devons faire observer ici que la grande arche au centre de l’ordonnancegénérale, ainsi que la première du second étage sur la rivière, supportentseules un pied-droit au-dessus de la clef, tandis que sur tout le reste dela longueur du monument, le milieu d’un arc du troisième rang,. cor-respond toujours au milieu de l’arc inférieur. Nous relevons ainsi l’erreurcommise à cet égard par tous les auteurs et architectes qui nous ont laisséla description, ou donné le dessin du pont du Gard . Ménard lui-mêmeplace indistinctement trois arcs du troisième étage au-dessus de chacundes arcs inférieurs : il résulte de cette fausse distribution, que les pieds-droits au-dessus du grand arc sont ridiculement larges, et cela, dans lapartie la plus remarquable du monument. Les Romains ont préféré placerun pied-droit perpendiculaire sur la clef du grand arc, plutôt que desuivre une division qui eût donné un caractère lourd à cette portion dutroisième étage, en détruisant la belle harmonie et l’étonnante légèretéde ce grand monument.
Le même motif d’harmonie dans le bel ensemble du pont du Gard ,et sa liaison avec l’aquéduc , immédiatement à la suite du côté de Vers,ont déterminé les Romains à ne placer que deux arcs au-dessus de lapremière arche du second étage, sur la rive gauche de la rivière. Eneffet, par cette division, ils ont obtenu des pieds-droits plus larges, et parconséquent plus d’accord avec ceux à la suite du pont du Gard , qui sou-tiennent l’aquéduc sur la crête du coteau de Vers, sur une longueur deplus de 5,ooo mètres. Ces derniers arcs ont le même diamètre que ceuxdu troisième rang du pont du Gard , lorsque leurs pieds-droits ont sou-vent 4, 5 et 6 mètres de hauteur, suivant l’abaissement du coteau danscertaines parties : ils n’eussent eu ni grâce ni solidité, si on ne leur avaitdonné une largeur relative à leur élévation, et cette largeur eût été ridi-cule , si elle se fût trouvée immédiatement à côté des plus petits pieds-droits du troisième étage du pont du Gard . Cet inconvénient existeraitsi l’architecte avait établi trois arcs au-dessus du premier de la rive gauchedu second étage, comme il l’a pratiqué sur les arcs correspondans de larive opposée, qui ont le même diamètre. Mais ici, l’aquéduc devenantsouterrain de suite après le pont du Gard , on n’avait point à craindrecomme de l’autre côté la comparaison de la différence subite et considé-rable dans les dimensions des pieds-droits $ tandis que par l’heureusedivision qu’on a adoptée, l’œil s’accoutume à l’augmentation progres-sive de la largeur des pieds-droits, sans nuire à l’ensemble du pont du Gard , ainsi lié avec beaucoup d’art à la partie de l’aquéduc établi surle coteau de Vers. L’effet produit par de semblables combinaisons,et par l’heureuse harmonie des détails, ajoute encore à notre admi-ration à l’aspect de ce monument. Peut-être le lecteur nous saura-t-il quelque gré de lui avoir présenté ces observations, en réparant