HUITIÈME EXTRETIUX. .‘Vl7
dant reconnaître,à côté ou au-dessous de cet état confus de la républiquedes arts de l’architecture, un certain travail patient, une étude analy-tique consciencieuse des œuvres laissées par nos devanciers, les basesd’une doctrine nouvelle fondée sur les principes les plus rigoureux, nonplus sur la tradition, quelque chose d’analogue peut-être au mouvementqui lit sortir au xu' siècle les arts des couvents, pour les mettre auxmains des laïques; mais cette démocratie intelligente, qui cherche à s’é-manciper, trouvera-t-elle l’appui qu’a trouvé sa devancière? Les tempssont-ils favorables? Y a-t-il dans le public blasé une sympathie éner-gique pour les œuvres d’art? Ne sommes-nous pas arrivés, lorsqu’il estquestion des choses d’art, à ce point où en était la société de Byzance qui passait le temps à discuter dans les écoles pendant que les barba-res battaient les remparts?
Dans toutes les questions qui sont du domaine de l’intelligence, il y alutte constante entre la tradition plus ou moins bien établie, et les ten-dances des esprits qui cherchent à innover. L’école laïque du xu* siècle,aidée par des circonstances toutes favorables, a eu assez d’énergie et defoi en ses principes pour mettre, en quelques années, à la place destraditions monastiques expirantes, un art qu’elle avait su former dansson sein, qui, adoptant une forme éminemment flexible, se prêtait àtoutes les transformations que les habitudes d’une société peuvent subir.Cet art, issu de l’émancipation intellectuelle des classes laborieuses descités, éminemment démocratique, mettant l’examen et le raisonnementà la place des tendances théocratiques, tomba bientôt dans l’excès de sespropres principes; par cela même qu’il était démocratique, il ne sutet ne put s’arrêter; de déductions en déductions, il aboutit à unformulaire géométrique. Dès la fin du xiv' siècle, il était acculé auxdernières limites auxquelles ses principes pouvaient atteindre. Une seuleissue restait à l’architecture, c’était celle depuis longtemps abandonnéepar les races gallo-romaines, on s’y précipita *.
1 L’intelligence de tout ce qui tient à l’histoire des arts en France est si confuse, que nousvoyons les défenseurs des tendances démocratiques considérer ce qu'on appelle l'art gothiquecomme un rellet du régime féodal, et par suite le condamner sans appel. Les hommes duxvii' siècle, et Louis XIV en tète, étaient plus éclairés lorsqu'ils manifestaient du mépris pourl’art français du moyen âge; mais on conviendra qu’il est étrange d'entendre les partisans dela suprématie de l'intelligence, les adversaires du despotisme et des privilèges, raisonner, enfait d’art, absolument comme le graud roi. Les arts sont cependant une des manifestations lesplus énergiques de l’esprit d’un peuple et de ses aspirations. Louis XIV était parfaitementdans son rôle en cherchant à écraser les édifices du moyen âge sous ces monuments pseudo-romains, et par contre, les gens qui prétendent vouloir le triomphe de la démocratie intelli-gente ne sont guère dans le leur en n’apercevant pas que, dans cette architecture du moyenâge, on trouve eu germe des ressources qui se prêtent à tous les progrès d’une société, l'ap-