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continuant de personnifier la fierté de race, prennent uncaractère où se marquent non-seulement la supérioritédu rang, mais aussi les habitudes d’une aristocratie decour brillante et hautaine.
Le principe de l’aristocratie ancienne était le sang etla tradition; l’inégalité moderne est née de la richesse,qui représente essentiellement les économies du travail.
L’hôtel aristocratique, signé des armoiries de la famille,en personnifiait la supériorité d’origine et la vie d’appa-rat; tandis que de nos jours on peut dire, sans exagéra-tion , que l’hôtel est pour le financier, le commerçantet l’industriel plutôt encore un moyen de bien-être qu’unerecherche d’orgueil.
Après la période de vie en commun, durant laquelleon a édifié sa fortune, on éprouve le besoin de jouir del’indépendance qu’on est parvenu à se créer; on veutavoir son chez soi, où nul ne vienne plus tard dérangerles habitudes, les relations, la vie intérieure qu’on s’estfaite, ainsi que cela arrive si souvent dans la maison àloyer.
Cette notion pratique de l’hôtel privé, à notre époque,indique fort bien les conditions nouvelles dans lesquellesil doit être conçu, et combien elles diffèrent de celles quiprésidaient à la construction des anciens hôtels. Sansdoute, entre l’ancien hôtel et l’habitation moderne quiporte ce nom, il y a des analogies qui subsistent toujoursdans les dispositions générales ; mais en ce qui concerneles convenances usuelles, les commodités de l’existence,l’hôtel moderne a des exigences dont on se préoccupaitassez peu dans la large, noble et froide distribution d’au-trefois. Les hôtels présentaient alors plus de grandeurque de vrai confort, mais partout on rencontrait le sou-venir des'ancêtres et l’orgueil de la lignée.
L’hôtel moderne, demeure bourgeoise, riche, aisée àla vie, sans se refuser au luxe de la grande décoration etaux embellissements que les arts peuvent lui fournir,veut, en première ligne, tout ce qui contribue à l’hy-giène, à l’agrément de l’existence, à la facilité et à la dis-crétion des rapports intérieurs, aussi bien qu’aux char-mes des relations sociales. Il ne suffit point, par exemple,qu’un salon soit richement orné, meublé avec élégance,il faut encore qu’il soit à la fois chaud et bien ventilé; levestibule peut être monumental, mais à la condition dene pas présenter une température glaciale à la femmeélégante et délicate qui doit le traverser, ou même ystationner un instant, en quittant l’atmosphère tiède etparfumée d’une fête.
Aussi, l’hôtel moderne, pour se produire sous unaspect plus modeste que l’ancien hôtel de la noblesse,n’en offre pas moins à l’architecte d’intéressants motifsd’études. Ce n’est pas, il est vrai, un sujet sur lequelpuissent s’exercer les données tout à fait supérieuresde l’art, telles que les comportent les monuments publics,qui répondent aux sentiments les plus généraux et sou-
1. Voyez, à, l 'Exemple A 2 — PI. 8 (Tome 1 er du vol. 1 er ), une cheminée desalle à manger, exécutée d’après les dessins de M. Ruprich-Robert. Les vasesqui surmontent les piédroits de cette cheminée et la pendule qui en occupele couronnement, appartiennent à la cheminée comme la cheminée appar-tient au bâtiment. Tout cela se tient, et c’est ce qui doit être. Cette che-minée, par le principe de sa composition, est un pas dans une voie siexcellente, qu’il serait fort à désirer que les architectes y entrassent plus
vent les plus élevés d’un peuple; l’hôtel moderne ne sau-rait avoir, non plus, ce caractère d’illustration de racequi appartenait à l’hôtel de l’ancienne noblesse; car ce-lui-ci, en effet, devait indiquer, dans une certaine me-sure, les traditions soigneusement conservées, transmisesde génération en génération, qui formaient les titresprécieux des grandes familles : traditions de gloire mili-taire, de vaillance et d’éclat dans la « noblesse d’épée »;traditions de science, d’intégrité, de ferme indépendancedans la noblesse parlementaire ou « de robe ». Néan-moins, les hôtels privés, tels qu’ils ressortent des ten-dances et des goûts de la société moderne, admettent unprogramme dont la variété n’échappera pas au lecteurattentif, et le caractère de personnalité dont ils doiventêtre empreints, en dépit de l’affaiblissement chez nousdu principe de la tradition, renferme certainement leséléments de conceptions ingénieuses. A l’extérieur commeà l’intérieur, dans l’ornementation comme dans la distri-bution, l’architecte de goût saura donner à l’habitationdu grave magistrat une nuance particulière qui la distin-guera de celle de l’homme du monde; la demeure del’écrivain ou de l’artiste ne ressemblera pas exactementà celle du commerçant ou de l’industriel. Il y a là dessituations diverses, des finesses, des distinctions, dont unesprit fécond saura tirer parti.
Nous ferons remarquer aussi que le mobilier d’unhôtel peut et doit prendre des qualités architecturales etdifférer par bien des points de celui d’une maison à loyer.Dans cette dernière, le locataire n’est qu’un hôte pas-sager, tandis qu’au contraire, le propriétaire d’un hôtelest censé à jamais établi dans sa demeure; il n’a pas àprévoir de déménagements, et tout doit prendre autourde lui le caractère de la fixité et de la durée. Sous cerapport, beaucoup de parties du mobilier, bien plus qu’onne le supposerait au premier abord, seront convenable-ment établies à place fixe, d’une manière définitive.Ainsi, les garnitures de cheminées d’un hôtel et les glacesqui les surmontent, peuvent, non-seulement sans incon-vénient, mais même au profit de l’harmonie de la déco-ration, faire partie intégrante du corps même de la che-minée et concourir à une composition d’ensemble 1 . Biendes objets, forcément meubles dans la maison à loyer,s ’immobilisent avec avantage dans l’hôtel, et donnent,par cette disposition, un caractère plus haut, plus sérieux,moins éphémère à l’habitation elle-même. Si le proprié-taire pour qui on construit aime les arts, s’il possède desstatues, des tableaux, il est évident que l’architecte pourradonner à la galerie qui les recevra, des dispositions spé-ciales, de nature à mettre ces œuvres du pinceau et duciseau dans des conditions particulièrement favorablesd’exposition et de lumière, conditions que comporte seuleune demeure dont la distribution répond à une destina-tion définitive, à l’abri des caprices changeants de loca-taires se succédant les uns aux autres 2 .
franchement. Dans un hôtel, meubles et édifice ne doivent être que lesparties d’un tout harmonieux.
2. Voyez dans la Revue de l’architecture et des travaux publics, vol. 16(année 1858), les dessins de l’hôtel de M. Louis Fould , une œuvre deM. Henry Labrouste. M. L. Fould possédait une fort belle collection d’anti-quités, que M. Labrouste a disposées de façon à mettre en évidence leursmérites d’art pour en faire jouir, à tout instant, le propriétaire et ses amis.