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V
Au point de vue du confort, la villa ne diffère del’hôtel que par un certain laisser-aller, qui doit aussiaboutir à un plus grand confort. En ville, toujours côteà côte, en présence ou sous les regards les uns desautres, on est contraint, dans l’intérêt de la dignité desrelations sociales, à un respect assez sérieux des règlesde l’étiquette, ce qui est un asservissement nécessaire,indispensable assurément, mais un asservissement ce-pendant, une restriction parfois même assez pesante. Etcette étiquette qui s’impose aux hommes s’impose aussiforcément, et par voie de conséquence, aux choses. Leshabitations urbaines sont plus disciplinées de caractèreet de style que les maisons des champs.
La villa est à l’hôtel à peu près ce qu’est la veste élé-gante à l’habit noir. Elle a plus de variété de formes,plus d’inattendu, plus de fantaisie personnelle, du styleà sa façon et tout l’éclat qu’on voudra.
A l’idée d’une existence champêtre s’associe naturelle-ment l’idée de tous les plaisirs de la campagne, la chasse,la pêche, les réunions d’amis, les promenades dansles parcs, dans les prairies et les grands bois, les partiesen bateau sur les rivières et les étangs, etc. La campagnenous attire par les promesses de la santé, du bon appé-tit, de l’abondance et de la délicatesse de la table, en unmot, par la perspective d’un régime un peu sensuel,accompagné d’une honnête paresse d’esprit. « La vie dechâteau, » comme on disait naguère, « la vie à la cam-pagne, » comme on dit plus modestement aujourd’hui,c’est, il faut bien l’avouer, une existence ^ ’ ' ’ 3 jouis-
sance matérielle et de détente de l’âme, que de disciplineet d’effort intellectuel.
Si bien que, sans le contre-poids de l’influence fémi-nine, les rapports sociaux et tout l’ensemble de la vierurale risqueraient de trop pencher du côté du sans-façon.Heureusement, l’autorité de la maîtresse de maison n’estreconnue nulle part avec plus d’empressement qu’à lacampagne; nulle part, non plus, elle ne s’exerce avecplus de charme que dans cette atmosphère détendue oùla bonté et la finesse natives de la femme trouvent à toutmoment l’occasion de se révéler. Aucune branche d’ar-chitecture ne se ressent au même degré que celle desvillas de 1 influence féminine; aussi la villa, par sa na-ture, est-elle la forme d’édifice la plus aimable, la plus
coquette. C’est à l’architecte à rendre sensibles ces qua-lités.
La villa n’étant pas soumise non plus aux sévèresreglements d’édilité qui gouvernent les constructions ur-baines, 1 architecte possède une latitude de compositionqu il devra mettre à profit pour marquer à la fois etfaciliter la liberté de la vie rurale.
La liberté dans le confort, le loisir avec la dignité;
1 olîiiin cuin digmtale des anciens, nuancé d’un certainsentiment d élégance et de délicatesse tout moderne,voilà ce qu il faut savon' caractériser dans la villa.
Toutes les habitations rurales ne sont pas cependantégales entre elles en présence des deux principes del’ordre et de la liberté.
Les palais et les grandes résidences héréditaires ré-clament, même à la campagne, quelque chose de lahauteur de style propre à marquer la distinction sociale
de ceux qui les habitent; et ce style, au lieu d’arrêter sonaction à la limite des constructions, doit étendre son in-fluence au delà, sur la nature elle-même, dans un cer-tain rayon autour de l’habitation, marquant d’un signede volonté humaine le groupement majestueux des grandsarbres et la disposition des massifs d’arbustes, détermi-nant l’emplacement des bassins, le contour des étangs,la direction des cours d’eau, la forme des pelouses et desplates-bandes, et distribuant avec ordre les chemins etles avenues, et avec plus d’abandon les sentiers et lesallées. Mais l’étude des grands châteaux et des palaisn’entre pas dans le cadre de ce livre. Par suite de l’uni-formité croissante des mœurs des classes aisées, les châ-teaux ordinaires se rapprochent, il est vrai, chaque jourde la nature des villas, et les villas tendent de plus enplus à substituer leur confort, leur liberté et leurs grâcesà la gravité hautaine et à la dignité plus accentuée deschâteaux. C’est cependant des villas seules que nous nousoccupons ici. A voir la plupart de nos villas, il sembleraitque le milieu est difficile à rencontrer entre un systèmed’architecture rurale symétrique à l’excès, et un systèmeabandonné aux plus étranges déréglements de la fan-taisie.
Il y a quarante ou cinquante ans, le goût classique, quirégissait à peu près sans contrôle toutes les compositionsarchitecturales, contribuait à donner à nos habitationsrurales un caractère de sévère régularité, et la vanitémalavisée de bon nombre de petits propriétaires tran-chant du châtelain, fortifiait encore cette tendance. Lavilla ou maison de campagne, d’importance moyenne,qu’on rencontrait le plus fréquemment alors, se com-posait d’un grand cube surmonté d’une sorte de paral-lèlipipède servant de belvédère. Un perron extérieur,droit ou à double rampe, bordé de vases garnis d’aloèset surmonté quelquefois d’un porche avec des colonnesimitées du dorique de Pæstum , y donnait accès. L’archi-tecte s’efforçait de jeter sur cette masse un certain carac-tère rural, d’abord au moyen du belvédère, qui devaitlaisser supposer qu’il y avait de belles pei’speclives dansle voisinage, des bois, des eaux, des accidents de terrain,quelque chose enfin de mieux que la forêt de cheminéesqu’offrent aux spectateurs nos grandes villes vues d’unpoint élevé; ensuite, par un emploi libéral, dans lessoubassements, de pierre meulière, à la fois dam aspectrustique et d’une couleur chaude, et enfin, par des mon-tants et traverses en charpente adossés à la constructionet destinés à porter de la vigne, comme dans les « Vi-gnes » d’Italie .
Depuis vingt ou trente années, sous l’influence d’étudeset d observations nouvelles, une réaction heureuse s’estfaite contre cette froideur et celte pauvreté. L’extensiondonnée aux recherches archéologiques nous a apportédes connaissances plus étendues et plus exactes sur leshabitations du moyen âge et de la renaissance, sur leschâteaux et les hôtels des deux derniers siècles, et lafacilité croissante des communications, en rendant pluslréquente l’habitude de visiter les pays voisins, a élargiencore le cercle de nos investigations architecturales. Aces deux sources récemment ouvertes, l’une historique etl’autre internationale, l’architecte contemporain a pu
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