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La planche XII donne l’ensemble de l’une des faces du grand salon : les trois autres facessont pareilles, si ce n’est qu’un panneau y remplit l’espace occupé, sur la planche XII, parla cheminée.
Quatre portes s’ouvrent dans le grand salon & conduisent à la salle à manger, au petitsalon, au boudoir & à la chambre à coucher. Notre planche XIII reproduit les détails desculptures qui couronnent ces quatre portes & encadrent quatre tableaux de Pater, attribuéssouvent mais à tort à IVatteau , son maître & son compatriote (*) :
La Danse. Hauteur, o m ,86; largeur, i m , 3 3. Composition de neuf figures. — La Balançoire.Haut., o m ,86; larg., i ra ,32. Composition de huit figures. — Le Repas champêtre. Haut., o m ,86;larg., i m ,34- Composition de sept figures. — Le Cojicert champêtre. Haut., o m , 86; larg., 1 m ,34.Composition de sept figures.
Nous donnons sur la planche XIV quelques détails des boiseries sculptées & le montantde la cheminée, lequel est, ainsi que le foyer, en magnifique brèche violette. Notre figuren° 17 complète cette cheminée, dont elle donne le profil & la partie du milieu de la frise.
Sur un des meubles du salon se trouve un magnifique biscuit de Sèvres, représentant lareine Marie-Antoinette .
La planche XV permet d’étudier, sur plusieurs spécimens de moulures, le genre d’ornemen-tation qui régnait à cette époque.
La planche XVI enfin reproduit la cheminée en marbre blanc du boudoir, & complètela monographie du palais proprement dit. La construction de cette cheminée est loin d’êtreirréprochable, mais les sculptures qui la couvrent sont d’une extrême finesse d’exécution : c’està ce point de vue surtout que nous la reproduisons. Du reste, cette délicatesse merveilleuse& cette précision dans le ciseau sont sensibles non-seulement dans le boudoir, mais encoredans la chambre à coucher, deux petites pièces qui, à elles seules, vaudraient la peine qu’onleur consacrât une monographie.
C’est dans cette dernière pièce, dit-on, au milieu de tous les jolis riens dont aimait às’entourer Marie-Antoinette , que se passa, en 178^, un des épisodes les plus émouvants de cedrame du collier de la Reine, drame aussi triste par le nom & le caractère des personnagesqui s’y sont trouvés mêlés, qu’attachant par l’espèce de mystère qui l’a si longtemps enveloppé ;drame curieux, où la société brillante & corrompue du xvm e siècle s’est peinte avec un reliefsaisissant (**); drame plus varié & plus original que le Mariage de Figaro, & dans lequel figurentcomme principaux acteurs le cardinal de Rohan, M me de Lamotte, Cagliostro , & comme simplescomparses, un faussaire, Retaux de Villette, une fille perdue, la d’Oliva, le père Loth , lefinancier Saint-James & le baron de Planta.
Fasciné par M me de Lamotte, trompé par les fausses signatures qu’on lui avait mises sous lesyeux, le candide cardinal s’était décidé à acheter à Bœhmer, pour le livrer à M me de Lamotte,le fameux collier de diamant, estimé 1,600,000 livres, & payable en quatre échéances de400,000 livres, de six mois en six mois. La première échéance avait sonné, mais l’argent n’arrivaitpas. Bœhmer s’adressa en vain au cardinal qui se rejeta à son tour sur M me de Lamotte, quetous deux considéraient, dans cette affaire, comme l’intermédiaire de la reine. Pressé par lebesoin d’argent, menacé dans ses intérêts, Bœhmer écrit à la reine, sous la dictée du cardinal
(*) Nous avons suivi pour la plupart des renseignements, concernant les sculptures et les peintures placées dans les appartements et dans les jardins dupetit Trianon , l’excellente notice du conservateur-adjoint du Musee de Versailles , M. Eudore Soulié , qui a bien voulu mettre a notre service, chaque foisque nous l’en avons prié, sa grande expérience et son érudition.
(**) Marie-Antomette et le Procès du collier , Chaix d’Est-Ange ; Moniteur (1864.) du 13 août au 3 septembre, passim.