LITTERATURES ÉTRANGÈRES. HlC{»
madame de Staél, de MM. de Barante, Sainte-Beuve , V'illemain, nous nous bornerons à men-tionner ici comme excellents eu trop peuconnus :
Les ouvrages de Rivarol, de Schwab et deM. Allou sur l’universalité de la langue fran-çaise , — les beaux travaux de M Raynouard sur la langue romane et sur nos troubadours,
— celles des leçons de M. Fauriel insérées dansla Hevue des Deux-Momies, t. vit et t. vm,
- Y Histoire littéraire de la France , parM. J.-J. Ampère; — Histoire des révolutionsde la langue française depuis Charlemagne jusqu'à saint I.ouis par La Ravalliere (dans sonédition des Poésies du roi de Navarre), ~Histoire de la langue française , par GabrielHenry (Paris , 1812), — Chrestomathie fran-çaise, par M. A. Vinet | Baie, -1836 I, — Nicot,Trésor de la langue française (Paris , 4G0GI,—Mémoires de l’Académie des Inscription , et InBiographie universelle, passim, — Essai ( deM. Portalis) sur l'origine, l'histoire et lesprogrès de In littérature française et de la phi-losophie, en tête de l'ouvrage de son père, surl'usage et l'abus de l'esprit philosophique andix-huitième siècle | Paris , 18201, — h-s Mé-moires de Palissot (18031, — ceux de ChapelainI très-curieux), — les lettres de Guy Patin, —’les Grands Hommes du siècle de Louis XIV , parPerrault , — les Mélanges de littérature deSuard. — ceux de Benjamin Constant , — Ta-bleau historique de la littérature française auxquinzième et seizième siècles par M. J.-P. Char-pentier, — au seizième siecle, par M. Saint-Marc-Girardin et par M. P. Chasles , — Essaisur les meilleurs ouvrages écrits dans la lan-gue française par F. de Neufchateau,—l’ancien(’dohe , le Mercure , la Revue de Paris, laitevue encyclopédique, la Revue det aeuxMondes, etc., etc.
S 5. Des autres littératures de l'Europe depuis (a renaissance.
Littératures du Mtot. — La civilisation ita-lienne n'a eié ni essentiellement pratique,comme celle de l’Angleterre, ni presque exclu-sivement spéculative, comme celle.de l'Alle-magne. « L’Italie, dit M. Guizot , a été fécondeen grands esprits, en idées générales; elle aété couverte d'hommes d’une rare habiletépratique... mais c<s deux classes d'hommeset de faits sont demeurées étrangères l'une àl'autre : les uns et les autres ont agi comme sila vérité n'était bonne qu’à connaître, et n'a-vait rien à demander ni à faire de plus. » Nousavons vu que les choses se sont passées autre-ment en France ( Voyez col. 976. )
A voir 6e développer si soudainement etavec tant d’éclat, en France , dans l'ancienne* rovince, la langue romane provençale (voy.col. 952/. il semble que l'italien moderne aitdu se développer encore plus promptement, etlaisser bien plus tôt d’incontestables monu-ments de son existence. Il n'en est rien.
Les inscriptions des quatrième et cinquiè-me siècles, les actes légaux rédigés sous lesrois lombards, bien que pleins de solécismeset de constructions irrégulières, présententencore les inflexions latines \Muratori\.Quelques auteurs ont cru trouver en Italie des indices d'un idiome nouveau distinct dulaiin dès le huitième siecle; mais ils n’ont puciter à l’appui de leur assertion que cette épi-taphe de Grégoire V :
Usus francisca , vulgari et voce latina.
Instituit populos eloquio triplici.
laquelle prouve seulement, ce nous semble,
l’existence, non de l’italieu moderne,mais d’unlatin vulgaire à côté du latin classiqueSi l'on voulait abuser ainsi des roots, cetteépitaphe prouverait aussi l'existence de lalangue française dès la même époque, tandisqu'il est de la dernière évidence que le motfrancisca désigne ici la langue t/iéotisqueou tudesque, Franskisga Zungun , Jargonbarbare des hordes franques, voy. Philologie.
En s'éloignant de cette pompe et de cet or-gueil qu'on reproche à la langue espagnole,la langue italienne va dans un autre excès, etcet enjouement qui lui semble si naturel ap-proche de la bouffonnerie.
Avant Boccace, l’Italie avait à peine quel-ques prosateurs parmi lesquels nous citerons:Dommico Cavalco. auteur de plusieurs traitésascétiques; Barloloméo de San-Concordia,au-teur des Avertissements des Anciens; JacopoPassavanti , auteur du Miroir de Pénitence.
Jean Boccace , le premier et peut-être le plusgrand écrivain en prose qu'ait eu l'Italie mo-derne. et l'un des plus savants hommes deson siècle prépara puissamment par ses tra-vaux d'érudition le mouvement littéraire dola renaissance , dont l’influence devait être sivive et si universelle en Europe jusqu'à cesderniers temps. |Voy. col. 924.)
Boccace était né à Paris en 1313 ; il passa sesplus belles années à la cour de Naples. Na-ples , alors surtout, était un séjour ravissautpour un jeune poète à la fois amoureux, commeBoccace , des charmes de l’étude et de toutesles joies de la vie. Il y avait à peine cin-quante ans que les Français avaient envahi ,un peu brutalement, le trône desDeux-Siciles,et if semblait que le rot Robert, qui l’occupaitalors, voulût à force de courtoisie et de gé-nérosité faire oublier aux Italiens l'avarice etla dureté du gouvernement de Charles d’Anjou.Bien que les lettres fussent partout en hon-neur en Italie , on peut dire que cette cour duNaples était alors commè leur palais et leurtemple.
C’est là que Boccace vit pour la premièrefois Pétrarque (I3'il). L’illustre poète allait àRome recevoir le laurier du Capitole; il futaccueilli avec les plus grands honneurs par leroi de Naples , qui voulut, pour rehausser en-core l’éclat de son mérite, lui faire subir unexamen solennel. Boccace fut témoin de cettecérémonie qui se prolongea pendant troisjours, et à laquelle toute la cour assista; ilentendit pendant tout ce temps les applaudis-sements et les cris d’admiration d’un immenseauditoire. Il vit le bon Robert, transportéd’aise à la fin de l’examen, se lever de sontrône, ôter sa robe de pourpre et en revêtirde ses mains le triomphateur.
Boccace termina le Décaméron et le publiaen 4353. Rien ne peut donner une idée destransports d’admiration qu’excita la lecturede ce livre dans toute l’Italie.A Florence surtoutce fut un triomphe national; on ne se lassaitpas de louer tant de régularité, tant d’élé-gance et d’harmonie dont se trouvait douéetout d’un coup , et comme par enchante-ment, la prose toscane. La voie était enlinouverte à l’éloquence moderne ; le vrai mo-dèle du langage oratoire semblait créé pourtoujours.
Après avoir élevé cet admirable monumentqui suffirait au besoin pour assurer sa gloire,Boccace fut saisi d’un tel enthousiasme pourle9 chefs-d’œuvre littéraires de l’antiquiie .ue tout le reste de sa vie se passa à les ctu-ier et à les faire admirer à ses contempo-rains.Tl courait visiter toutes les bibliothèques,dans les palais, dans les couveuts , et chez