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parer la production fécondé au sein de la science. Nous venons donc accomplir, en France , une tâchenouvelle et qui présentait de graves difficultés. Parmi les traités qui composent P Encyclopédie , il enexiste bien un qui est intitulé : Dictionnaire des Mathématiques , mais cet ouvrage incomplet devait, aureste, être pour nous un obstacle plutôt qu’un modèle ou un moyen. D’ailleurs, soit qu’on considèrel’œuvre encyclopédique sous le point de vue spécial de son utilité scientifique, soit qu’on l’envisage commeune application à la science, du système philosophique dont elle émane, elle est tombée, sous ce doublerapport, dans un discrédit complet. D une part les progrès de la science ont dépassé, en beaucoup de pointsimportans, les travaux mathématiques qui y sont rassemblés, et d’autre part la pensée philosophique,qu’ils avaient pour but de fortifier, ne peut plus prétendre à exercer sur les esprits 1 influence dont elle aété en possession. La place était donc vacante, et nous l'avons prise. Mais nous nous sommes élancés danscette voie nouvelle sans le secours d’espérances trop vives et trop prochaines. De tout temps de rudesépreuves et d’amères déceptions ont été le partage des efforts les plus généreux; à toute vérité il faut uneépoque, à tout homme qui la produit il faut la constance et la foi en lui-même.
Nous devons donc ajouter ici que nous avons seulement en nous cette conscience complète de l’utiiitcet de l’importance de notre œuvre, qui donne seule le courage nécessaire pour commencer les grandesluttes. Car au moment où nous écrivons, le monde intellectuel n’est pas seulement divisé sur quelquespoints isolés de ses connaissances : l’hostilité des principes auxquels sont, de part et d'autre , attribués lesdéveloppemens du savoir, se rencontre avec plus de force que jamais dans toutes les idées sociales ou seu-lement spéculatives dont l'humanité est en possession. Peut-être ces combats, que le progrès a dû soutenirdans toutes les périodes historiques de la science, ont-ils été nécessaires, pour qu’aucune vérité n’ait pus’établir dans le monde , sans avoir été soumise à l’orageuse épreuve de l’examen et du temps. Mais cepen-dant les événemens de 1 histoire sociale moderne sont trop profondément empreints d’un caractère provi-dentiel, c’est-à-dire d’une direction supérieure à la volonté et aux prévisions humaines, pour n’avoir pasproduit une réaction spontanée dans l'intelligence, qui a dû se tourner vers ce principe supérieur commevers un guide plus infaillible que l’expérience. A l’aide de cette dernière méthode, l’homme ne peut s’é-lever, avec quelque certitude, qu’à la connaissance souvent imparfaite des faits; les causes qui les ont pro-duits lui demeurent inconnues, et c’est vers la découverte de ces grands mystères, que dans l’état deculture intellectuelle où elle se trouve, marche aujourd’hui l’humanité.
Dans l’espoir de favoriser ce mouvement progressif de la raison, nous n’avons pas dû borner nos tra-vaux à rassembler, dans un ordre favorable aux recherches, les seuls enseignemens pratiques de la science.Nous avons voulu que les spéculations les plus élevées, comme les propositions les plus élémentaires yfussent présentées avec l'histoire, et surtout la philosophie, de laquelle toutes les découvertes scientifiquesne sont que des déductions. Ainsi nou3 nous adressons à toutes les intelligences, comme nous avons dûprendre la vérité partoutoù nous l’avons rencontrée; car, ainsique nous l’avons déjà exprimé, notre dic-tionnaire n’est en effet qu’une œuvre synthétique, dans laquelle tous les travaux antérieurs à notre époquedevaient trouver leur place.
Notre intention avait d’abord été d’exposer ici toutes les déductions du principe philosophique de lascience, mais nous avons pensé que cette importante doctrine devait faire partie de l’ouvrage même dontelle a dicté l’inspiration ( Voy. Mathématiques et Philosophie des mathématiques). Il n’en est pas demême de l’histoire , dont chacun de nos articles renferme seulement quelques aperçus particuliers, qu’ilnous semble absolument nécessaire de considérer ici dans leur ensemble.
Il n’est pas possible d’établir dans l’histoire spéciale de la science une division différente de celle queles grandes périodes de civilisation ont fait établir dans l’histoire sociale. En faisant même la part de cetteantiquité co'njecturale, que quelques nations ont prétendu s’attribuer, les temps historiques se partagenten trois âges; la venue du quatrième est d’une part dans le secret de la Providence, d’autre part dans ledéveloppement plus ou moins liàtif de la raison. Ainsi dans le premieràge de l’histoire sociale naissent et sedéveloppent successivement toutes les formes de civilisation. La société humaine, qui tend vers l’unité,arrive par le fait de la puissance romaine sur les limites de cette destination, mais elle y arrive commevers un but négatif, et guidée par la seule fatalité; ici l’unité va produire une matérialisation complètede l’humanité, et tel n’est pas son but social. Le second âge s’ouvre par la venue de Jésus-Christ, dont lamission auguste sauva le monde de ce danger; il donne à la morale l’autorité absolue qui luiavait manquédans l’âge précédent, et l’humanité se recommence pour ainsi dire elle même, dirigée par la Phovidence.Durant cette époque la société recompose tous ses élémens de civilisation d’après le principe supérieur quilui a été apporté, puis elle arrive au terme de ce but transitoire , plus consciente de ses buts définitifs. Letroisième âge commence à la réformalion, et l'humanité se trouve encore aujourd'hui dans la crise où adû la plonger le principe d examen , duquel découle la supériorité de la raison.
Nous allons voir maintenant la production scientifique de la vérité s’harmoniser complètement dans ledéveloppement successif et général des faits sociaux.
Durant les siècles incertains où s’élabora l’antique civilisation humaine, la science que nous avons mon-trée déjà présidant à la création des relations sociales, ne s’élève point d’abord au-dessus du but purementmatériel qu’elle a en vue, Le petit nombre de vérités qu elle produit ne sont en effet que des déductions