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Tome premier. [A - BOU.]
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3.84 AME

«st une substance spirituelle , capable d’informer, &■d’animer un corps humain , & de faire avec ce corpsun animal raisonnable, ou un homme. Il s’ensuit de-làqu’elle est immortelle, qu’elle est essentielle à f hommeSc fa plus noble partie, qu’elle est de fa nature la forme•du corps , & par conséquent incomplète , comme leConcile de Vienne l’a défini.

|CT L ’ame est un agent dont l’activité sc développe par■ une fuite continuelle d’opérations disterentes ; ôc com-me on a désigné ces opérations par des noms qui lesdistinguent, on les a auisi attribués à disterentes facul-tés, comme à leurs principes. Les principales de ces fa-cultés font, l’entendement, la volonté & la liberté. Voy.ces mots ôc les articles relatifs. L ’ame à la vérité est unêtre simple ; mais rien n’empêche qu’en faisant attentionà ses disterentes manières d’opérer, on ne la considèrecomme un sujet en qui résident différens pouvoirs d’a-gir, ou différentes puiííances. Et pourvu que l’on prennela choie de cette manière, cette méthode ne peut quedonner plus de précision & de netteté à nos idées. Ainsiles facultés de 1 ’ame ne font autre chose que les pou-voirs d’agir , ou les différentes puiííances qui font enelle, & au moyen defqueiles elle fait toutes ses opéra-tions.

Les Philosophes ne font pas d’accord fur la manièredont ìame réside dans le corps. Les uns disent qu’elleest également répandue dans toutes les parties du corps.Les autres prétendent qu’elle a son influence dans toutle corps qu’elle régit ôc qu’elle gouverne ; ôc que ce-pendant elle fait fa résidence principale dans la glandepinéale du cerveau, où aboutissent tous les fibres , &tous les organes, qui l’avertissent de tout ce qui fepasse au-dehors. L ’ame est là comme fur son trône, d’oùelle commande à tous lès membres. Lorry, Médecindu Nord, prétend dans une lettre à Bartholin, qu’il fefait dans le cerveau une certaine liqueur très-fubtile ,Ôc d une odeur agréable, qui est le siège où ìame rai-sonnable réside ; ôc que la subtilité de l’efprit dépenddu tempérament de cette liqueur, plutôt que de la con-formation du cerveau, à laquelle on a coutume de l’at-tribuer. La diversité des connoillances ne vient que dela différente disposition du cerveau qui se trouve dansdiverses personnes, ou dans la même dans divers temps ;ôc la diversité des fentimens n’est causée que par ledifférent usage quelles font de leur liberté. De Ras-siels. On distingue sept principales propriétés dansìame 3 qui en font les différentes modifications ; l’enten-dement , la volonté, le sentiment, la liberté , la mé-moire, l’imagination, & les habitudes diverses qu’ellecontracte.

Les Mystiques distinguent deux parties dans 1 ’ame :la partie supérieure, c’est l’entendement, & la volonté ;la partie inférieure, c’est l’imagination, & les sens. Je-sus-Christ étoit heureux fur la croix par la partie su-périeure de son ame 3 ôc. soustroit par l’ inférieure. Lapartie inférieure ne communiquoit à la supérieure nison trouble involontaire , ni ses défaillances. La supé-rieure ne communiquoit à l’insérieure ni sa paix, ni sabéatitude. Fenel. Les Quiétistes, qui abusent de cettedistinction , disent que dans les épreuves tout ce quife passe contre les bonnes mœurs dans la partie infé-rieure àtïame, n’est point contraire à la pureté de lapartie supérieure, parce que la volonté n’y a point depart.

En termes de Chimie, on dit l ’ame des métaux, desminéraux, des végétaux ; pour dire, ce qu’il y a en euxde plus essentiel, leurs esprits, & leurs sels, & c .

Ame , se prend souvent pour la vie. Rendre 1 ame à Dieu,c’est mourir. Animam agere. Cette nouvelle me rendìame • pour dire, me redonne la vie. Il a 1 ’ame sur lebord des levres ; pour dire , il est prêt à expirer. Mal-herbe a dit agréablement:

Et son ame étendant ses ailes 3

Fut toute prête à s 3 envoler.

On dit auflì, il a ìame fur les levres ; pour dire.,qu’il parle comme il pense. En ce sens on dit bien mieux,avoir le cœur fur les levres.

