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Tome premier.
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PREMIER ENTRETIEN.

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ques, faute d’autre mot. Ces sensations ne sont telles que parce qu’àl’impression purement physique produite en dehors de nous, il se jointdes idées que nous tirons de nous-mêmes. Ainsi, le mugissement desvagues de la mer n’est qu’un bruit dont nous connaissons la cause ; pour-quoi l’écoutons-nous pendant des heures? Pourquoi ce bruit nous cause-t-il une impression particulière, qui n’est ni la douleur, ni la joie, ni l’im-patience, ni l’ennui? parce que cette grande harmonie développe dansnotre esprit certains sentiments qui s’y trouvent, pour ainsi dire, à l’étatlatent. Or, supposons que l’art, passant par le langage du musicien,vienne vous rappeler l’harmonie des flots, aussitôt votre esprit retrouveces pensées qui l’occupaient lorsque vous étiez au bord de la mer ; bienplus, il vous retrace ce grand spectacle de l’onde immense, vous croyezsentir cette fraîche odeur de la plage. Supposez encore que, pendant cesheures passées à écouter le bruit des flots, vous ayez été sous l’impressiond’un événement heureux ou malheureux , vous retrouverez, en écoutantle musicien, le sentiment de cette joie ou de cette douleur.

Ces pensées qui naissaient dans votre àme au bord de la mer, le mu-sicien, le poète peuvent les réveiller, on en conviendra facilement.L’architecte le peut aussi, quoique le fait paraisse plus étrange. C’est parle langage qui lui est propre, Ja réunion des sons, que le musicien vousaura retracé le grand spectacle de la mer; c’est en éveillant dans votreimagination des idées analogues à celles qui vous faisaient rêver sur la *plage que le poète vous ramène sur cette plage; c’est aussi à l’aide deson langage que l’architecte vous replacera sous la même impression.S’il trace sous le ciel une longue ligne horizontale sur laquelle vos yeux sepromènent sans arrêt, votre àme sera saisie d’un sentiment de grandeur,de calme, qui fera naître en elle des idées analogues à celles que la vuede la mer vous donnait.

On voit la mer, on entend le bruit de ses flots, on comprend donc parquels artifices le musicien qui agit sur l’ouïe et l’architecte sur la vuepeuvent, chacun dans leur langage, rappeler l’elfet produit par la mersur les sens. Mais on n’entend pas le lever du soleil ; comment donc sepeut-il qu’une symphonie fasse naître dans l’Ame les mêmes sensations queprocure c<? phénomène journalier? Pourquoi disons-nous tous les jours:

« Ce morceau de musique est d’une fraîcheur ravissante... Tel autre estempreint d’un caractère sombre qui pénètre l’àmc » ? En quoi des sonspeuvent-ils être frais ou sombres? Cependant cela est ; malheureux sontceux qui ne peuvent sentir la réalité de ces non-sens du langage des arts.

l'aites entrer un homme dans une crypte basse, étendue, soutenuepar de nombreux piliers courts, trapus; bien qu’il s’y puisse pro-