à Bourdeaux íes Discours Chrétiens Tan 1600 (Z)). II n’étoit plus à Cahors, il s’étoitdéjà établi à Condom, où il avoit accepté la Chanoinie Théologale & la dignité de Chantre quel’Evêque lui avoit offertes. II publia à Bourdeaux son Traité de la Ságesse l’an 1601. Deux ansaprès, il fit un voiage à Paris, pour remercier un Evêque qui lui avoit offert la Théologale deson Eglise ÇE) , & pour y faire une nouvelle Edition de cet Ecrit. 11 ne vécut pas assez pour envoir plus de trois ou quatre feuilles rimprimées : il mourut subitement dans une rue le 16 deNovembre 1603. L'impression de cet Ouvrage fut achevée malgré les obstacles presque infinisque Ton eut à surmonter (e) (F) ; car comme T Auteur avoit dit beaucoup de choses suivant leslumières de la Philosophie, il n’avoit pu attaquer les sentimens populaires & superstitieux, fansavancer des maximes qui sembloient choquer ìes véritez de la Religion. C’est pourquoi, il y eutbeaucoup de gens qui s’élévérent contre son Livre, 6c qui le décrièrent comme un Séminaired’impiété. Mais il se trouva de grans esprits qui s’opposérent à cette persécution, & qui distin-guèrent les choses comme il faloit. Heureusement pour la mémoire de Charron, 6c pour son Li-vre, il y eut des gens d’Etat aussi illustres par la force de leur génie, que par leur autorité , quise mêlèrent de cette affaire : íàns cela, il auroit été flétri très-durement, 6c Ton auroit extermineson Ouvrage. Auffi avoit-il toujours souhaité d’avoir pour juges les personnes de ce caractère (G) :il n’espéroit point la même équité de ceux que leur profeffion engage à s’échaufer trop , 6c àqui elle fait contracter une habitude de condamner précipitamment tout ce qui s’écarte de leurspréjugez. Quelques-uns croient qu’il est glorieux à la France d’avoir permis la publication dece Livre, malgré les opositions 6c les murmures de beaucoup de gens. On fit voir par 1 a qu onn’aprouvoit point le joug tyrannique que tant de personnes voudroient mettre fur Tesprit, 6c qu onaprouvoit la liberté de philosopher quand elle se contenoit dans certaines bornes. Le plus vio-lent Déclamateur qui ait paru contre ce Livre de la Sageste est un Jésuite nomme Garasse. 11 amis Charron dans le catalogue des Athées les plus dangereux 6c les plus mécbans (/Z). II étoit,

trop

(e) Tiré díi’Eloge dePierre Char-ron an de-vant dn Li-vre de là, $î-gèííc'.

(lo) ElogeÓe PierreCharron.

mê-

•Wf.

(l z) La mi-me»

( 1 3 ). Nemms

George Mi-th U de R 0 -

Uiernaiìkt.'

( D) il fit imprimer . .... ses Discours Chrétiens Vanî6oo.j Us font au nombre de seize : les VIII premierstraitent de l’Eucharistíe ; j e s autres concernent la conois-lance& h Providence de Dieu, la Rédemption du monde,oc la Communion des Saincts (10).

(ii) Il fit un •voiage a Paris, pour remercier un Evêque quiim avoit offert U Théologale de son Eglises Claude DormyEvêque de Boulogne fur mer, & Prieur de St. Martin desChamps à Paris, étoit celui qu’il avoit à remercier : il enavoit reçu des Lettres fort obligeantes qui témoignoientque ses Livres étoient bien au goût de ce Prélat, & qu’il luiferoit plaisir s’il vouloir être le Théologal de fa Cathédra-le (ii). Notez que l’Aprobation de cet Evêque se rapor-toit aux trois livres de la Sagesse , auffi bien qu’áux seizeDiscours. II n’acceptá point ces ofres ; 8c il dit à un sienintime ami, qu il eufi assez, volontiers accepté cefle Théologalefour quelques années, mats que Vair & le climat froid, humi-de, esr proche de la mer, efioit non feulement màl plaisant C?triste à son humeur p- naturel, ains mal sain, caiharreux,CT rheumdtíque ; qu il efioit solaire dtt tout, que le Soleil efioitson Dieu senfible, comme Dieu efioit son Soleil insensible , par-"quoy qu il craignait ne se pouvoir accommoder ny habituer àPologne sainement ny plaisamment, csr partant nullement (iz).11 n’est pas le seul homme de Lettres à qui les climats froids& humides font incommodes , 8c pour qui le Soleil est unDieu senfible.

