Buch 
Epoque Louis XVI : architecture décoration et ameublement : dessinés et gravés d'après des motifs choisis dans les palais imperiaux, le mobilier de la couronne les monuments publics et les habitations privées / avec texte descriptif par Rodolphe Pfnor
Seite
39
JPEG-Download
 

BOUDOIR DE MARIE-ANTOINETTE .

39

Quand on entre dans ce petit réduit semblent vivre encore, sous la poussière des soixante-dix années qui les recouvre, les souvenirs de cette reine malheureuse qui, comme tant dautres, aeu sa légende, mais dont on commence seulement de nos jours à écrire limpartiale histoire, onsent que tous ces motifs dornementation nont pas été jetés au hasard par lartiste qui les aconçus : un sentiment général a réglementer le choix des tons & des couleurs. Le décorateursest inspiré de Celle qui devait donner la vie à son œuvre : il a mis à part sur sa palette les nuancesles plus douces, & il les a fondues avec art dans le plus gracieux ensemble. Quel contraste entrece petit boudoir & les salles qui le suivent ou qui y donnent accès ! On dirait une pastorale deFlorian entre un sermon de Bossuet & une tragédie du grand Corneille. Cest le petit Trianontransporté à Fontainebleau , avec ses jardins anglais, ses kiosques, ses rochers silencieux & sesmystérieux ombrages !

Des critiques judicieux appellent ce genre de décoration un art de décadence : ils y voientavec raison une manière de faire qui na jamais été dans la tradition des grands maîtres. Nouscroyons comme eux que, si larchitecte Rousseau avait transporté dans la décoration dune salle dutrône ou dun appartement dapparat cette recherche un peu maniérée du pinceau, cettecomposition plutôt gracieuse que magistrale, il eût fait incontestablement fausse route. Mais, silon se reporte par la pensée aux goûts bien connus, aux caprices bucoliques de la Reine quivoulait faire de ce boudoir son séjour favori, on ne peut quadmirer la fécondité merveilleuse ducréateur de ce bijou artistique, & son talent plus merveilleux encore à sidentitier de telle façonavec le but quil devait atteindre quil devient difficile de se figurer un boudoir pour Marie- Antoinette conçu dans un autre esprit, exécuté dans une autre manière, une fois quon a pu voir& étudier le gracieux réduit de Fontainebleau !

Ce nest point chose aussi simple quon peut le croire au premier abord que la décoration bienentendue dune pièce quelconque, & la parfaite appropriation de cette décoration à la destinationdu local décoré. Et, lors même que la composition, jetée sur ses cartons par lartiste, semble répondreà ces conditions essentielles de bonne entente & dappropriation parfaite, ce nest point un écueilmoindre que lexécution sur le mur & dans les tons voulus de cette composition préliminaire, & plusdun, de nos jours, est venu y sombrer à pleines voiles !

« Assemblez, dit Diderot, ce maître des critiques, ce critique indulgent & impartialsurtout, & cest pour ce motif que jaime à le citer, assemblez confusément des objets detoute espèce & de toutes couleurs, du linge, des fruits, du papier, des livres, des étoffes etdes animaux, & vous verrez que lair & la lumière, ces deux harmoniques universels, lesaccorderont tous, je ne sais comment, par des reflets imperceptibles ; tout se liera, les disparatessaffaibliront, & votre œil ne reprochera rien à lensemble. Lart du musicien qui, en touchantsur lorgue laccord parfait dut, porte à votre oreille les dissonants ut, mi, sol, si,, ut, enest venu; celui du peintre ny reviendra jamais. Cest que le musicien vous envoie les sonsmêmes, & que ce que le peintre broie sur sa palette, ce nest pas de la chair, de la laine, dusang, la lumière du soleil, lair de latmosphère, mais des terres, des sucs de plantes, des oscalcinés, des pierres broyées, des chaux métalliques. De limpossibilité de rendre les refletsimperceptibles des objets les uns sur les autres ; il y a pour lui des couleurs ennemies qui nese réconcilieront jamais, De la palette particulière, un faire, un technique propre à chaquepeintre. Quest-ce que ce technique ? Lart de sauvegarder certaines dissonances & desquiverles difficultés supérieures à lart. »

Cet art, dont parle Diderot , la décoration du xvm e siècle en avait fait une étude spéciale &