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PAYS. P A L E A R I U S. 17S
vit à une Dame qúi s’étoit vantée du souflet qu’elle lui avoit donné, est assez maligne (f).Ce pourroit bien être une Epitre qui a été fuite à plaisir, & qu’il n’écrivit à personne j & ce11e feroit pas la feule Avanture qui paroit imaginaire parmi les faits qu’il raporte. II y a beau-coup d’aparence qu’il ne vit jamais sá maîtresse nue comme la main (a), 6c qu’il ne le suposa quepour avoir lieu de débiter plusieurs concettì. 11 perdit un fâcheux Procès peu d’années avant famort (g ), Sí mourut à Paris le 30 d’Avril, iûpo. 11 parut une Satire contre lui l’an 1670 (h).
(b) Imprimée , sije ne me trompe , ou à Grenoble on k Lien, II étoit sort mal traité dans ce petit Imprimé,
,, ciaux font de grands patineurs ”. Furetiere a raison dedire cela des Provinciaux , il auroit pu ajouter que ce dé-faut régné plus ou moins dans les Provinces de France,selon qu’elles font plus éloignées ou moins éloignées deParis; 8c qu’il est beaucoup moins commun dáns les vil-les, qu’à la campagne; 8c plus en usage dans les petitesvilles, que dans les grandes villes-. C’est une preuve quecela ne í'e régie point fur les idées de la Morale, mais furcelles de la politesse, ou du bel air. On en a une autrepreuve notable; c’est que l’impudicité poussée à bout,por-tée jusqu'au dernier aéìe, est plus ordinaire dans les villesque dans les villages, 8c plus commune dans les grandesvilles que dans les petites. C’est le contrepied de la pati-nerie. Disons en passant que la politesse du siecle d’Au-guíte n’empêchoit pas que les jeunes filles deRome n’eus-lent à se garantir de la main du patineur; elles se servoientde leurs ongles, mais c’étoient des ongles bien rognez (3a).J’ai cité ailleurs (33) un passage où aparemment il s'agitd’un Provincial qui avoit demeuré long-tems à Paris, 8cqui croioit néanmoins que pour se faire valoir auprès desMarquises, il saloir les patiner. Raportons cela encore unefois, 8c ajoutons y la fuite. „ M. M.. . alloit en Bre-„ tagne avec Mad. la Marquise de Lavardin, pour voir„ Mad. de Séviguy. II étoit dans le carosse de la Marqui-,, se, 8c dans le chemin, per non parer troppo cogltone , lui„ contoit des douceurs, 8c lui prenoit les mains pour les„ baiser.. Mad. de Lavardin lui dit en riant, Monsieur„ vous recordez donc pour Mad. de S. . . .? Le même,, se trouvant avec Mad. la Comtesse de la Suze, lui ms-,, nioit les mains; elle lui dit ce vers de M. Scarron : Les,, patineurs font gens injupportables-,m.<sa.e\ il répondit auffi-„ test par le vers qui fuit : Même aux beautez qui font„ trïs-patinables (34).
