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de répéter : « Madame, il n’est plus temps de feindre ; daignez avouer que vous avez mon collier,& faites-moi donner des secours, ou ma banqueroute aura bientôt tout dévoilé. » On peutaisément se peindre tout ce que la reine eut à souffrir... Quand je vis la reine, elle me fitfrémir par son indignation : « Il faut, disait-elle, que les vices hideux soient démasqués :quand la pourpre romaine & le titre de prince ne cachent qu’un besogneux, un escroc, qui osecompromettre l’épouse de son souverain, il faut que la France entière & que l’Europe lesachent. « Il est évident que dès ce moment le plan funeste était arrêté (*). »
Le procès fut entamé ; il suivit son cours, & l’éclat donné à cette fâcheuse affaire necontribua pas peu à précipiter la révolution, qui en fut le dénoûment. Frappée au cœur parcette mise en cause de l’honneur de la reine, la royauté ne devait plus se relever de cedernier coup.
Nous arrêterons là notre notice sur le palais proprement dit : les autres pièces, destinéesà recevoir les personnes de la suite & du service, sont moins riches de sculptures, maisprésentent toutes le même type que celles que nous avons déjà reproduites & décrites.
Nous croyons cependant devoir mentionner le cabinet de toilette, où l’on remarque unbas-relief en bois, sculpté par A. J. P avens en 1777 : Panier de fleurs posé sur un soclefleurdelisé. Le milieu du socle est orné du médaillon de Louis XVI .
En i8fo, par suite du déplacement du garde-meuble à Paris , une collectiond’émaux historiques & d’objets précieux a été transportée dans les appartements des deuxTrianons. Nous n’y avons trouvé aucun motif se rapportant à l’époque qui nous occupe.
§ III. — Description du palais du petit Trianon.
JARDINS.
Dans la première partie de cette Notice, en parlant des modifications nombreuses apportéesau petit Trianon par les nobles hôtes qui l’ont successivement habité, nous, avons dit quelquesmots des jardins de Marie-Antoinette & des faits principaux dont ils furent alors & depuis lethéâtre. Aussi, dans ce chapitre, nous glisserons rapidement sur la partie descriptive des jardinsproprement dits, & nous nous occuperons surtout de quelques constructions qui s’y rattachent.
En parcourant la Chronique secrète de Paris , sous Louis XVI , 1774, par Baudeau (**),nous avons recueilli les trois annotations suivantes, qui nous serviront tout naturellementd’entrée en matière :
« Mardi, 31 mai 1774. — Sa Majesté devient galante; elle a dit à la reine : ce Vous aimez lesfleurs; eh bien, j’ai un bouquet à vous donner : c’est le petit Trianon . « Le feu roi avait bâti cecharmant petit palais avec des jardins délicieux, dit notre chroniqueur; & il ajoute plus loin,dans une note sous la date du :
ce Dimanche, 10 juillet. — La reine va de temps en temps en cabriolet au nouveau Vienne :
(*) Mémoires de M me Campan.
(**) Revue rétrospective } t. III