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Tome premier.
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INTRODUCTION.

Les sciences mathématiques constituent, clans leur ensemble, lordre de réalités le plus complet, auquelle savoir humain soit parvenu jusquà ce jour. En effet, les lois générales de lunivers et la plupart desmanifestations phenoméniques qui en découlent, nont été expliquées à notre intelligence que parleconcours de ces seules sciences, qui embrassent dans leur immense empire les rapports multipliés desquantités et de létendue, la mesure du temps et celle de lespace. Cest dans le sanctuaire des véritésimmuables quelles ont établies, que lhomme a surtout le droit de se souvenir de sa céleste origine, encontemplant dans une religieuse admiration lœuvre auguste de sa propre raison. Ces vérités, contrelesquelles ne saurait prévaloir aucune puissance intelligente, il ne les a point créées sans doute, mais enles découvrant, il sest élevé jusquà leur principe même, et il a brisé ainsi les barrières quune philosophiedésespérante avait imposées à sa raison.

Mais ce nest qifaprès de bien longs travaux, bien des essais infructueux, bien des recherches et destentatives vaines, que 1 humanité sest trouvée en possession de quelques vérités, dautant plusinfaillibles,quelles portent en elles leur critérium. Cette certitude absolue qui accompagne les propositions mathéma-tiques, en général, manque encore aux autres sciences, qui cependant doivent être liées entre elles dans laraison humaine comme les déductions dun seul et même principe intellectuel. Ainsi de nos jours encoreplusieurs mathématiciens, confondant la science même avec les objets sur lesquels elle sexerce, prétendentvainement la faire descendre du haut rang qu elle occupe dans lintelligence , jusquà celui des connais-sances pratiques, obtenues par lobservation, et la renfermer tout entière avec sa puissance universelle,dans le cercle borné d'une simple méthode empirique. Erreur étrange et vraiment inconciliable avec lesprogrès des .mathématiques, qui nont pu seffectuer sans que la considération de linfixi nentrâtcomme élément nécessaire dans toutes les propositions élevées de la science. Cette nécessité de labstrac-tion, qui se rencontre dans toutes les constructions mathématiques, établit dune manière incontestablela spiritualité du principe d la science découle.

Il doit paraître inexplicable, au premier aspect, quune division aussi profonde, aussi difficile àtruire, existe dans la connaissance des principes générateurs dune science, dont la plupart des déductions,ou si lon veut des applications, ont un caractère irréfragable de certitude et de vérité. Lhistoire généraledes mathématiques, considérée du point de vue philosophique nous nous plaçons, peut nous aiderarésoudre ce problème. L histoire, en effet, nous montre la science participant de toutes les modificationssuccessives que subit la société humaine. Elle lutte dabord péniblement contre les besoins dont le mondeest assailli dès laurore de sa civilisation. Ses premières fonctions pratiques furent certainement de réglerles rapports des choses entre elles, en établissant parmi les hommes un moyen juridique et supérieur deconstater létendue et la quantité réelle des objets, dont le partage entre les familles et le maintien danschacune delles , daprès certaines règles, devaient fonder une des bases essentielles du contrat social ; ainsi,comme la morale, la science dut d abord être législatrice.

A lépoque elle déterminait les formes et. les limites de la propriété , la science était appelée à me-surer la marche du temps et à régler ainsi, avec la même autorité, les rapports les plus nobles et les plusélevés des associations humaines. Dès ce moment elle entra avec hardiesse dans le vaste domaine de laspéculation ; et, quand la morale se formula dans le sentiment religieux, la science devint lun des attributsles plus respectés du sacerdoce. A mesure que la civilisation séloigne de son berceau, les liens qui en-chaînent ces deux produits supérieurs de la raison se resserrent plus étroitement, et ensemble ils con-courent à abréger lenfance de 1 humanité. Cest ici que commence 1 histoire sociale, et dans toutes lesalternatives qui marquent son cours, dans toutes ses phases de progrès ou dhésitation, on retrouve lesmêmes puissances intellectuelles, présidant aux perfectionnemcns successifs de toutes les forces de lhu-manité.

Néanmoins, si les faits résultant de la morale et les faits résultant de la science sétablissent dabordpartout sans contradiction, on voit aussi dès les premières pages de lhistoire, 1 homme ne faire usage deson intelligence émancipée que pour se poser des doutes sur les lois mêmes de ces causalités.Ces doutes seretrouvent dans lexplication du principe auquel se rattachent les sciences mathématiques; et dailleurs,toutes les philosophies se résument, en effet, dans deux idées opposées : le but de la raison est aujour-dhui de les ramener à un principe identique et absolu.

Afin de réaliser plus spécialement dans la science ces vues élevées, il était nécessaire de procéder à ungrand travail préparatoire, pour réunir, en les élaborant, les éléinens divers et nombreux de cettesynthèse philosophique. Telle a été la pensée première des auteurs de ce dictionnaire.

Depuis long-temps lAllemagne et lAngleterre avaient devancé le France dans cette marche scientifique.Ces deux pays , à qui 1 humanité est redevable de si prodigieuses recherches et de si admirables travauxdans toutes les branches du savoir, possédaient des recueils assez semblables, quant à la forme, à celuique nous publions. Néanmoins ces ouvrages estimables, et qui nous ont souvent été d'une indispensableUtilité, ne portent point encore lempreinte de lidée philosophique, dont nous avons eu le dessein de pré-