Vous ne prouvez pas, me dira-t-on, ce.qu’il faut prou-ver. Un peu de patience; 011 fera bientôt à la preuve.Elle se volt dans plusieurs Lettres de Mr. le Pays, 8c nom-mément au I Livre de ses Amitiez, à la Lettre XXIV,où il dit à fa Calìste, Je ne laijfai pas de vous craindre ,quoi que vous fussiez nue (35) <& désarmée , quoi qu aparem-ment vous n'eusttez point ce maudit poinçon , avec lequel vouspunissez si souvent mes petits emportemens. Ce quel’on va lire fournit une preuve encore plus évidente. Jele tire d’une Lettre qu’il écrivit à une Dame, qui s’étoitvantée de lui avoir donné un souflet. „ Desabufez-vous,„ ma chere Madame, la gloire de m’avoir maltraité n’est„ pas fi grande que vous pensez. J’ai eu vingt Maîtresses,„ qui estoient encore plus fieres que vous, qui sçavoient„ mieux repousser mes attaques, Lc qui pourtant ne s’en„ vantoient pas. Vous n’estes qu'une Novice en matière,, de cruauté, 8c vostre Suivante mesme pourroit encore„ vous en faire des leçons. Pour de moindres libertez,, Latin m’a traité plus cruellement; vous ne m’avez don-,, né qu.'un soufflet, elle m’en a donné plus de douze;„ vous ne m’avez arraché qu’un ruban, elle m’a arraché„ la moitié de mes cheveux, 8c cependant elle n’en a ja-„ mais rien dit à personne. Vous ressemblez en vanité à„ Monsieur vôtre grand cousin ; il n’a jamais veu à la„ guerre qu’une misérable occasion,dont il fait la relation„ à tout le monde: vous n’avez peut-estre jamais mal-„ traité que moy, 8c vous en faites l’Histoire à toute la„ ville: mais au moins si vous ne meflez point la Fable„ à l’Histoire; si vous disiez bien comment tout se passa,„ j’endurerois vôtre vanité, 8c ne me plaindrois pas de
„ vostre indiscrétion. A quoy bon toute cette fanfaron-„ nerie de fierté? Pourquoy diminuer par vos discours„ l’excés de la hardiesse que je pris?Pourquoy augmenter,, l’aigveur des injures que vous me dîtes, 8c la pesanteur„ du soufflet que vous me donnâtes? Eh, Madame, s’il„ vous en souvient, les injures ne furent pas fort aigres,,, 8c le soufflet ne fut gueres pesant. En bonne justice je„ meritois davantage, 8c quand vous auriez fait tout ce,, que vous avez dit, vous n'auriez fait que la moitié de„ vôtre devoir. Cependant, vous le sçavez bien,dans l’a-,, me vous eûtes peur de vous estre trep emportée; vous,, craignîtes que je ne fusse plus irrité que vous, 8c à la„ fin vous p rites un air à me persuader que ma hardiesse„ ne vous ossenceroit plus: mais vostre douceur ne m’ap-„ paisa point; 8c quand je vis vostre résistance s’affoibìir,, si-tôst, je méprisay une victoire fi aisée. Confessez lavérité ; voilà, Madame , ce qui a causé vôtre rage;„ mon mépris vous a choquée, 8c vous avez cru qu’il le,, falloir cacher fous l’apparence du vostre (36) ”. LaLettre qui précédé celle-ci n’est pas moins maligne : ellefut écrite à une Dame qui trouvoitMr. le Pays trop fami-lier : elle mérite d’être lue, 8c peut servir de leçon à plu-sieurs personnes qui en ont besoin.
( K ) ll y a beaucoup d'aparence qu il ne vit jamais fa maî-tresse nue comme la main. ] II l’assûre sans aucun détour.„ Enfin, Caliste,toutes vos ruses furent inutiles. Je trou-,, vai hier au soir le lieu où vous vous baignâtes. ... De„ grâce,pourquoi tant de foin à vous cacher? En vérité,„ vous ne montrâtes point de parties honteuses; 8c s’il en,, parut, ce furent les genoux 8c les autres membres de„ vostre sœur 8c de vostre cousine , qui dévoient estre„ honteux de paroître en presence des v ostrés. Mais pour„ vous,-quoi que vous montrassiez tout, vous ne mon-„ trátes rien qui ne soit beau, rien qui ne vous soit glo--> rieux. Je reconnus alors que les parties, que vous teniez„ cachées , ne cedoient point à celles que vous laissiez,, voir; 8c je demeurai d’accord en moi-même, qu’il y„ avoit des belles qui auroìent plus de raison à se cacher„ le nez, que vous n’en avez à cacher vos fesses (37).Le reste de cette Lettre est un tissu de pensées assez jolies,pour me faire croire qu’il feignit cette Avanture, afin defe procurer une occasion de les publier. Quelque privilègeque puisse avoir le beau sexe dans plusieurs Provinces deFrance, de fe donner honnêtement plusieurs libertez quile deshonoreroient en Italie, je fuis sûr que la maîtressede Mr. le Pays, ni la sœur & la cousine de cette Caiiste,ne se baignoient pas dam une riviere sans chemise ni lin-ceul, les unes à la vue des autres; 8c cela avec si peu deprécaution, qu’un homme les pût surprendre eu cet état,8c comparer à son aise les parties les plus sécrétés del’une,avec les parties les plus sécrétés des autres. Je doute queles païsanes mêmes fe donnent jamais tant de licence. Aplus forte raison doit-on juger que des filles qui portoientfans trop d'abus le titre de Demoh'elles, ne secouèrent ja-mais jusqu’à ce point-là les loix pudiques de l’honnêteté.Si elles se deshabilloient entièrement pour jouïr mieux dela fraîcheur, elles attendoient fans doute l'obscurité de lanuit. On n'en use pas aujourd'hui -comme au tems deDiane (38). Disons donc de cette Lettre de Mr.le Pays,8c de plusieurs autres petits Ouvrages de même nature,■ qu’on y débite, comme des choses arrivées, ce qui n’eítqu’une invention de P Auteur.
