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Un million de faits : aide-mémoire universel des sciences, des arts et des lettres / par J. Acard ... [et al.]
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1041-1042
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1041 DE LA PHILOSOPHIE EN FRANCE . 1042

« Le père Malebrancbe, dit l.a Bruyère,pense trop subtilement pour s’accoomiuderJe pensées qui sont naturelles. »

« Quelle injustice de dire que Montaigne n'aTait que commenter les anciens! Il les cite apropos, et c'est ce que les commenta leurs neFont pas. I! pense, et ces messieurs ne pensentpoint. Il appuie ses pensées de celles desgrands hommes de l'antiquité; il les jupe, i!les combat, il converse avec eut, avec -onlecteur, avec lui-mènie ; toujours original, tou-jours peiulre.etce que j'aime, sachant tou-jours douter. » (VOI.TA!llF..|

« Montaigne , dit sévèrement Nicole, a Irès-bien découvert le néant de la grandeur et l'i-nutilité des sciences; mais comme il ne con-naissait guercs d'autre vie que celle-ci, il aconclu qu'il n'y avait donc guère rien à fairequ'à lâcher de passer agréablement le petitespace qui nous est donné. »

On lit dans les Pensées philosophiques deDiderot : « I.'ignorance et l’incuriosiic sontdeux oreillers fort doux, niais pour les trouvertels, il faut avoir la tète aussi bien faite queMontaigne . »

L'incomparable imagination de Montaigne ne put faire que les formes de sa langue fus-senteücore dans l'usage cinquante ans aprèslui.

Anssi hardi, plus méthodique et plus graveque Montaigne son maître, mais écrivain bieumoins éminent, Churron, à l’inverse de la ré-forme qui tentait de reconstituer l'unité relâ-chée de la morale et de la religion, osa éri-ger en théorie ce fatal divorce ; il défend tourà tour ces deux ventés sans jamais les con-fondre et veut « que chacune subsiste etse soutienne de soi-mème, sans l'aide de l'au-tre, et agisse en son propre ressort. » De luSagesse, Bordeaui, 1595.

Le Traité ries Trois Mérités (apologie duchristianisme) avait paru en 159-V l.e grandsuccès de ce dernier ouvrage fut dû principa-lement à la troisième partie, où Charron réfu-tait le petit traité de l’eghse de Duplossis-Mornay. Suspendue pendm t quelque temps,

I impression du livre des Trois Vérités ne futpermise que sur un rapport de Jeonnin quidéclarait l’ouvrage, un Livre d'état, danslequel la religion n'était nullement intéressée.

Charron n'en fut que plus rudement cnli-

3 ué par les Orthodoxes. Voici les expressionsu jésuite Gerai.se dans sa Somme théologi-qiie (1625).» J'ai déûm l'Athéisme brutal, as-soupi ou mélancolique, une certaine huin*urcreuse qui a transféré le Diogénisme dans (areligion chrétienne , par laquelle liumeur«inesprit accoquiné à ses mélancolies langou-reuses et truandes se moque de tout par unegravité sombre, ridicule et pédanlesque. Ceuxqui ont lu la Sagesse et les Trois Fèrités,entendront bien ce que Je veux dire par cesparoles; car voilà l’humeur de cet écrivainnaïvement dépeinte. De notre temps, le dia-ble, auteur de l’Athéisme, a suscité deux es-Profanes , chrétiens en apparence etameutes en effet, pour faire à l'imitation devaiomon une Sagesse ou une Sapience, l’unMilanais 1 Cardan], l’autre Parisien iChar-iT.fJ’ S u ‘ * ,a fait en 88 langue maternelle;vous deux également peruicieui et grands

de 1 " C - el de ''honnêteté des

Charron trouva d'ardent» défenseurs dansd autrea ecclésiastiques , le prieur Ogier ,■vaude, elc. Quoi qu'il en soit de son orlho-7 W. a !! rè ? 'S 8 “«ai* de Montaigne , letraité rie la Sagesse eat le meilleur mo-

nument philosophioue que nous ait laissé leseizième siècle.

• Nostre livre, dit Charron lui-même, ins-truit à la vie civile et forme un homme pourle monde, c'est-à-dire à la sagesse humaine. »

Le grand DkscaRtes, à la fois homme dumonde et homme de science , avait goût aumouvement de la vie comme à l’exercice dela pensée ;« net, ferme , résolu , assez ténu*-ratre , il pensait dans son cabinet, selonl’expression de M. V. Cousin, avec autaoid'intrépidité qu'il se battait sous les murs dePrague . »

Il y a dans les p'us grands philosophesquelque chose de plus admirable que tousleurs systèmes et que tous les systèmes dumonde, c'est leur esprit philosophique ,c'est cet heureux mélange d'indépendance ,de témérité et de réserve, de curiosité pas-sionnée et de bon sens traditionnel, cet amourégalement vif et sincere pour la coutume eipour la nouvpaulé.

On sait qu'apres avoir tout étudié, littéra-ture, philosophie, théologie, mathéinuhqui'8,physique, et même les mauvaises doctrines,aün de connaître au moins ce qu'elles valent,et de n'ètre pas trompé par les prédictionsd’un astrologue, les promesses d'un alchi-miste, les impostures d'un magicien , lesartifices et la vanterie de ceux qui fontprofession de savoir plus qu'ils ne sa-vent , Descartes , mécontent de sa science qu'iltrouvait fausse , obscure et inutile , laissa làlivres et maîtres, et entreprit sur lui-mêmecelle réforme intellectuelle à laquelle il litensuite participer son pays et l'Europe . Dansce dessein il se mit à voyager, « voir descours et des armées, a fréquenter desgens de diverses humeurs et conditions,à recueillir des expériences, à s’éprouverlui-même dans les rencontres que la for-tune lui propose, et partout à/aire telle,réflexion sur les choses qui se présen-tent, qu'il en puisse tirer quelque profit.

Que cette large et vivante méthode de phi-losopher rappelle bien celle de Socrate et desgrands penseurs de l'antiquité ! Qu'elle estsupérieure à celle des scolastiques et desAllemands de nos Jours, sans en excepter lesplus sérieux et les plus grands! haut, parexemple, ce grand critique de la raison pure,Kant, au jugement de son hiogrophe M. Cou-sin , qu'on n'accusera certes pas de l'avoirrabaissé, Kant a vécu Jusqu'à son dernierjour dans sa petite ville de Kœnigsherg,taciturne, casanier , seul, moins connue unhomme que comme un minerai ou uneplante !

Descartes donna ses Principes comme laplus simple expression des idées qu'il avaitdéveloppées dans son Discours sur ha Mé-thode, et dans ses Méditations. Il était néréformateur, libérateur, et c'est sa gloire d’a-voir affranc hi l'esprit humain « de l'espèce derégime féodal qui , de son temps, comme onl’a dit avec bonheur, tenait encore les intel-ligences attachées à la glèbe scolastique. »

Dans son beau discours sur l’Esprit phi-losophique, le jésuite Guénard parle ainside Descartes : « Il fallait aux sciences un hommede ce caractère, un homme qui oait conjurertout seul avec son génie contre les ancienstyrans de la raison , qui osât fouler aux pfedaces idoles que tant de siècles avaient adoré» s.Descartes se trouvait enfermé dans le laby-rinthe avec tons les autres philosophes; maisil se ht lui-même des ailes, et il s'envola,frayant ainsi une route nouvelle à la raisoncaptive. » Voyez sur Descartes , col 8*1.

AA.