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rôles, & ou chaque courtisan & la princesse elle-même, comme dans une troupe de comédiens,avait son emploi & son répertoire; ou bien des concerts où les chanteurs les plus en voguese faisaient entendre, & où l’on avait vu la reine elle-même, au grand scandale des vieuxcourtisans, chanter un duo avec le célèbre Garat (*). » C’étaient encore des parties du matin
où les bosquets de Trianon voyaient les noms les plus aristocratiques de la monarchie se
disputer les fonctions de simples bergers.
En 1781, l’empereur Joseph II , frère de Marie-Antoinette , était reçu au petit Trianon sous le nom de comte de Falkenstein. En 1782, Paul I er , alors grand-duc de Russie , & safemme, y étaient présentés à la cour sous le titre de comte & de comtesse du Nord; le roi
de Suède , Gustave III , sous le nom de comte du Haga, y séjournait à son tour en 1784,
& se retirait tellement charmé de l’accueil qui lui avait été fait, qu’il demandait à la reinecomme une faveur d’emporter avec lui en Suède les plans & les vues du palais.
« La dernière séance que j’eus de la reine, dit M me Lebrun, me fut donnée à Trianon,
« où je fs sa tête pour le grand tableau où je l’ai peinte avec ses enfants. »
Le 19 août 1785’, le Barbier de Séville était joué dans la salle du petit Trianon . La reineremplissait le rôle de Rosine, le comte d’Artois celui de Figaro, & M. de Vaudreuil celuid’Almaviva . Beaumarchais assistait à la représentation. Quatre ans plus tard, le j octobre 1789,
Louis XVI chassait au tir à Meudon , & la reine était seule, assise près du lac, son séjour
favori, quand on vint lui annoncer l’arrivée à Versailles des clubs du peuple. La reine quittaprécipitamment Trianon. Elle ne devait plus le revoir.
La Révolution passa sur les deux Trianons sans trop marquer son empreinte. Le 1 6 mai1794, la Convention nationale , sur la proposition de Couthon , avait décrété que les maisonsnationales des environs de Paris ne seraient pas vendues, que les jardins seraient conservés& entretenus aux frais de la République , pour servir aux jouissances du peuple & former desétablissements utiles à l’agriculture & aux arts. Cette dernière disposition du décret n’eut pasde suite : on se contenta de transformer le petit Trianon en jardin public & d’établir un cafédans le pavillon français.
Napoléon lit faire aux Trianons quelques réparations urgentes ; les appartements furentremeublés, les jardins du grand & du petit Trianon furent réunis par un pont jeté sur l’alléequi les séparait, & l’abord des deux pavillons fut régularisé par des avenues & des grillesd’entrée. L’empereur songea même un instant à y établir sa résidence d’été. Mais l’insuffisance& l’incommode distribution des appartements ne lui permit pas de donner suite à ce projet.
En 1806, la princesse Borghèse vint habiter le petit Trianon.
Le 16 décembre 1809, jour de la dissolution de son mariage, c’est à Trianon que seretira l’empereur pendant que Joséphine prenait la route de la Malmaison. Le 26 décembre,à onze heures du matin, il repartit pour Paris . « Pendant ce séjour, dit M. de Menneval,« l’empereur chercha des distractions dans l’exercice de la chasse à courre & au tir. Il allacc voir à la Malmaison celle qui, peu de jours auparavant, était encore sa compagne, &, lace veille de son départ pour Paris , il voulut la recevoir à dîner à Trianon, avec sa fille lace reine Plortense. »
Le 2y août 1811, jour de la fête de l’impératrice, il y eut réception à Trianon. A neufheures du soir, les invités assistèrent, dans la salle de spectacle, à la représentation des Projetsde mariage, comédie de Duval, & d’une pièce de circonstance d’Alissan de Chazet. Après le
(*) Souvenirs historiques et parlementaires du comte de Pontécoulant.