(P) L’imprefiìon des Livres de la Sagesse fut achevée mal-gré les obstacles infinis que Von eut à surmonter .] Servons nousde la Narration qui se trouve dams son Eloge. II avoitrecommandé affefíueusement cet Ouvrage 8c les DiscoursChrétiens à l’un de ses plus intimes Amis Avocat au Par-lement (13). Cet Ami en eut tant de foin , qu ils sorti-rent de dessous là presse „ nonobstant les traverses 8c em-„ peschcmens qui luy furent donnez par des homthes ma-„ licieux ou superstitieux qui avoient l’esprit bas, foible 8c„ plat , 8c estoient, perquàm similès Noâluis qtiarum oculi„ tantum splendorem serre non poterant ejr ad ijìius Solis lu-„ men caligabant , ne pouvans souffrir ny supporter les es-„ clats 8c belles pointes de cet esprit singulier, rare , vi-„ goureux , merveilleusement relevé Lc divin. Car on

toient pour le commun 8c bas estage du monde, aináqu’il n’appartenoit qu’aux plus forts 8c relevez esprits> d’en faire jugement, 8c qu’ils estoient vrayement livres, d’Estat, 8c en ayant fait son rapport au Conseil Privé ,

, la vente d’iceux en fut permise au Libraire qùi les avoit, fait imprimer, 8c eut entiere délivrance 8c main-leyée, de routes les saisies qui avoient esté faites : Après qu on, eust remonstré 8c justifié que ses livres avoient esté cor-,, rigez 8c augmentez par FAutheur depuis la prémìere Im-„ pression faite à Bourdeaux , en Pan 1601 , 8c que paf>, ces Additions 8c Corrections il avoit esdaircy 8c fortifié,

„ 8c en quelques lieux adoucy ses discours fans avoir rien„ altéré du sens 8c de la substance , cc qu’il avoit fait pour„ fermer la bouche aux malicieux , 8c contenter les fim-pies, qu’il les avoit fait voir par aucuns de ses meilleurs„ amis, gens clair-voyans 8c nullement pédar.s , qui en es-„ toient bien édifiez 8c satisfaits, 8c que fans cela ils nci, Festoient pas, 8c que fur tout il se soubmettoit ,-8c ses„ livres à la censure , 8c jugement de l’Eglise Catholique ,Apostolique 8c Romaine ”.

Vous comprenez bien par ce Narré, que l’Edition deParis 1604 n’est point conforme en toutes choses à l’Edi-tion de Bourdeaux 1601. Celle-ci contenoit des chosesqui furent, ou fuprimées dans l’autre, ou adoucies , & rec-tifiées. Cela fit que l’Edition de Bourdeaux fut plus recher-chée par les curieux ; 8c de là vint que les Libraires firentrimprïmerle Livre en divers endroits, suivant'cette Edition-Jà C14) » sé qui fit qu’un Libraire de Paris procura uneEdition où il ajoùta à la fin du Livre tous les endroits dela prémiere qui avoient été retranchez , ou corrigez , 8ctous ceux que le Président Jeannin commis par Monsieur leChancelier à la Censure cr Examen de ce Livre, avoit jugez,devoir efire changez (15). Cette Edition,qui est de Paris 1607,a été suivie dans la rimpreffion de l’Ouvrage à Rouen i6zz,8c ailleurs : elle est fans doute préférable à la prémiere ; caron y volt le Livre tout tel que l’Auteur Favoit corrigé &augmenté pour la seconde Edition ; 8c l’on y trouve deplus à part ce que celle de Bourdeaux avoit de particulier.Toutes les Procédures devinrent par là inutiles.

