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emprunts qu’il fait aux arts antérieurs sont de plus en plus rares; il tiretout de lui-même : système de construction, dispositions générales, rap-ports de proportions, profils, ornementation sculptée ou peinte, statuairemonumentale.... Ce n’est pas moi qui reprocherai cette indépendanceaux maîtres du moyen âge.
A mon sens, on peut toujours dire à une nation : « Montre-moi tonarchitecture, je saurai ce que tu vaux.» Jusqu’aux temps les plus rappro-chés de nous, il existe, entre l’architecture et la valeur réelle d’unenation, des rapports tellement intimes, qu’on pourrait faire l’histoiremorale des peuples en examinant leurs édifices; et comme je me suisimposé, dans ces Entretiens , l’obligation de ne jamais avancer uneopinion sans l’appuyer sur des faits, mes lecteurs voudront bien mepermettre de justifier celle-ci. On a vu déjà comme les arts des Grecset des Romains de l’antiquité sont le miroir fidèle du génie de cespeuples. Pendant les temps oi'i les populations barbares se ruent les unessur les autres, les traditions antiques dans l’Occident s’altèrent ; maisces barbares n’apportent pas un élément de plus. Après ce cataclysmelui main, les nationalités se reconstituent peu à peu ; elles reprennent leurcaractère indélébile, elles se reconnaissent après la mêlée ; alors seule-ment l’architecture se forme. Sur le territoire des Gaules , ce sont lesmonastères qui s’emparent de cet art, et ils le font à leur image. Or, au\f siècle, les monastères n’étaient pas ce qu’ils devinrent plus tard, desréunions d’hommes se rassemblant en corps, au milieu d’une sociétéconstituée, pour vivre grassement et inutilement sur le sol qu’on leuravait abandonné ou qu’ils avaient acquis peu à peu. Dans les monastères,au contraire, se renfermaient, pour travailler, les hommes dégoûtés del’anarchie, fuyant le désordre, désireux de se soustraire à l’empire de laforce brutale, de trouver quelque part la stabilité, le calme, l’oubli d’unmonde où l’abus seul régnait dans les hautes régions comme dans lesbas-fonds de la société. Les religieux alors n’étaient autres que ceux quisentaient le besoin pressant de sortir de la barbarie ; aussi les couventsse recrutaient-ils aussi bien parmi les seigneurs, les heureux du siècle,que dans la basse classe. Ces hommes donc forment un gouvernementrégulier au milieu d’une société incapable de se gouverner; autant ilserait nuisible et dangereux de laisser de pareilles institutions s’éleverau milieu d’une société régulièrement gouvernée, autant ces institutionsétaient utiles et nécessaires dans des temps oii tout principe d’autoritéet de discipline était ignoré. Ces corps constitués ramassent les débrisde l’architecture antique, se mettent en rapport avec les nations éloi-gnées. prennent à celles qui ont conservé les bienfaits de la civilisation.
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