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Tome premier. [A - BOU.]
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branchues , & ramassées à leur collet, d’où partent quel-ques feuilles disposées en rond , de la figure & de laconsistance de celles du roseau, longues d’un ou dedeux pieds, larges de deux pouces, pliées en gouttière,pointues par leur bout, dentelées lur leurs bords, detelle forte qu’elles en deviennent comme epineuíes ,tantôt lavées d’un peu de pourpre, tantôt toutes tein-tes d’un vert pâle. Du milieu de ces feuilles s’éleveune tige , haute plus ou moins, le plus souvent dedeux pi e d S , & épaisse d’un pouce /garnie de feuil-les pareilles à celles du bas , mais plus courtes ,à terminées par un fruit qu on nomme Ananas. Uest très-petit d’abord, & les feuilles qui le couron-nent , sont teintes d une si vive couleur de feu, qu ondiroìt que c’est un bouton de rose prefqssépanoui ;tnais peu à peu il grossit-, & ses fleurs placées fur desembryons,ou tubercules charnus,augmentent fabeautepar leur couleur bleue ; ce qui fait un mélange de rougede bleu charmant. Chaque fleur est un tuyau d unefeule pièce, long d’un demi pouce , découpé en troisparties ; le tubercule qui le soutient, est charnu, suc-culent, & renferme plusieurs semences aplaties, rouf-sâtres, plus petites que des lentilles , & enveloppéespar une membrane. Le fruit de Xananas est composéde plusieurs de ces tubercules , unis & ramaflés très-étroitement ensemble. Il est le plus souvent jaunâtre,& gros comme un petit melon, & c’est 1 ananas or-dinaire. Quelquefois il est plus petit & plus arrondi,Sc on l’appelle la Pomme de reinette : quelquefois ilest fort gros, pyramidal, jaune, &on le nommcd«a-nas en pain de sucre. On cultive encore dans les îlesAntilles une autre espèce & ananas , qui fe distingueasternent du précédent par fes feuilles, qui ne fontpoint rudes & épineuses lur les bords. On appelle cettedernière espèce XAnanas pitre. 11 faut encore remar-quer que les feuilles qui couronnent le fruit, perdent,a mesure que le fruit groslìt, la belle couleur rougequ’elles avoient d’abord, & que peu à peu elles de-viennent vertes. Ce fruit a une odeur & un goût siagréable , qu on le regarde comme le plus excellentfruit des Indes. On le croit si peu malfaisant, qu’onenfait manger aux malades ; on en confit une grandequantité qu’on transporte en Europe. Dapper dit queles ananas viennent auílî très-bién à la cote d Afrique,dr qu’on a grand foin de les cultiver; mais qu il n estpas sain d’en manger beaucoup, parce qu’ils font tropchauds. 11 n’y a presque point de voyageur qui n’enait parlé.

Voyez-en la description dans le Dictionnaire desDrogues de Lémery ,pag. 41 6’ 42. Voyez-en auffi lafigure dans 1 a première planche à la fin du même Dict.fig. 10 j & dans le second Tome du Spectacle de laNature, p. 211 & 212 , où l’on rapporte ce fait singu-lier. Il y a quelques années que le Roi donna à M.le Normand, Directeur du Potager de Versailles,deux œilletons $ ananas 3 & lui en recommandala culture, quoi qu’ils fussent presque desséchés ct fansracine. Le cœur en étoit bon : ils reprirent. Le fruitqui en provint,ne put parvenir à fa maturité. Mais deuxœilletons sauvés de la pourriture & risques de nou-Ve au, donnèrent en 1733 deux fruits d’unebeaute quiatt ira bien des curieux. L’affiduité de la culture, & unuutomne favorable les amenerent à une parfaite ma-tv ' ^~ e Hoi lui-même fit fessai d’un de ces fruits lef c'cernbre , & le trouva très-bon. Toutes les per-onnes à qui Sa Majesté jugea à propos d’envoyer uneportion de ces fruits pour consulter les différens goûts,'ouverent unanimement ces ananas très-murs, d unetair douce & extrêmement fondante, relevee par unecide - & accompagnée d’un parfum auffigréas le que celui de la fraise- Vananas l’emporte à°n goût sm- tous les autres fruits. Il est, dit-on , fié-eux,quand on en mange beaucoup. Abbé de Chois y.

