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ENTRETIENS SUR I.’ARCHITECTURE.
c’était plus pressé, et les sculpter avant de les peindre, car il suffitd’un caillou aigu pour sculpter du bois ou du tuf ; mais pour extraire descouleurs des végétaux ou des minéraux, et les appliquer sur quoi que cesoit, il faut une suite de raisonnements et d’observations qui demandentun peu de temps. Nous avouerons, d’ailleurs, que si cet ordre choquecertaines susceptibilités, nous sommes prêt à en adopter un autre. Quantà la poésie et la mimique, elles vont nécessairement de pair avec la mu-sique. Ces quatre arts sont frères, les deux premiers, la musique etl’architecture, jumeaux, car on remarquera qu’ils ne prennent pas leurorigine dans l’imitation des objets naturels, comme la sculpture et lapeinture.
Ce sont des besoins qui, pour se satisfaire, revêtent une forme soumiseà certains instincts de l’âme humaine, instincts qu’une longue observationconvertit en règles. L’homme a bien vite reconnu que la parole et lessignes n’étaient pas des moyens assez complets pour exprimer tous lessentiments de son âme ; il a cherché à émouvoir scs semblables endonnant à sa voix certaines inflexions, certaines cadences, un rhythmequi rendaient plus vivement sa pensée. On n’apprend pas aux enfants lamélopée, et même avant de savoir parler, ils expriment par des sons etun rhythme particuliers leurs désirs ou leurs sentiments, que ces enfantssoient nés à J'ékin ou à Paris .
Ils appuient cette mélopée et ce rhythme par des gestes expressifscompris de tous. C’est déjà de l’art. Les animaux n’ont pas une mimiquepour appuyer leurs cris, qui d’ailleurs n’expriment que les sentimentsimmédiats, la joie, la douleur, la terreur, l’ennui. L’homme prévoit,espère, se souvient, et sa voix, suivant sa volonté, exprime des sentimentsqu’il désire faire partager à ses semblables, bien que la cause ou l’objetde sa prévision, de son espérance ou de son souvenir, soit inconnue deceux qui l’écoutent. Dites à cent personnes assemblées : « On pille vosmaisons, on égorge vos femmes, » sur le ton que vous prendriez pourdire : « Allons souper, » personne ne bougera ; mais si la mélopée estd’accord avec vos paroles, si cette mélopée est appuyée d’un geste vrai,évidemment inspiré par le sentiment qui vous anime, vous verrez la foules’émouvoir et sentir le contre-coup de votre propre indignation.
F.t notez bien ceci (car c’est un point important), cet art primitif agirabien plus sur des hommes primitifs que sur des hommes très-civilisés :ces derniers raisonneront ; votre accent sera-t-il pathétique, votre voixexpressive, votre geste vrai et terrible, ils diront, sans se laisser dominerpar l’art que vous aurez mis dans votre mélopée et votre mimique : « D’oùtient-il cette nouvelle, qui n’a rien de vraisemblable? »