Band 
Tome deuxième.
Seite
387
JPEG-Download
 

DIX-NEUVIÈME ENTRETIEN.

587

traditions. De là un compromis bizarre qui ne satisfait que trcs-imparlai-tement aux besoins de notre temps et aux exigences de l’art. Et, en effet,une forme d’art ne surgit pas un matin du cerveau d’un architecte; uneforme d’art n’est que le résultat d’une suite de déductions logiques quis’enchaînent impérieusement.

On se préoccupe beaucoup trop, je crois, dans le public et le inondedes architectes même, de cette forme d’art propre à notre temps. Elle semanifestera peu à peu si le public, comme les architectes, songent avanttout, lorsqu’ils font construire et construisent, à satisfaire, avant toute autrepréoccupation, aux exigences purement locales ou résultant des besoinsà satisfaire. Si cette manière de procéder ne fournit pas immédiatementces formes harmonieuses et complètes qui constituent l’art, elle conduit àles trouver. D’ailleurs, il n’en est pas d’autre. Et toutes les civilisationsqui ont possédé un art ont dù nécessairement commencer par là. C’estainsi que les traditions ou inlluenccs qui avaient dû les accompagner audépart, se sont transformées jusqu’au point de ne plus laisser que des tracesappréciables seulement pour les archéologues.

Ce phénomène s’est produit au sein des civilisations grecques dontl’architecture, si belle et si complète dans ses diverses expressions, scdégage peu à peu, par la juste satisfaction donnée aux programmes résultantd’un état social en formation, des origines asiatiques qui entourent sonberceau. 11 s’est produit en Occident , chez nous, lorsqu’un art laïque s’estconstitué au moyen âge, en prenant pour point de départ les traditionsgallo-romaines et les transformations que les ordres religieux avaient faitsubir à ces traditions du vm° au xu e siècle. Si l’on soumet à l’analyse lespremiers essais des maîtres qui constituèrent notre art français du moyenâge, on reconnaît que les formes nouvelles qui surgissent et se dégagentpeu à peu du roman, sont dues à une appréciation attentive des besoinsqui se manifestent, à leur satisfaction de plus en plus rigoureuse. Cher-cher des formes nouvelles en dehors de cette marche naturelle, c’est sclancer au hasard dans la voie des imitations et n’aboutir qu’à descoin " ' s de documents, sans jamais créer des formes perfectibles:et perfectibles par cela même qu’elles sont données par une appré-ciation exacte des qualités des matériaux à employer et de leur moded'emploi. Personne ne contestera en principe (pie les propriétés di-verses des matériaux doivent influer sur la forme qu’il convient de leurdonner lorsqu’on les emploie dans les constructions. La pierre, le mar-bre, le bois, le fer fondu ou forgé, les terres cuites, possèdent des qua-lités très-différentes entre elles; possédant des qualités très-différentes,opposées même, pour quelques-unes de ces matières, la forme qui cou-