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Tome premier.
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HUITIÈME ENTRETIEN. 379

cherche à concilier les deux principes; le corps et le vêtement ne font plusqu’un, par la raison que les architectes de ce temps, frappés-seulementpar l’apparence extérieure de l’art antique romain, le seul qu’ils avaientpu étudier, ne s’apercevant pas que cette forme n’est qu’une enveloppe,non la structure vraie, continuaient les traditions du moyen âge, les-quelles, encore une fois, ne séparaient pas la structure de la déco-ration .

Des peuplades de sauvages, vivant nus sous le soleil, s’imaginaient,disent certains voyageurs (je ne garantis pas le fait), en voyant desEuropéens pour la première fois, que nos habits font partie „de notreêtre, et ils s’étonnaient prodigieusement si ces blancs ôtaient leur cha-peau devant eux. Eh bien , les architectes du xvi' siècle (que je suis loinde vouloir comparer à ces sauvages) voyaient dans l’architecture ro-maine, composée de massifs de blocages, revêtus de pierre, de marbreou de stuc, un tout homogène, qu’ils pensaient imiter avec les moyensde construction adoptés au moyen âge. Aussi, malgré tout leur désirde se rapprocher des anciens, est-ce en voulant concilier ces principesopposés qu’ils ont composé une architecture originale. Bien entendu,cette confusion ne dura guère, et du temps de Philibert de l’Orme déjà,et parmi ses confrères, l’architecture inclinait sensiblement vers lastructure antique 1 ; puisqu’on voulait absolument prendre la formeromaine, il était logique de soumettre la construction à cette forme.Toutefois, les traditions d’un art se perdent si difficilement, les tracesen sont si profondes, que même à la fin du xvi e siècle on retrouve lesdeux principes en lutte dans les mêmes monuments; on voit encore lastructure décorée, le corps nu ayant la forme qui lui convient, et à côtéun lambeau de vêtement emprunté à l’art romain. Le sauvage a mis unhabit, mais il n’a pas de haut-de-chausses. D’ailleurs, l’idée d’éleverd’abord la construction des masses, une structure plantée comme unbloc, et de la revêtir après coup, ou même au fur et à mesure qu’elles’élève, d’une décoration de pierre ou de marbre, qui n’est pas abso-lument nécessaire à sa stabilité, ne pouvait entrer dans l’esprit d’unarchitecte qui venait après l’école du moyen âge; puis, ce procédé neconcordait pas avec les moyens dont on disposait alors, moyens très-faibles si on les compare à ceux des Romains. Il fallait bien se fairehonneur de sa construction, il fallait bien obtenir un simulacre fortamoindri de cette architecture romaine qui, exécutée d’après la méthodeantique, eût englouti en quelque mois les finances dont les princes

Voir la chapelle du château d’Anet, le tombeau des Valois, à Saint-Denis (Marot).