AME

Ame , se dit auisi de la partie spirituelle de 1 homme, quandelle est séparée de ion corps. Frier Dieu pour les âmesdes défunts , pour le repos de leurs âmes. Dans le dis-cours familier on dit, en parlant d une personne morte,Dieu veuille avoir son ame. Les âmes du purgatoire.Les âmes damnées. Les âmes bienheureuses. Malherbea dit des Rois, en vers pleins d’énergie & de vérité :

Et dans ces grands tombeaux 3 ou leurs âmes hau-taines

Font encore les vaines ,

Ils font mangés des vers.

03“ Chez lesPayens les âmes des morts s’appeloient ma-nes. Voyez ce mot.

En parlant de ìame par rapport à la Religion, on dit ;Ame régénérée par le baptême;u/7ze rachetée par le sangde Jesus-Christ ; ame sanctifiée , illuminée par lagrâce ; une sainte ame , une bonne ame , les âmes dé-votes , les âmes chrétiennes ; nous avons une ame à sau-ver ; vous perdez votre ame. Acad. Fr.

03“ L ’ame considérée par rapport à ses bonnes ou mau-vaises qualités, animus , est belle, noble, grande, hé-roïque, Sc. foible, basse , lâche, 6’ c. Ame de boue ,venale , mercénaire. Voye\ toutes ces épithètes. Uncœur noble a de la peine à íe laitier entraîner à toutesles bassesses ôc à toutes les importunités des âmes in-téreflées. P. Gail. Frédégonde n’étoitpoint de ces âmesfoi blés, qui donnent par timidité dans la superstition.Le Gend. Loin d’ici ces âmes foibles , qui ne saventque craindre & déselpérer. Tourn. Le souverain biend une ame grande & généreuse, c’est de ne rien crain-dre. S. E VR.

Sous les titres pompeux d 3 une illuflre fortune 3

Souvent les plus grands Rois n 3 ont qu une ame com-mune.

03* Ame , se prend quelquefois pour conscience. On ditqu’un scélérat a ìame bourrelée. Remordet consciusanimus. Il sait bien en son ame que cela n’est pas vrai.Dire qu’un homme n’a point d 3 ame 3 c’est dire qu’il n’ani cœur ni sentiment. Le peuple n’a point d’esprit, ôcles grands n’ont point d 'ame.

sCr On appelle bénésce ayant charge d ’ames , ou aveccharge d ‘ames , celui dont le titulaire est obligé à rési-dence , chargé d’instruire, d’administrer les Sacremens,de corriger, de veiller fur la conduite des personnes quilui font confiées, ôc de travailler au salut de leurs âmes.Tels font les Evêchés, les Cures. On le dit par oppo-sition à bénéfice simple. Voye•q BÉnÉfice.

03° Le mot S ame est souvent employé au figuré , pourmarquer qu une chose est le principe, la cause qui faitmouvoir, qui fait agir quelque chose, qui en est la par-tie ou la qualité principale. Vis 3 principium 3 virtus 3causa. La raison est ìame de la loi ; pour dire, que c’estelle qui la maintient, que c’est sur elle qu’elle est prin-cipalement fondée. Cet homme est ìame de cette af-faire, de cette entreprise: c’est-à-dire , c’est lui qui 1 aconduit, & qui fait aller tous les ressorts pour la faireréussir. Motor 3 auclor. La charité est ìame des vertuschrétiennes. La joie est ìame d’un festin. L’action estìame du discours. C’est l’esprit, le salut, ìame de seslempire.

fjCP Dans les arts libéraux , l’art oratoire , la poésie, 1*peinture, la sculpture, la musique, donner de ìame àquelque chose , c’est exprimer vivement ce qu’on re-présente , y mettre du feu & de l’énergie. Les Sculp'teurs donnent de ìame au marbre, i’animent, enserrequ’il paroît prendre vie sous leur ciseau. Virgile a dit »Ara spirantia 3 des figures de bronze qui semblent res-pirer , auxquelles il ne manque que la parole. On ditde même, qu’il n’y a point à!ame dans le chant, dansla déclamation de quelqu’un; pour dire, qu’il chante,qu’il déclame d’une manière froide & languissante,qu’il ne fait point sentir ce qu’il dit. La brièveté p eUts’appeller 1 ’ame d un conte , puisque fans elle il f auCqu’il languisse. La Font. ,

Ame, signifie encore une personne particulière. Homo • W