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1/1 (1864) Hôtels privés / par César Daly
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MAISONS DE PARIS ET DES ENVIRONS:

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Par cette initiative, dont on ne peut que louer les ré-sultats, utilité pratique et splendeur attrayante,Paris est devenu pour la province un exemple si élo-quent et si persuasif, quen réalisant le vœu du chef dela dynastie napoléonienne par rapport à Paris , dont ilvoulait faire « la capitale de lunivers 1 », ladminis-tration et le gouvernement auront beaucoup fait aussipour laccomplissement de celui quil formulait, à la mêmeoccasion, par rapport à la France entière, dont il auraitvoulu faire un « véritable roman ». De fait, depuisquelques années, le Parisien vit dans une féerie dar-chitecture : lEurope sémerveille et nos grandes villes,enflammées dune louable émulation, imitent à lenvilexemple de la capitale. En présence de cette admirationunanime, lopposition née à Paris même, seffacera bien-tôt; les intérêts les plus aveugles, les esprits les plusrétifs au progrès que vous réalisez, ne peuvent tarderlongtemps à voir et à comprendre.

Je vous avoue cependant, Monsieur le Préfet, quela pensée de vous dédier mon ouvrage sur Y Architectureprivée de Paris et des Environs, etc., ne sest présentée àmoi quau moment de le terminer : cest en comparantla rénovation actuelle de Paris avec des entreprises ana-logues exécutées en dautres temps et dans dautres pays,que cette idée mest venue. Cest que ces heureuses trans-formations des vieilles et importantes cités du monde,qu elles se soient accomplies en France ou en Angle-terre, au Nord ou au Midi , sur le continent Européen ou dans les colonies dAmérique , offrent toutes dans leurhistoire un trait identique : leurs auteurs ont été in-variablement lobjet, parfois les victimes, dagressionspassionnées et injustes. Vous navez pu échapper entière-ment, Monsieur le Préfet, à la triste fatalité qui a pesé survos devanciers. Létonnant panorama du nouveau Paris émergeant graduellement, aux yeux de tous, commedun brouillard, tandis quy rentrent successivement età jamais toutes les parties physiquement et moralementmalsaines de lancienne ville, ce beau tableau est bienpropre, assurément, à pénétrer le spectateur du senti-ment profond du bien accompli^ ainsi que de lintelligenceet de la volonté nécessaires à son exécution. Cependant,les récriminations de la passion et de lerreur ont troubléplus dune fois lattention que méritait ce vaste et beauspectacle, et cest en réfléchissant à linjustice et à lafolie de ces attaques, que ma pensée sest portée fré-quemment, dans ces derniers temps, vers ces grandsédiles qui apparaissent de loin en loin, apportant dansleurs mains la régénération des cités et les conditionsqui leur assurent de plus hautes destinées. 11 semblequune loi mystérieuse et cruelle les condamne partoutet toujours aux douleurs du génie incompris et entravé.Nous les voyons tour à tour épuisant contre les résistances

et lingratitude des contemporains lardeur et les effortsde leur patriotisme, niés, calomniés, expiant par leursouffrance personnelle le bien quils réalisent au profitgénéral, et narrivant quà travers mille obstacles à doterle pays dun bienfait qui ne doit être reconnu que par lesgénérations suivantes :

Chez les Espagnols, le général Tacon, disgracié parson gouvernement, vaincu par ces nobles Havanais dontles fils ne savent plus comment glorifier assez la victimede leurs pères, unanimement considérée aujourdhuicomme le bienfaiteur de Cuba ;

En Angleterre, Wren, transformant les cendres encorechaudes du vieux Londres , jusqualors un foyer de pestepériodique, en une cité qui, il y a dix ans à peine, étaitencore sans rivale, tout ensemble pour la beauté et lenombre de ses parcs et de ses squares, la largeur de sesrues, la facilité de sa circulation, labondance de ses eauxet le réseau de ses égouts; et qui nest aujourdhui laseconde ville du monde que parce que Paris en est de-venu, et pour longtemps sans doute, la première.Wren, dis-je, dont la vie a été un combat perpétuelcontre les ennemis de son œuvre gigantesque ;

En France , Arnoul soutenu par le seul Colbert , et lut-tant en faveur des intérêts de Marseille contre ses pluspuissants habitants;

Plus tard, M. de Tournv, le créateur de Bordeaux mo-derne, rencontrant à chaque pas la formidable oppositiondesjurats, de lautorité militaire, de la juridiction ecclé-siastique, succombant enfin, à moitié route, sous les ar-rêts du Parlement et les décisions du Conseil dÉtat ; vousnous lavez montré vous-même mourant du chagrin quilen avait ressenti l .

A quoi bon multiplier ces désolants exemples? Devan-cer lopinion a toujours été, hélas! un crime aux yeuxdes gens attardés dans leur siècle; aussi, parfois, la pos-térité seule décerne-t-elle aux initiateurs le tribut légi-time de la reconnaissance publique; trop souvent ce nestquune tombe qui reçoit les hommages refusés au vi-vant.

Tel a été le sort des hommes illustres que jai citésplus haut. Le souvenir de leurs infortunes ne vous apoint découragé. Vous saviez, et vous lavez exprimé entermes éloquents dans lenceinte du Sénat , vous savieztoute la gravité et tous les périls de la tâche qui vousétait assignée. Vous ne vous faisiez illusion ni sur lesdifficultés de lœuvre en elle-même, ni sur les injusticesquil vous faudrait subir de la part de lopinion. Vousavez prévu que cen était fait de votre repos jusquaumoment il vous serait donné de mettre la dernièremain à limmense entreprise, et quen définitive tant dezèle et de fatigue ne recueilleraient peut-être quun fruitamer. Cependant vous navez pas reculé; vous êtes entrénoblement dans larène en athlète résolu à vaincre, sen-

1. Paroles de Napoléon I er , da 5 mars 1R16.

1. Discours au Sénat . Moniteur du 7 juin 1861, passim.