Band 
Tome premier.
Seite
293
JPEG-Download
 

SEPTIÈME ENTRETIEN. "293

nature délicate et ils arrivent à des résultats opposés quant à la forme,identiques quant au fond.

On a vu avec quel soin les Grecs ménageaient l’effet, comme ils com-prenaient largement ce que nous appelons le pittoresque, comme ils at-teignaient le sommet de l’art par des moyens presque recherchés, quelsentiment ils avaient de la ligne, et comme ce sentiment s’exprimait parune étude très-fine, très-subtile des lois naturelles et des besoins in-stinctifs de l’œil. Nous retrouvons ces qualités dans notre école fran-çaise du xn e siècle, avec moins de simplicité dans les moyens, moins degrandeur dans les résultats, mais avec un grain de cette hardiesse sansmesure des temps modernes.

Les Grecs apportaient une attention toute particulière dans la com-position des angles de leurs édifices; c’est qu’en effet les angles d’unédifice, c’est sa silhouette, sa ligne, sa forme extérieure, celle qui segrave dans le souvenir. Ce n’est pas le tracé géométral qui peut jamaisrendre compte de l’effet que devra produire l’angle d’un monument, vutoujours en exécution, sur point accidentel. Pour le composer et le tra-cer, il faut que l’architecte se le représente en imagination, qu’il le voiepar avance. Des édifices grecs dont le tracé géométral est lourd, sansgrâce, produisent en exécution un tout autre effet. Je prendrai pourexemple le Pandrosium d’Athènes (figure 15.). Le tracé géométral dece petit portique présente un énorme entablement qui paraît écraser lescariatides qui le supportent ; le soubassement semble nu ; mais si nousexaminons le monument en exécution, ces supports prennent une telleimportance à cause de la pureté et de la fermeté de la sculpture, il ya tant d’aisance et de majesté dans les figures, que la lourdeur de l’en-tablement disparaît , qu’il n’a que juste la dimension proportionnellequi convient à l’ensemble. La statuaire est traitée de telle façon que descolonnes paraîtraient moins résistantes. Supposons que l’architecte duPandrosium n’ait pas été doué de ces connaissances parfaites de l’effet, etqu’il eût porté les angles de son portique sur deux pilastres, en laissantles cariatides comme points d’appui milieux, certes, il eût fait une chosesage, irréprochable comme construction ; mais alors il n’obtenait qu’unesilhouette vulgaire, il ne trouvait pas ce contour d’angle si hardi, si fin ;il n’occupait pas les yeux ; son monument ne laissait aucune trace dansle souvenir. Un artiste, soumis aux lois banales que nous prenons aujour-d’hui pour la tradition classique, n’eût jamais osé présenter de profilles cariatides d’angles et surtout celles du second rang; il eût tourné laface de celles d’angles diagonalement, et n’aurait pas manqué de fairefaire un quart de conversion aux cariatides du second rang, de manière