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TRAITÉ D’ARCHITECTURE.
sachant varier ses manifestations tout en restant fidèle à son caractère. Telle estla tâche de l’artiste : c’est par là qu’il se manifeste le mieux, qu’il appose surtoutes ses œuvres le cachet de son individualité, et qu’il devient véritablementcréateur. Mais, cette puissance créatrice, ce ne sont, ni des déductions logi-ques, ni des formules consacrées qui la lui donnent : elle résulte de l’intuitionspontanée d’un certain idéal qu’il porte en lui.
Aussi voit-on qu’il n’en est pas de cette faculté comme des autres branchesd’activité de l’esprit humain. Dans l’ordre scientifique, les générations succes-sives avancent progressivement dans la voie du vrai, chaque découverte est àla fois une conséquence et un point de départ; mais il en est tout autrementdans le domaine de l’art, où, du sein des ténèbres, surgissent spontanément devives clartés que rien n’annonçait, et qui ne sont suivies souvent que de dou-teuses lueurs, destinées à disparaître rapidement. Ce sont de puissantes indivi-dualités qui se manifestent aux nations qu’elles dominent : c’est un Homère ,un Dante, un Shakespeare, un Michel-Ange . Ou ce sont des époques tout entièresqui reçoivent à un degré exceptionnel cette lumière divine, cette perceptioninstinctive de l’idéal : ce sont les grands siècles de l’histoire.
Mais si élevées que soient ces productions privilégiées, si belles qu’ellesparaissent, si profonde que soit l’impression qu’elles produisent sur nos âmes,elles ont nécessairement quelque chose d’incomplet, et blesseraient sans doutedes intelligences plus ouvertes que les nôtres. Il n’y faut voir que des*reflets dequelques-unes des faces d’un beau universel, complet, absolu en un mot, auquelnous ne pouvons atteindre, dont, semblables à Sémélé, nous ne saurionspeut-être supporter l’éclat, et dont cependant notre imagination nous permetde concevoir l’existence, par cela même que ce qu’il y a de plus éminent ennous s’y sent fortement attiré. Ces reflets sont déviés à travers le prisme quiobscurcit notre vue, lequel dépend des conditions fondamentales de la naturehumaine, et aussi de l’état particulier de nos esprits, de sorte que toutesociété, tout individu a sa conception propre du beau, et lui imprime soncachet personnel.
À chaque intuition du vrai correspond une certaine forme, qui en est la tra-duction, et qui est belle par cela même. A chaque idéal, sa beauté. De mêmeque chaque époque de la vie de l’humanité a un caractère moral qui lui est spé-cial, tout en se rattachant à divers titres à ceux des époques antérieures; demême chacune donne à ses produits artistiques une physionomie générale qui