VINGTIÈME ENTIIETIEN. Zl 01
ncment qui s’intitule ré ' " lait ou laisse faire une marclie en
arrière, et se montre moins libéral que n’avait été l’Empire.
Si des corps privilégiés peuvent subsister sous une monarchie absoluesans qu’il en résulte de grands dommages pour la chose _ , parce
que ces corps trouvent alors un contre-poids dans la puissance monar-chique et sont jusqu’à un certain point sous sa dépendance, il n’en vapas ainsi sous la forme républicaine; car ces corps ou congrégationscomposent une puissance irresponsable, insaisissable, sans contre-poids,et contre les abus de laquelle il n’y a nul recours. C’est un Etat dansl’État, une république oligarchique au sein de la république démocra-tique. Et si, comme il arrive pour l’Académie des beaux-arts , celtecongrégation se recrute par elle-même, il arrive bientôt quelle abaisseson niveau, c’est-à-dire qu’elle ne cherche à se recruter [que parmi lesmédiocrités qui ne pourraient changer ni scs habitudes, ni proposer desréformes utiles, bientôt aussi elle devient l’instrument de quelque espritavisé, ambitieux, qui n’a pas de peine à la diriger dans le sens de sonambition ou de ses visées. Cela établi, il lui suffit d’un de ses délégués ausein de l'administration de l’Etat pour être, soit secrètement, soit ostensi-blement, la maîtresse absolue, malgré les chefs du pouvoir, malgré lesautorités reconnues, malgré l’opinion publique, malgré les protestationsde quelques rares esprits indépendants qui résistent à cette oppressionclandestine.
Voilà à cette heure, mars 1872, la situation qui est faite aux artisteset aux arts en France , malgré ou plutôt avec la forme républicaine dugouvernement. Pour ma part, j’en parle à mon aise, ne demandant rien,n’espérant rien et ne désirant rien au delà du rétablissement de la pros-périté de mon pays, de sa dignité morale et de son influence dans lemonde civilisé. Je n’attendrai pas que mon voisin ait parlé pour ouvrir labouche, ait mis sa pensée sur le papier pour y jeter la mienne. Je le disdonc clairement et sans aucun sentiment d’hostilité contre les personnes,puisque la plupart des membres de l’Académie des beaux-arts sont desamis pour lesquels je professe individuellement la plus complète estime:les arts en France marchent rapidement au déclin sous la prédominancequ’on laisse, par faiblesse ou indifférence, prendre à l’Académie desbeaux-arts dans l’enseignement et dans l’administration. Cette puissanceirresponsable étouffe l’initiative, Y individualisme ; elle est l’ennemienaturelle de l’indépendance du caractère, de l’examen. Elle protège, parsa nature même, le convenu, la médiocrité complaisante. Elle met enquarantaine, à son gré, ceux qui ne la reconnaissent pas et prétendentagir en dehors de son action, parce qu’elle a ses affiliés partout. Irres-