L ananas vient originairement du Brésil : c’est sonoèri nata l' O" a transplanté X ananas dans le Mexique,fîle d°^ lUt àxcellens, fruits, dans les Antilles, dansdans iyf" a >' enne >dans les Indes Orientales, à laChine,o u-- r lle de Ceylan, dans plusieurs contrées d’Afri-> omme en G uinée, au C ap de Bonne Espérance ;

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ctmeme en Europe, dans quelques jardins de Hollan-de ct d’Allemagne, ct dans le Jardin du Roi, à Paris,où on l’a cultivé avec succès. Aujourd’hui 011 le cultivedans toutes nos ferres chaudes. Paul Amman, dans ladescription du jardin de Bosius, a confondu l’ ananasavec une plante nommée Anona. C’est une faute. Il nefaut pas non plus la confondre avec la banane. Cesplantes produisent des fruits très-différens.

Il y a des ananas domestiques, il y en a de sauva-ges. L ’ananas à chair blanche est ovale & des plusgros. Il a jufqu’à dix pouces de diamètre, & seize dehauteur. La peau en est jaunâtre. Son odeur approchede celle du coing, quoique plus agréable. La laveurn’y répond pas, & le suc de ce ftuit blefle les dents ,& fait saigner les gencives. \J ananas à chair jaune estde figure conique, très-gros, & semblable aux pom-mes de pin. Il l’emporte fur le précédent pour le goût ;mais il tire auffi du sang des gencives, si l’on en mangeavec excès. Le petit ananas à chair dorée & de figureovale, est le meilleur de tous. Ilal’odeur & la faveurde la pomme de reinette, avec cette différence, qu’ilfond dans la bouche comme la pêche.

Il y a cinq différentes clpèccs à'ananas sauvages, quis’accordent toutes en ce point, qu’elles font absolumentdépourvues de cette touffe de feuilles qui couronneVananas domestique.

Les fleurs de Xananas naissent fur le fruit; elles onttrois feuilles d’un bleu foncé , garnies d’étamines &d’un pistil. Le fruit dépouillé de ses feuilles qui le cou-vrent, à peu près comme un artichaud , est de figureconique; il a dans son milieu une espèce de noyau li-gneux, ou de cœur, qui le traverse de bas en haut, &qui paroît n’etre qu’un alongement de la tige. Ce noyauest environné d’une pulpe succulente, partagée en plu-sieurs cellules, & enveloppée d’une chair plus ferme,qui en est comme l’écorce, & dans laquelle font ren-fermées les graines.

Le suc de Xananas passe pour un excellent cordial,propre à réparer les forces dans les indispositions quiviennent d’épuisemenr. On doit s’cn abstenir dans lesfièvres, dont il augmente l’ardeur, Sc particulièrementdans celles qui accompagnent les plaies ct les ulcères.

L ’ananas est un puistant diurétique ; ainsi il doit ctredonné avec ménagement dans toutes les occasions oùil y auroit à craindre qu il ne chariât trop fur les reins& fur leurs dépendances. Le meilleur moyen d c le cor-riger en pareil cas, est de le tenir quelque temps endigestion au bain-marie. Cette vertu diurétique résideauffi dans les feuilles, qui purgent les eaux des hydro-piques. On tire de Xananas par la distillation, un es-prit ardent qui renferme toutes les propriétés de cefruit, mais dont on ne íe doit servir qu’avec beaucoupde précaution.

La manière la plus ordinaire de préparer ce fruit, estde le couper par tranches, qu’on arroie*de vin d’Eipa-gne, où on les laisse tremper pendant quelque temps,

& qu’on assaisonne de sucre & de cannelle. Au défautde vin, on les fait macerer dans 1 eau, pour en corrigerl’âcreté. L ’ananas fe pourrit aisément. Pour le- conser-ver , on le réduit en confitures ou sèches ou liquides.On en prepare auffi une forte de vin que Rochefort &a Pomey comparent à la Malvoisie.l Ananas encore vert est pernicieux; il agace les dents,il excorie la langue, le palais & le gosier; il fait avorterles femmes grofles. L 'ananas 3 quoique mûr, est con-traire aux tempéramens bilieux, aux febricitans , & àceux qui font malades de quelque inflammation. Il ex-cite le crachement de sang, fur tout aux phtisiques, aux-quels par conséquent il ne convient pas : il cause la dyf-fenterie. Voyez Mich. Frïd. Lochneri Commentatio deAnanasCij Jive JVuce pinea Indica.

t Lc Colibri s’attache à Xananas , & en tire les ma-tériaux dont il construit son nid.

Ananas , si m. fe prend quelquefois pour le fruit de laplante d Ananas. Cet ananas n’agace point les dents.Voyez VHidòire naturelle des Antilles de M. Lonvil-lers de Poiìicy, Chap. X. art. 6. & celle du P. du Ter-tre, Traité III. ch. 1. & XAmbaffade de la Compagniedes Indes Hollandaise à la Chine. Part. II. pag. 91.

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