PALEARIUS (Aonixjs) l’un des plus honnêtes hommes du monde, ce Pun des bons.Ecrivains du XVI Siecle, étoit né à Veroli (a ), ville Episcopale dans la Campagne de Rome (vl)II devint habile & en Latin, & en Grec, & il joignit à la connoissance des belles Lettres cellede la bonne Philosophie, & de la Théologie j & pour se perfectionner de plus en plus il parcou-rut presque toute l’Italie , & se mit sous la discipline des plus excellens Professeurs qu’il pûttrouver. II passa six années toutes entíeres à Rome,avant que cette ville fût prise par Tannée deCharles-Quint, & il y retourna diverses fois après cette désolation (b). II donna des marques’publiques de ses progrès, par un beau Poème fur Timmortalité de Pâme (c), 6c il s’aquit l’estimedes Savans Lc des beaux Esprits de ce tems-là (B) S'étant retiré en Toscane, il choisit la ville
de
(A) Ville Episcopale dans la Campagne deRome.] Je n’en-tens point ces paroles de la Préface que je citerai ci-des-fous; Natus est Aonius Verulis (oppidum id est Latii Epifio-palìs ) ■ & j e conjecture que celui, qui parle ainsi, avoitfous les yeux un Livre où il y avoit urbs Latii Epìjcopalis,Lc qu’aiant mis oppidum au lieu de urbs il a oublié de met-tre Episcopale au lieu d ’Epíscopalis.
(E) il s’aquit l’estime des Savans des beaux Esprits dece tems-là. ] La Préface, qui a été mise au devant de lanouvelle Edition des Oeuvres d’Aonius Palearius, nous
aprend le nom de quelques personnes dont il fut aimé 8cconsidéré. Summo in honore fuit Palearius apud viros statuistius principes : Petrum Bembum , facobum Sadoletum, Fran-cisent?} Sfondratum , Ennïum Phìlonardum, Ecclefu Romans.Cardinales; Janum Benediàìum Lampridium, Marcum An-tonium Elammium , Andream Alçiatum. Pour savoir lenom de plusieurs autres de ses Amis, il ne. faut que jetterles yeux fur la Liste qui a été imprimée au bout de sesLettres dans la derniere Edition. On y trouve le nom deceux qui lui écrivoient, & à qui il écrivoit. On trouve
dans
(f) Vôicz u1gmarque{I),
(g) Votez U'hem. ( H)
(36) lePays. Nou-velles Oeu-vres,/ Partú ,Livr, II,Lettre III,fug. m , 107^I08.
(37I lePays,Amitiez,Amours, ScAmourettes,Livr. I Lctt nXXIV,m. rr»
( 33 ) VotezOvïd, Me-tamorph.Libr. II,Vers. 461, (SiLibr. III,Vers. 179.
(a) De làvient sottJnrnom
Vetuianuï.
(b) Palear,'Epist. I Vtibrt
M. 406.
( £ ) Voîezila
i ue (k s