o . - ---- -- -- - - (G) . . . De grans esprits ... se mêlèrent de cette affai-

vouloit empefeher 1 impression nommément de ses Livres re . il avoit toujours souhaité d'avoir pour iuges les pen-

de jls. Sagesse , 8c pour cest effect on y employa l’autho-rite du Recteur de l’Université, 8c d’aucuns Docteurs de, Sorbonne , mesmes de Messieurs les Gens du Roy, tant, au Parlement qu'au Chasteìet, 8c outre on y fit interve-, nir Simon Millanges Imprimeur de Bourdeaux, pour son, interest particulier ; il en fut fait plaintes en divers lieux,

, au Chastellet, aux Requestes de l’Hostel, en la Cour de, Parlement, 8c au privé Conseil, 8c mesmes elles vindrent, jusques aux oreilles du Roy , on saisit par trois diverses, fois les feuilles qui en estoient imprimées, 8c la minutte„ de l’Autheur. Mais parce que le fidele amy en avoit„ deux ou trois coppies, 8c qu’il defìroit faire paroistre» par bonnes preuves que 1 amitié qu’il povtoit au défunct„ Sieur Charron n’estoit finie par fa mort il fit tant qu’en-» fin tous les livres furent imprimez, 8c auparavant que-, dc les pouvoir vendre > il en falloít plaider en plusieurs„ endroicts, Lc finalement Messieurs les Chancelier, Pro-„ curent Général du Rov > les firent voir à deux Docteurs-, de Sorbonne , qui baillèrent par escrit ce qu’ils trou-•» voient à redire en ces Livres, qui ne parloient que de la>> Sagesse humaine , traictée moralement 8c Philosophique-" Pjent. Et tout fut mis entre les mains de Monsieur le" frésident Jeannin Conseiller d’Estat, personnage des plus" judicieux 8c expérimentez de ce temps, qui les ayant„ veus 8c examinez, dit haut 8c clair, que ces Livres n’es-

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(14) Voter.f Avertisse-ment auxLecteursa PEditioiide Paris,

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(t$) Là rai-

sonnes de ce caraâlcre. ] „ Il avoit bien fertty 8c préveu de

„ son vivant, que son Livre de la Sàgeilè, entre antres ;

>> ne feroit pas le bien venu parmy les esprits foibles 8c lù-„ perstitieux, 8c qu’il feroit censuré par les présomptueux ■

„ rognes, affirmatifs & fiers résolus, gens testus , opinias-„ tres, aheurtéz, qui pensent tout sçavoir, & dire les plus„ sages 8c advisez de ce monde, combien que pouf la plus-„ part, ils soient les plus ineptes 8c ignorans , & dont au-„ cuns sont touchez de maladie presque incurable 8c fans„ relnede. C’est pourquoy peu de mois auparavant son„ trespas, il dressa un petit Traité de Sageste , contenant„ un sommaire de son Livre , 8c une Apologie 8c Respon-„ se aux plaintes 8c objections qu’on íàifoit contre iceluy„ qùi a esté en l’an 1606 imprimé à part avec quelques„ Discours Chrefliens, par David le Clerc Maistve Impri-meur , qu’il désira estre dédié à Monsieur de Harlav pre-mier Président de la Cour de Paris, scachant' bien quepour la défense de ses Livres, 8c pour dt numr fms mis-sion , il avoit besoin d’hommes tels que ledit Seigneur ic’est-à-dire , qui eussent 1 esprit hardi > fart, généreux,„ relevé, 8c nullement superstitieux nì populaire; ce qui a„ esté fait suivant son désir 8c intention' ( 16 ) ”.

(fí) Garasse a mis Charron dans le catalogue des Athéesles plus dangereux c? les plus ?néchans .] On ne vit jamais unacharnement auffi furieux que le sien: on feroit un Livre,

ft

fi 6) ilogede TieireCharron',