SIXIÈMK ENTRETIEN.
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la valeur relative des arts antique et moderne, et depuis quatre cents ansces discussions roulent sur des équivoques, sur des figures, non sur desprincipes. Nous, architectes, enfermés dans notre art moitié science,moitié sentiment, nous ne montrons au public que des hiéroglyphes ; ilne nous comprend pas et nous laisse disputer dans le vide. N’aurons-nous jamais notre Molière pour nous traiter comme il fit des médecinsde son temps ! Ne pourrons-nous un jour, tout en les admirant, laisser làHippocrate et Galien !
Aussi bien que personne, je crois pouvoir affirmer que dans notre arton n’invente pas; on ne peut que soumettre à l’analyse les élémentsconnus, les combiner, se les approprier, mais non créer ; notre art est tel-lement impérieux dans les moyens d’exécution, qu’il faut nécessairementavoir recours au passé pour fonder dans le présent. Dans l’architecture, ily a l’étude et l’application de ce qu’on a recueilli au fait présent : ce sontlà deux opérations différentes de l’esprit. Tous les chefs-d’œuvre du passéseraient-ils amassés dans la tête d’un homme, que s’il n’est-pas pourvud’une méthode qui lui permette do composer à l’aide de ces chofs-d’œuvre,s’il ne sait pas s’en servir, il ne pourra produire que des fragments decopies mal soudés, des pastiches au-dessous, comme valeur d’art, del’œuvre du barbare qui n’a rien appris.
Dans l’art d-c l’architecture, on doit tenir compte d’ailleurs do deuxéléments parfaitement distincts. Il y a la nécessité à laquelle il faut sesoumettre, il y»a le travail de l’imagination de l’artiste; la nécessitéimpose le programme; elle dit : Je veux me loger, je veux dp l’air et de
la lumière.Mais qu’est-ce que le travail de l’imagination? qu’est-ce
que l’imagination? C’est la faculté donnée’ à l’homme de réunir et decombiner dans son cerveau les choses qui ont frappé ses sens. Lesabstractions même doivent se revêtir d’une forme pour que l’imaginationhumaine puisse les concevoir. Un professeur de géométrie, en traçantune ligne sur le tableau, dit : « La ligne droite est le plus court chemind’un point à un autre. » L’élève ne discute pas cet axiome, son esprit lecomprend de suite, parce que son imagination lui représente deux points,et une ligne droite les réunissant ; on lui dit encore : «.Un point n’a niétendue, ni largeur, ni hauteur, une ligne n’est qu’une succession depoints, elle n’a donc que l’étendue. » Son esprit admet bien cetteabstraction, mais son imagination, qui n’est que le produit de la mémoire,lui représente toujours deux points et une ligne visibles. L’esprit admetl’infini, mais aucune imagination humaine ne se représente l’infini. Unhomme qui naîtrait sans mains, sourd et aveugle, ne pourrait avoird’imagination. Quand on vient dire à un architecte : « Je veux une