TRAITÉ D’ARCHITECTURE.
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réclament une certaine épaisseur pour résister à la pression qu’ils sont appelésà supporter. En second lieu, les aqueducs étant généralement beaucoup plusétroits que les viaducs, il est plus nécessaire de les appuyer par des contre-forts, dès que leur hauteur dépasse une certaine limite. Enfin les mouvementsde la construction y sont plus redoutables que dans les ponts, parce qu’ils ontpour conséquence la perte d’une partie des eaux et une destruction plus oumoins rapide des maçonneries pénétrées par elles, et l’on doit s’attacher davan-tage à les prévenir, montrer plus de réserve dans l’emploi d’arches de grandeouverture, et consolider les piles à des intervalles plus rapprochés, au moyend’arcs intermédiaires. Les Romains donnaient habituellement beaucoup d’é-paisseur et peu d’espacement aux piles de leurs aqueducs ; mais les circonstanceslocales ne leur permettaient pas toujours de suivre cette méthode, qui deve-nait d’ailleurs très-dispendieuse lorsque la hauteur était considérable. Le plusremarquable monument de ce genre qu’ils nous aient laissé, le pont-aqueducdu Gard (PI. 72, fig. \ ), donne l’exemple d’une disposition fort ingénieuse àlaquelle ils avaient alors recours. Elle consiste à élever sur un pont, quesupportent des arches de grande ouverture solidement établies, une sériede petites arches sur lesquelles repose la cuvette de l’aqueduc. Les mou-vements deviennent moins redoutables, et il est plus facile d’y remédier.
Le pont du Gard appartenait à un aqueduc qui amenait à Nîmes les eauxdes fontaines d’Eure et d’Airan, situées à 40 kilomètres environ de cetteville. On attribue sa construction à Agrippa, le gendre d’Auguste . Il fran-chissait la vallée profonde et encaissée dans laquelle coule la rivière dontil porte le nom. Il est encore assez bien conservé, et n’exigerait pas degrandes dépenses pour être mis en état de rendre de nouveaux services.Trois rangs d’arcades superposées le composent; le rang inférieur est formépar six arches, le second en a onze, et le troisième, trente-cinq. La hauteurdes eaux de l’aqueduc au-dessus de celles de la rivière était de 48 mètres. Laconstruction est entièrement exécutée en pierres de taille posées sans mortier,à l’exception de la cuvette, qui est maçonnée en moellons et recouverte àl’intérieur d’un enduit de 0 m ,0o d’épaisseur. Une couche extrêmement dure,provenant de dépôts formés par les eaux, couvre aujourd’hui cet enduit.
Ce beau monument fut rompu à ses deux extrémités par les barbares quiassiégèrent la ville de Nîmes au commencement du V e siècle, et il n’a pas étérétabli depuis cette époque. En 4745, on y a exécuté quelques travaux de