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PAGE 45.

Au tintement de la cloche de la cathédrale, les colonnes alliées, aux chefs desquels on avait oublié de donner lecontre-ordre, se précipitent sur la ville : Wittgenstein, secondé d’une division de Kleist, aborde le faubourg de Pirna («);le gros du corps prussien se jette sur la barrière de Maxen ou Dohna ( o ).

Les colonnes autrichiennes de Collorédo et de Maurice Lichtenstein (p) s’élancent par la route de,Dippodiswalde jusqu’àla barrière, où elles enlèvent une redoute et pénètrent jusqu’au parc du palais Mozinski : mais, accueillies par plusieursréserves, elles sont forcées à revenir sur leurs pas.

Dans le même temps, les divisions Ghasteler et Grenneville ont débouché de Plauen , et pénétré jusqu’à la barrièreoù elles ont tiraillé jusqu’à la nuit (r). Enfin Giulay et Bianchi ont fait des efforts contre Lobéda et Kleinhambourg versla barrière de Freyberg

Partout les attaques des alliés ont obtenu un premier succès; mais les forces françaises , s’accroissant à chaque instantpar l’arrivée de nouvelles troupes, y mettent bientôt un terme.

SECOND MOMENT.

Deux divisions de jeune garde, sous Ney (11), secondées à droite par la cavalerie de Latour-Maubourg (12) débouchentdes portes de Plauen et de Freyberg, dégagent la droite de Saint-Cyr, pressée à la barrière'de Freyberg, et repoussentBianchi sur Lobéda.

A l’extrémité opposée, deux divisions de la garde (5 et 6 ), sous Mortier, débouchent par la porte de Pirna , etrenforcent la gauche de Saint-Cyr qui a cédé le Gros-Garten; elles forcent les avant-gardes russes et prussiennes à sereplier sur Striesen .

Ces sept divisions d’infanterie, favorisés par les redoutes, les jardins et autres obstacles du terrain autour .desfaubourgs, repoussent tous les efforts de l’ennemi, et un combat sans résultat se prolonge jusqu’à huit heures. Lesténèbres mirent fin à cette boucherie qui devenait désormais sans objet pour les alliés. Les corps de victor et de Marmontarrivèrent dans la nuit; le premier alla relever les divisions de la jeune garde à la barrière de Freyberg (4), l’autre seplaça entre Plauen et le faubourg de Dippodiswalde ( 8 ).

Avant de se séparer pour retourner à leurs quartiers généraux respectifs, les chefs de l’armée alliée avaient à déciderce qu’ils feraient le lendemain. Le plus convenable eût été sans doute de marcher immédiatement à Dippodiswalde, soitpour y livrer une bataille décisive, soit pour décider ce qu’on ferait ultérieurement; mais cette propositionne devaitpas trouver plus d’accueil que la veille ; d’ailleurs, Klénau se trouvant en marche de Tharandt sur Dresde , et la gaucheautrichienne aventurée au delà du ravin de Plauen , on craignit sans doute de commencer ce mouvement rétrogradeavant la jonction de ces corps. On* décida donc qu’on concentrerait le gros de l’armée sur les hauteurs entre Plauen etReik, qu’on repousserait Napoléon , s’il osait l’y attaquer, et qu’on aviserait, le 27 , à ce qu’il conviendrait d’entreprendreultérieurement.

Quoique rien, en effet, ne contraignît les alliés à précipiter leurs mouvements, puisqu’ils avaient des forces biensupérieures, cependant on eut tort de vouloir attendre la jonction de Klénau : il eût été plus sage de faire retirer dansla nuit la gauche de Giulay sur Rabenau , où elle se fût liée à Klénau, pour venir avec lui s’établir à Dippodiswalde, lereste de l’armée eût gagné les hauteurs entre cette ville et Liebstadt , d’où l’on eût été en mesure d’agir dans toutes leshypothèses possibles. Résolus de s’en tenir, pour le 27, à la concentration de leurs forces sur les hauteurs, les alliés firentà cette effet des dispositions qui n’étaient pas exemptes de blâme ; mais le temps pressait, et il n’y avait pas moyen deles discuter dans un conseil aussi nombreux et aussi peu d’accord.

Napoléon , plus heureux que ses adversaires, n’avait à discuter avec personne sur le plan qu’il voulait suivre. Jugeantavec son coup d’œil d’aigle, que son centre, protégé par la place de Dresde , se trouverait à l’abri de toute tentatives’il était victorieux aux ailes, il adopta le système contraire à celui qu’il avait mis constamment en usage dans lesbatailles sans nombre qu’il avait gagnées : c’est-à-dire, qu’il résolut de faire ses plus grands efforts par la droite et parla gauche, et il fut d’autant plus fortifié dans cette idée, que les seules chaussées qui aboutissent de Dresde à la Bohêmepassaient par ses ailes.

A tant d’habileté, les alliés n’avaient à opposer qu’irrésolution et désordre ; car, à bien dire, ils n’avaient pas de chef :mettre d’accord tant de nations, concilier tant d’intérêts et d’amour-propres différents, était chose impossible à toutautre qu’à un puissant souverain; or, le commandement était déféré au plus noble, mais aussi au plus faible desgénéraux autrichiens.

Cependant, la position des alliés était si avantageuse, sous le double rapport stratégique et tactique, qu’il n’y avaitqu’à vouloir fortement pour réussir. La fameuse bataille dont nous allons tracer le précis, s’engagea le 27 au matin.

BATAILLE DU 27 AOUT 1813 w.

Le jour de la grande scène qui devait décider du sort de l’Europe , et qui n’en décida pourtant pas, se leva au milieude torrents de pluie qui continuèrent sans interruption pendant 24 heures. Cette pluie ne fut pas moins heureuse pourNapoléon que ne l’avait été le soleil d’Austerlitz ; car cette circonstance fut une des causes de la victoire.

Les alliés, ayant résolu d’attendre son attaque, s’il venait les chercher dans leur poste avantageux, crurent devoirresserrer leur ligne. En conséquence, Schwartzenbergsongea à retirer une partie de sa gauche, qu’il avait portée surla route de Wilsdruflf; 1 ordre fut donc donné à Giulay de repasser le ravin de Plauen et de se replier sur Gittersée , enlaissant une division seulement pour soutenir celle de Metzko, en attendant que Klénau arrivât avec son corps. Cettefaute, car c’en était une, de ne pas tout laisser ou tout retirer, fut encore aggravée comme on le verra plus loin.

Par le même motif, Barclay eut ordre de ne pas trop s’étendre dans la plaine de l’Elbe , attendu qu’il pourrait toujoursaisément tomber des hauteurs sur tout ce qui oserait s’engager dans le gouffre entre le fleuve et les masses des alliés;en conséquence, il concentra ses forces vers Prohlis et Reik, ne laissant qu’une avant-garde entre Striesen et Gruna,derrière le ruisseau du Landgraben. L’avant-grande de Kleist dut également évacuer le Gros-Garten pour se placerderrière Strehlen.

Les deux armées se trouvaient au matin dans les positions suivantes. (VoyezXe plan principal XVIII.)

[1] ray sî la planche XVIIf, sous le papillon.