Band 
Tome I.
Seite
XIV
JPEG-Download
 

XIV

RÉSUMÉ DE L’HISTOIRE DE FRANCE.

dans les villes, dans les conciles ; il échauffe les tètespour le sépulcre et contre les musulmans qui rançon-naient les pèlerins. On se trouvait si mal qu’on devaitsaisir avec ardeur un projet aventureux. Les serfs, pourfuir l’esclavage de la glèbe ; les vassaux, pour échapperau despotisme des suzerains; les débiteurs, pour selibérer par les indulgences ; tous, pour gagner leparadis; vieillards, femmes, enfants, princes, moines,seigneurs, évêques, se mirent en marche, criant :Dieu le veut. Ils portèrent sur leurs vêtements unecroix d’étoffe rouge, et on les appela Croisés. Cettemultitude indisciplinée, ayant l’ermite Pierre pourgénéral, porta la dévastation sur son passage, massa-cra les Juifs et trouva son tombeau en Hongrie . Unetrentaine de mille hommes, reste d’une armée féodale régulière, prit Jérusalem en 1099, et en G t roi l’un descs chefs, Godefroid de Bouillon . Ce fut là ce qu’onappelle la première croisade. Ces folies, dévote-ment belliqueuses, furent utiles à l’humanité quoi-qu’elles aient fait verser bien du sang. Le peuple futdélivré de la présence de beaucoup de seigneurs;ceux-ci vendirent une partie de leurs terres auroi, pour subvenir aux frais de l’expédition. Débar-rassé d’eux, le pouvoir royal commença un peu à sel'établir.

Les prouesses des chevaliers normands et français dans l’Angleterre et dans l’Orient ont quelque chosede merveilleux que les romanciers et les poètes n’ontpas manqué d’exagérer. Une poignée de chevaliersnormands conquirent et fondèrent les royaumes deNaples et de Sicile . On rapporte aux croisades l’usagedes armoiries qui servirent à distinguer les chefsentre eux, et à les faire reconnaître de leurs vassaux.On commença alors aussi à faire usage des chif-fres arabes, ce qui était plus utile que les armoi-ries.

Dans ce temps, le pouvoir ecclésiastique était exercépresque exclusivement par les moines bénédictins,qui, lors de la réforme de Cluny en 910, avaient dé-claré ne devoir obéissance qu’au pape. C’était la milicede Rome : beaucoup d’abbés de Cluny devinrent pon-tifes. Alors les prêtres séculiers étaient presque tousmariés. L’élection des évêques s’était rétablie, grâce àl’affaiblissement du pouvoir royal.

Ce fut vers ce temps que s’établit le culte des imageset l’usage de la confession, qui auparavant n’avait lieuqu’entre les ecclésiastiques.

COJDIEÎfCEMEXT DE L’ÉTABLISSEMEXT DES COMMUNES , SOUSLOUIS LE cnos.

Le domaine des rois de France ne s’étendait alorsqu’à quinze ou vingt lieues autour de Paris. Louis VI ,dit le Gros (1108) , eut d’abord à guerroyer dansl’Orléanais, dans la Normandie et dans l’Ile-de-France ,contre les barons ses voisins, puissants brigands quidévalisaient les voyageurs. Pour réduire l’un d’eux,il mit trois lois le siège devant une bicoque féodale .Dans une guerre contre le roi d’Angleterre, les chances

furent partagées entre les Français et les Normands :Louis y montra du courage. L’empereur, gendre duroi d’Angleterre, prit parti pour celui-ci (1124) etvoulut envahir la France . Louis convoqua les grandsvassaux de la couronne qui devaient marcher sousl’étendard royal * contre l’étranger ; ils formèrent aus-sitôt une armée de deux cent mille hommes. Les Alle-mands repassèrent le Rhin. Les Français pouvaientattaquer aussitôt les Anglo-Normands ; mais les comteset ducs, craignant de rendre trop do pouvoir au roi,s’en retournèrent tous chez eux et le laissèrent sansarmée. Malgré sa piété, Louis ne put éviter d’êtreexcommunié par l’évêque même de Paris . Il mourutaprès avoir fait sacrer son fils (1157).

Parlons de l’événement le plus marquant de sonrègne : ici le sort du malheureux peuple commence às’améliorer. Diverses insurrections avaient eu lieudans quelques villes possédées par le clergé ou lesbarons et incluses dans le domaine du roi. Celui-ci,ne pouvant ou ne voulant pas comprimer les révoltés,aima mieux s’en faire d’utiles auxiliaires. Toujours enguerre et incapable de les protéger contre les inva-sions de ses voisins, il trouva de l’avantage à leurlaisser la liberté de se défendre eux-mêmes. Ils pu-rent s’assembler, se gouverner, nommer des magis-trats, tandis qu’ils ne pouvaient changer de place nise marier sans la permission du seigneur. Ils fixèrentleurs impôts, formèrent leur milice, et, renfermésdans leurs fortifications, ils purent respirer en paix.On appela communes ces petites démocraties indépen-dantes de leurs seigneurs sous certaines conditions.11 est vrai que le roi leur vendit les chartes par les-quelles il leur octroyait ces droits de la nature; maisc’était beaucoup de les obtenir, et c’était au grandmécontentement des barons, des évêques et des moi-nes, qui se regardaient comme spoliés par la cou-ronne. Dès lors, plusieurs souverains féodaux imitè-rent le roi, et vendirent la liberté aux serfs des bourgsde leurs domaines pour restaurer leurs finances. Dansbeaucoup d’endroits, les bourgeois, s’insurgeant contreles seigneurs, établirent eux-mêmes leur commune.Les roturiers purent alors goûter quelque repos et selivrer à quelque industrie. 11 n’existait de liberté quedans l’enceinte des villes affranchies : pour la conser-ver, elles se placèrent autant qu’elles purent sous laprotection du roi. Celui-ci augmentait sa force en s’al-liant aux communes. II se les attacha davantage enétablissant l’appel des sentences seigneuriales, danscertains cas, devant les juges royaux. Ces juges dé-fendaient le peuple contre l’oppression féodale . Unsiècle auparavant, les évêques avaient attiré la plupartdes causes devant les tribunaux ecclésiastiques; quel-que mauvais qu’ils fussent, ils valaient encore mieuxque ceux des seigneurs.

* C’était alors l’Oriflamme, bannière de l'abbaye de Saint-Denis. On lui prêtait des vertus miraculeuses qu’il faut reléguerparmi les fables , ainsi que la sainte ampoule, et la propriétéque nos aïeux attribuaient aux rois de France, depuis Louis VI ,de guérir les écrouelles.