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1/1 (1864) Hôtels privés / par César Daly
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LARCHITECTURE PRIVÉE SOUS NAPOLÉON III .

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continuant de personnifier la fierté de race, prennent uncaractère se marquent non-seulement la supérioritédu rang, mais aussi les habitudes dune aristocratie decour brillante et hautaine.

Le principe de laristocratie ancienne était le sang etla tradition; linégalité moderne est née de la richesse,qui représente essentiellement les économies du travail.

Lhôtel aristocratique, signé des armoiries de la famille,en personnifiait la supériorité dorigine et la vie dappa-rat; tandis que de nos jours on peut dire, sans exagéra-tion , que lhôtel est pour le financier, le commerçantet lindustriel plutôt encore un moyen de bien-être quunerecherche dorgueil.

Après la période de vie en commun, durant laquelleon a édifié sa fortune, on éprouve le besoin de jouir delindépendance quon est parvenu à se créer; on veutavoir son chez soi, nul ne vienne plus tard dérangerles habitudes, les relations, la vie intérieure quon sestfaite, ainsi que cela arrive si souvent dans la maison àloyer.

Cette notion pratique de lhôtel privé, à notre époque,indique fort bien les conditions nouvelles dans lesquellesil doit être conçu, et combien elles diffèrent de celles quiprésidaient à la construction des anciens hôtels. Sansdoute, entre lancien hôtel et lhabitation moderne quiporte ce nom, il y a des analogies qui subsistent toujoursdans les dispositions générales ; mais en ce qui concerneles convenances usuelles, les commodités de lexistence,lhôtel moderne a des exigences dont on se préoccupaitassez peu dans la large, noble et froide distribution dau-trefois. Les hôtels présentaient alors plus de grandeurque de vrai confort, mais partout on rencontrait le sou-venir des'ancêtres et lorgueil de la lignée.

Lhôtel moderne, demeure bourgeoise, riche, aisée àla vie, sans se refuser au luxe de la grande décoration etaux embellissements que les arts peuvent lui fournir,veut, en première ligne, tout ce qui contribue à lhy-giène, à lagrément de lexistence, à la facilité et à la dis-crétion des rapports intérieurs, aussi bien quaux char-mes des relations sociales. Il ne suffit point, par exemple,quun salon soit richement orné, meublé avec élégance,il faut encore quil soit à la fois chaud et bien ventilé; levestibule peut être monumental, mais à la condition dene pas présenter une température glaciale à la femmeélégante et délicate qui doit le traverser, ou même ystationner un instant, en quittant latmosphère tiède etparfumée dune fête.

Aussi, lhôtel moderne, pour se produire sous unaspect plus modeste que lancien hôtel de la noblesse,nen offre pas moins à larchitecte dintéressants motifsdétudes. Ce nest pas, il est vrai, un sujet sur lequelpuissent sexercer les données tout à fait supérieuresde lart, telles que les comportent les monuments publics,qui répondent aux sentiments les plus généraux et sou-

1. Voyez, à, l 'Exemple A 2 PI. 8 (Tome 1 er du vol. 1 er ), une cheminée desalle à manger, exécutée daprès les dessins de M. Ruprich-Robert. Les vasesqui surmontent les piédroits de cette cheminée et la pendule qui en occupele couronnement, appartiennent à la cheminée comme la cheminée appar-tient au bâtiment. Tout cela se tient, et cest ce qui doit être. Cette che-minée, par le principe de sa composition, est un pas dans une voie siexcellente, quil serait fort à désirer que les architectes y entrassent plus

vent les plus élevés dun peuple; lhôtel moderne ne sau-rait avoir, non plus, ce caractère dillustration de racequi appartenait à lhôtel de lancienne noblesse; car ce-lui-ci, en effet, devait indiquer, dans une certaine me-sure, les traditions soigneusement conservées, transmisesde génération en génération, qui formaient les titresprécieux des grandes familles : traditions de gloire mili-taire, de vaillance et déclat dans la « noblesse dépée »;traditions de science, dintégrité, de ferme indépendancedans la noblesse parlementaire ou « de robe ». Néan-moins, les hôtels privés, tels quils ressortent des ten-dances et des goûts de la société moderne, admettent unprogramme dont la variété néchappera pas au lecteurattentif, et le caractère de personnalité dont ils doiventêtre empreints, en dépit de laffaiblissement chez nousdu principe de la tradition, renferme certainement leséléments de conceptions ingénieuses. A lextérieur commeà lintérieur, dans lornementation comme dans la distri-bution, larchitecte de goût saura donner à lhabitationdu grave magistrat une nuance particulière qui la distin-guera de celle de lhomme du monde; la demeure delécrivain ou de lartiste ne ressemblera pas exactementà celle du commerçant ou de lindustriel. Il y a dessituations diverses, des finesses, des distinctions, dont unesprit fécond saura tirer parti.

Nous ferons remarquer aussi que le mobilier dunhôtel peut et doit prendre des qualités architecturales etdifférer par bien des points de celui dune maison à loyer.Dans cette dernière, le locataire nest quun hôte pas-sager, tandis quau contraire, le propriétaire dun hôtelest censé à jamais établi dans sa demeure; il na pas àprévoir de déménagements, et tout doit prendre autourde lui le caractère de la fixité et de la durée. Sous cerapport, beaucoup de parties du mobilier, bien plus quonne le supposerait au premier abord, seront convenable-ment établies à place fixe, dune manière définitive.Ainsi, les garnitures de cheminées dun hôtel et les glacesqui les surmontent, peuvent, non-seulement sans incon-vénient, mais même au profit de lharmonie de la déco-ration, faire partie intégrante du corps même de la che-minée et concourir à une composition densemble 1 . Biendes objets, forcément meubles dans la maison à loyer,simmobilisent avec avantage dans lhôtel, et donnent,par cette disposition, un caractère plus haut, plus sérieux,moins éphémère à lhabitation elle-même. Si le proprié-taire pour qui on construit aime les arts, sil possède desstatues, des tableaux, il est évident que larchitecte pourradonner à la galerie qui les recevra, des dispositions spé-ciales, de nature à mettre ces œuvres du pinceau et duciseau dans des conditions particulièrement favorablesdexposition et de lumière, conditions que comporte seuleune demeure dont la distribution répond à une destina-tion définitive, à labri des caprices changeants de loca-taires se succédant les uns aux autres 2 .

franchement. Dans un hôtel, meubles et édifice ne doivent être que lesparties dun tout harmonieux.

2. Voyez dans la Revue de larchitecture et des travaux publics, vol. 16(année 1858), les dessins de lhôtel de M. Louis Fould , une œuvre deM. Henry Labrouste. M. L. Fould possédait une fort belle collection danti-quités, que M. Labrouste a disposées de façon à mettre en évidence leursmérites dart pour en faire jouir, à tout instant, le propriétaire et ses amis.