VI
RÉSUMÉ DE L’HISTOIRE DE FRANCE.
ment. La popularité appartenait aux évêques ; le des-potisme les caressa pour gagner l'obéissance du peu-ple. Ils ne tardèrent pas à s’affranchir peu b peu do lajuridiction civile, et l’évêque de Rome , qui depuis aété décoré du titre de souverain pontife, avait déjàune suprématie spirituelle et une influence temporelle.La civilisation, les arts et les lettres des Romainsétaient en décadence; l’empire, divisé et affaibli, tom-bait en ruines; la discipline était relâchée; le pres-tige du nom romain était détruit; l’ignorance et labarbarie étendaient leurs ténèbres sur ces belles pro-vinces qui avaient été si heureuses sous l’administra-tion des Trajan , des Antonin, des Harc-Aurèle, empe-reurs philosophes.
ÉTABLISSEMENT DES NATIONS GERMANIQUES ET GOTHIQUES EN
Les peuplades barbares du nord de l’Europe , atti-rées par le beau climat et la richesse des provinces del’empire, y avaient fait de fréquentes incursions ; maison les en avait chassées, soit par la force, soit par destraités et des présents. Ce dernier moyen n’était pasbon. Le despotisme, uni à la décrépitude, l’employasouvent; Rome dégénérée eut même recours aux armesde ses ennemis pour se défendre contre leurs pareils.On solda des légions de barbares pour garder les fron-tières. Une tribu de Franks, peuples de la Germanie ,fut longtemps préposée à la défense des rives du Rhin .Cependant, ces barbares, en apprenant des Romainsl’art de combattre, songèrent à le tourner à leur profit;ils aimèrent mieux envahir l’empire que de le garder;et, au milieu du désordre qui y régnait, ils crurentpouvoir y former des établissements durables. Le peu-ple Vesogolli ou Visigolh s’était installé en Espagne et dans le midi de la France ; les Burgundions ouBourguignons s’étaient fixés dans l’est, et le peupleFranc s’était établi dans la Belgique . Ces Francsétaient ceux d’entre les barbares qui avaient eu le plusde rapports avec les Romains. Ils marchaient en plu-sieurs tribus ou armées : à la tête de chacune était unchef électif. Les moines qui ont écrit de mauvaiseschroniques sur ces temps-là nous ont conservé lesnoms de quelques-uns de ces rois francs, dont nosbons historiens monarchiques ont fait des rois deFrance . Far-mund, Chlod, Mcrveg, Ilild-rik, étaientplus ou moins puissants. L’existence du premier estincertaine. Aclius (420), général de Valentinien III ,remporta des avantages sur le second; il vainquit plu-sieurs peuples barbares, et rétablit momentanémentl’autorité romaine dans les Gaules , excepté VArmori-que (aujourd’hui la Bretagne ), qui s’était déclaréeindépendante. Vers ce temps (451), la nuée de Tartaresqu ’Attila, dit le fléau de Dieu , conduisait au pil-lage du monde, vint s’abattre sur les Gaules. Aëtius lit sa paix avec les autres ennemis de l’empire,unit son armée à celle des Visigolhs, et vainquitAttila dans les plaines de Cliâlons en Champagne .Peut-être, sans cette grande victoire, la race des
Gaulois serait-elle mêlée aujourd’hui à celle des Huns.
Alors le fils de Merveg ou Mérovée (459) , que nousnommons Çhildéric , commandait les Francs établisà Tournai . Us le déposèrent parce qu’il séduisait leursfilles. 11 paraît que co droit des Francs est tombédepuis en désuétude. Le fait est remarquable en cequ’il prouve que les Francs déposaient leurs rois. Ilsélurent à sa place le chef de la milice romaine, Ægi-dius. Mais celui-ci, çonlro lequel un patrice romain,son ennemi, avait suscité les Visigoths et même latribu des Francs Ripuaires, parvint à s’allier à Cliil-dério, et ils vainquirent ensemble les Visigoths àOrléans (463). Childério était rentré en grâce auprèsde ses Francs; il était bon guerrier. 11 résida à Tournai et ne pénétra pas beaucoup dans la Gaule . Lorsqu’ilmourut (480), il laissa son fils, âgé de seize ans, à latête de sa tribu, qu’on appelait Salique . Je n’ai pointretracé tous les événements qu’offre l’histoire desGaules vers cette époque ; l’espace ne le permet pas etils sont peu intéressants : on y verrait beaucoup decombats ou d’alliances tour à tour entre les Romains,les Francs , les Visigoths et les autres barbares; d’am-bitieux généraux, élevés par les intrigues de la courimpériale, renversant bientôt leurs faibles maîtres,et appelant quelquefois l’irruption des barbares, quandelle servait leurs desseins. Alors l’empire d’Occidentvenait de s’écrouler : les Saxons occupaient l’Anjou etle Maine ; les Bourguignons, la Séquanie; les Visi-goths, le midi jusqu’à la Loire ; les All-manns et lesFrancs se disputaient le nord, les Romains ou Gaulois conservaient le reste, et les Armoriques étaient indé-pendants.
CONQUÊTE DES FRANCS SOUS CLOVIS . ÉTAT CIVIL DES PEUPLEEDE FRANCE .
(481) Le (ils de llildrik était Ulodwech ou Chlodo-vech; nous l’appelons Clovis , et ce nom paraît avoirune origine commune avec celui de Hludvik ou Louis.Son territoire était borné; il avait pour voisins desFrancs de tribus différentes. Il était ambitieux, et ilavait tous les talents d’un conquérant. Il forma le pro-jet de se rendre maître de la Gaule . S’étant uni à unetribu franque, il battit d’abord Syagrius (486), filsd’Ægidius, qui gouvernait les Gallo-Romains du Sois-sonnais, et se l’étant fait livrer, il le fit décapiter.Clovis s’allia bientôt avec les Francs Ripuaires, et ilaugmenta encope sa puissance et son influence dans lesGaules en épousant Clotilde (493), fille d’un roi desBourguignons. Cette princesse était chrétienne ; par cemariage, Clovis parut s’offrir comme le protecteur deschrétiens delà Gaule , qui composaient la plus grandepartie de la population ; en même temps, il se ména-geait leur appui. Bientôt il en eut besoin ; de puissantscompétiteurs se présentèrent : c’étaient les Allemands,ramas de différentes hordes de pillards germaniques.Uni aux Ripuaires, il leur livra bataille ù Tolbiac(496), près Cologne , et les vainquit. Le chroniqueurGrégoire fait sur cette victoire un récit qui rappelle
l