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1/1 (1864) Hôtels privés / par César Daly
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MAISONS DE PARIS ET DES ENVIRONS.

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V

Au point de vue du confort, la villa ne diffère delhôtel que par un certain laisser-aller, qui doit aussiaboutir à un plus grand confort. En ville, toujours côteà côte, en présence ou sous les regards les uns desautres, on est contraint, dans lintérêt de la dignité desrelations sociales, à un respect assez sérieux des règlesde létiquette, ce qui est un asservissement nécessaire,indispensable assurément, mais un asservissement ce-pendant, une restriction parfois même assez pesante. Etcette étiquette qui simpose aux hommes simpose aussiforcément, et par voie de conséquence, aux choses. Leshabitations urbaines sont plus disciplinées de caractèreet de style que les maisons des champs.

La villa est à lhôtel à peu près ce quest la veste élé-gante à lhabit noir. Elle a plus de variété de formes,plus dinattendu, plus de fantaisie personnelle, du styleà sa façon et tout léclat quon voudra.

A lidée dune existence champêtre sassocie naturelle-ment lidée de tous les plaisirs de la campagne, la chasse,la pêche, les réunions damis, les promenades dansles parcs, dans les prairies et les grands bois, les partiesen bateau sur les rivières et les étangs, etc. La campagnenous attire par les promesses de la santé, du bon appé-tit, de labondance et de la délicatesse de la table, en unmot, par la perspective dun régime un peu sensuel,accompagné dune honnête paresse desprit. « La vie dechâteau, » comme on disait naguère, « la vie à la cam-pagne, » comme on dit plus modestement aujourdhui,cest, il faut bien lavouer, une existence ^ ' 3 jouis-

sance matérielle et de détente de lâme, que de disciplineet deffort intellectuel.

Si bien que, sans le contre-poids de linfluence fémi-nine, les rapports sociaux et tout lensemble de la vierurale risqueraient de trop pencher du côté du sans-façon.Heureusement, lautorité de la maîtresse de maison nestreconnue nulle part avec plus dempressement quà lacampagne; nulle part, non plus, elle ne sexerce avecplus de charme que dans cette atmosphère détenduela bonté et la finesse natives de la femme trouvent à toutmoment loccasion de se révéler. Aucune branche dar-chitecture ne se ressent au même degré que celle desvillas de 1 influence féminine; aussi la villa, par sa na-ture, est-elle la forme dédifice la plus aimable, la plus

coquette. Cest à larchitecte à rendre sensibles ces qua-lités.

La villa nétant pas soumise non plus aux sévèresreglements dédilité qui gouvernent les constructions ur-baines, 1 architecte possède une latitude de compositionqu il devra mettre à profit pour marquer à la fois etfaciliter la liberté de la vie rurale.

La liberté dans le confort, le loisir avec la dignité;

1 olîiiin cuin digmtale des anciens, nuancé dun certainsentiment d élégance et de délicatesse tout moderne,voilà ce qu il faut savon' caractériser dans la villa.

Toutes les habitations rurales ne sont pas cependantégales entre elles en présence des deux principes delordre et de la liberté.

Les palais et les grandes résidences héréditaires ré-clament, même à la campagne, quelque chose de lahauteur de style propre à marquer la distinction sociale

de ceux qui les habitent; et ce style, au lieu darrêter sonaction à la limite des constructions, doit étendre son in-fluence au delà, sur la nature elle-même, dans un cer-tain rayon autour de lhabitation, marquant dun signede volonté humaine le groupement majestueux des grandsarbres et la disposition des massifs darbustes, détermi-nant lemplacement des bassins, le contour des étangs,la direction des cours deau, la forme des pelouses et desplates-bandes, et distribuant avec ordre les chemins etles avenues, et avec plus dabandon les sentiers et lesallées. Mais létude des grands châteaux et des palaisnentre pas dans le cadre de ce livre. Par suite de luni-formité croissante des mœurs des classes aisées, les châ-teaux ordinaires se rapprochent, il est vrai, chaque jourde la nature des villas, et les villas tendent de plus enplus à substituer leur confort, leur liberté et leurs grâcesà la gravité hautaine et à la dignité plus accentuée deschâteaux. Cest cependant des villas seules que nous nousoccupons ici. A voir la plupart de nos villas, il sembleraitque le milieu est difficile à rencontrer entre un systèmedarchitecture rurale symétrique à lexcès, et un systèmeabandonné aux plus étranges déréglements de la fan-taisie.

Il y a quarante ou cinquante ans, le goût classique, quirégissait à peu près sans contrôle toutes les compositionsarchitecturales, contribuait à donner à nos habitationsrurales un caractère de sévère régularité, et la vanitémalavisée de bon nombre de petits propriétaires tran-chant du châtelain, fortifiait encore cette tendance. Lavilla ou maison de campagne, dimportance moyenne,quon rencontrait le plus fréquemment alors, se com-posait dun grand cube surmonté dune sorte de paral-lèlipipède servant de belvédère. Un perron extérieur,droit ou à double rampe, bordé de vases garnis daloèset surmonté quelquefois dun porche avec des colonnesimitées du dorique de Pæstum , y donnait accès. Larchi-tecte sefforçait de jeter sur cette masse un certain carac-tère rural, dabord au moyen du belvédère, qui devaitlaisser supposer quil y avait de belles peispeclives dansle voisinage, des bois, des eaux, des accidents de terrain,quelque chose enfin de mieux que la forêt de cheminéesquoffrent aux spectateurs nos grandes villes vues dunpoint élevé; ensuite, par un emploi libéral, dans lessoubassements, de pierre meulière, à la fois dam aspectrustique et dune couleur chaude, et enfin, par des mon-tants et traverses en charpente adossés à la constructionet destinés à porter de la vigne, comme dans les « Vi-gnes » dItalie .

Depuis vingt ou trente années, sous linfluence détudeset d observations nouvelles, une réaction heureuse sestfaite contre cette froideur et celte pauvreté. Lextensiondonnée aux recherches archéologiques nous a apportédes connaissances plus étendues et plus exactes sur leshabitations du moyen âge et de la renaissance, sur leschâteaux et les hôtels des deux derniers siècles, et lafacilité croissante des communications, en rendant pluslréquente lhabitude de visiter les pays voisins, a élargiencore le cercle de nos investigations architecturales. Aces deux sources récemment ouvertes, lune historique etlautre internationale, larchitecte contemporain a pu

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