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TRAITÉ D’ARCHITECTURE.
Un autre plan a été adopté par la plupart des architectes modernes,qui ont eu la rare et belle mission de tracer une nouvelle ville oude nouveaux quartiers. Il consiste en longues rues parallèles, ouvertessuivant deux directions se croisant à angles droits; on le trouve à Turin ,à Nancy, à Roehefort, dans la majeure partie de Versailles , dans plu-sieurs villes des États-Unis d’Amérique , etc. En outre, les] rues sontlarges et sont quelquefois bordées de maisons uniformes. Les villes ainsitracées sont ce qu’on appelle de belles villes, par suite des fausses idéesqui ont cours en matière de beauté; mais qu’elles semblent tristes! commel’ennui s’y gagne! comme on se sent peu tenté de s’y fixer! et commeelles font regretter jusqu’aux plus vilains quartiers de nos vieilles villes,qui ont au moins le mérite de la variété, et celui de manifester la vie etla liberté!
Ajoutez que toutes ces conceptions sont radicalement fausses, que cetordre apparent n’est autre chose au fond que duj désordre, parce qu’il estla représentation d’une loi souverainement irrationnelle, destructive d’unevéritable harmonie, en opposition avec les données les plus essentielles dusujet. La circulation n’est convenablement desservie que dans deux direc-tions, et elle est condamnée, pour toutes les autres, à suivre les deuxcôtés d’un triangle rectangle, au lieu de prendre la diagonale. Telle par-tie de la ville, favorablement située, sera plus particulièrement habitéepar la classe riche; telle autre attirera la majeure partie du mouvementcommercial, ici se grouperont les établissements qui veulent éviter le tu-multe, et recherchent les terrains peu dispendieux ; là se porteront les usineset les nombreux ouvriers qu’elles emploient; en un mot, il se formera néces-sairement plusieurs subdivisions distinctes dans l’intérieur de la cité, ayantchacune leurs convenances spéciales en ce qui concerne le nombre, lalargeur et la direction des rues : or le tracé ne tient aucun compte de cefait capital. Les relations avec le dehors ne seront point les mêmes danstoutes les directions; la ville aura une ou plusieurs entrées principales,et il faudrait évidemment que ces points privilégiés fussent mis en rela-tions aussi directes que possible avec les différents quartiers : cette conditionfondamentale est complètement mise en oubli. L’uniformité est partout; àla voie la plus fréquentée, il n’est pas assuré plus de débouchés qu’auxrues habituellement désertes.