XVIII
semblée de nobles et d’évêques où l’on accusa le paped’imposture et d’hérésie. Alors l’excommunication estlancée ; la couronne de France est offerte à un princed’Autriche. Le pape est enlevé par des partisans fran-çais , puis il est délivré, et il meurt enfin dévoré derage : il avait institué le jubilé, qui attirait à Rome des milliers de pèlerins et tout l’argent de la chré-tienté. Pendant ce temps-là, les Flamands s’étaientrévoltés sous la conduite d’un vieux tisserand, etavaient massacré des Français . Le comte d’Artoispartit avec une armée ; il traitait ces insurgés de ca-naille, et perdit la bataille de Courtrai où vingt milleFrançais furent tués. Le roi marcha eu personne : iléchoua ; il fallut rétablir le comte de Flandre , en re-tenant seulement quelques villes. L’excommunicationdu pape fut levée quelque temps après par son suc-cesseur.
Un événement fameux de ce règne est le procès desTempliers, ordre religieux et militaire établi pendantles croisades. Philippe le Bel poursuivit leur destruc-tion avec un acharnement qu’on n’explique pas : ilne s’empara pas de leurs biens. Le pape montra contreeux autant d’animosité que le roi. Tout à coup (1507),on les arrête dans toute la France ; on les interrogeavec la torture, et la torture leur dicte l’aveu descrimes qu’on exige d’eux. Quand la douleur a cessé,ils se rétractent : on les brûle à petit feu (1512).L’ordre est aboli; les biens sont donnés aux Hospita-liers (depuis l’ordre de Malte). Le grand maître etles grands officiers, condamnés par une commissiondu pape, sont brûlés vifs : tous, jusqu’au derniersoupir, protestent de leur innocence au milieu desflammes. Que signifie cette épouvantable atrocité ? Onaccusait les Templiers de crimes horribles : tout cequ’on sait, c’est qu’ils étaient riches, orgueilleux,privilégiés et débauchés. Ceux qui les faisaient brûlervalaient-ils mieux?
Philippe le Bel avait accablé le peuple d’impôts ; ilavait ruiné le crédit en altérant les monnaies, il avaitexpulsé aussi les juifs pour confisquer leurs richesses.Le mécontentement général lui faisait craindre unsoulèvement. Il mourut de chagrin. Nous lui devonsla convocation des états généraux, la réunion de Lyon à la France, et le parlement rendu sédentaire à Paris .C’était auparavant un tribunal ambulatoire qui suivaitla cour, et qui était composé de gentilshommes choisispar le roi. Comme ces hommes d’épée ne savaient nilire ni écrire, on leur adjoignait des gens de loi quileur servaient de conseillers. Peu à peu, les nobles seretirèrent et laissèrent ceux-ci seuls juges. Les pairs,grands seigneurs terriens ou grands domestiques decour, qui étaient les leudes de la première race ou lesbarons et grands vassaux de la féodalité pure, avaientde droit entrée au parlement. Cette assemblée étaitproprement le tribunal du roi. Depuis Louis IX , leparlement connaissait de tous les appels du royaume.Il accrédita tes beaux principes de justice du droitromain, créa une procédure légale, rendit l’étude deslois nécessaire, et fit passer du côté des lettrés et des
gens de robe une partie de l’autorité ou de l’influencequ’avaient usurpées les gens de guerre. On ne sait pascommunément que les Pandectes de Justinien ontporté le plus grand coup à la féodalité.
Après avoir parcouru le treizième siècle, si nousjetons un coup d’œil en arrière, nous trouverons quel’espèce humaine a fait quelques pas vers la civilisa-tion. Sous Louis IX , une bibliothèque est formée. Lemoine anglais Roger Bacon , prodige pour ce temps,devine une partie des sciences physiques ; il inventela chambre obscure. Ses grossiers contemporains leprennent pour un sorcier. D’ignobles parades, jouéessur des tréteaux, sous le nom de mystères, étaient dumoins des essais qui devaient nous conduire à Cinnaet au Tartufe. Les disputes théologiques et l’ergotagescolastique continuaient, il est vrai : on fondait laSorbonne; mais la bourgeoisie puisait jusque dans lesdésordres de l’université des habitudes d’indépen-dance anti féodale , et les confréries ou corporations,bonnes alors, lui prêtaient la force d’une organisationpolitique. Les prévôts et échevins s’accoutumaient àrésister à l’arbitraire; les anoblissements commen-çaient et faisaient mettre en question la noblesse elle -même. Le tiers état, érigé en puissance politique,prenait de la consistance, et le pouvoir royal sentaitcombieh son alliance lui était utile. La convocationdes assemblées, qu’on appela depuis états générauxétait un moyen de la renouveler.
Vers ce temps, trois cantons suisses secouèrent àla fois le joug féodal et celui de l’Autriche . De simplespaysans, guidés par trois héros, formèrent une glo-rieuse république. Ici la liberté naquit, comme àl’ordinaire, de l’excès de l’oppression. Voici, au mi-lieu des tristes annales de l’histoire moderne, lespremiers hommes sur lesquels on voit luire un rayondu soleil de la liberté.
AFFRANCHISSEMENT DES PAYSANS SERFS. REVERS SOUSrlIIUPPE DE VALOIS.
L’autorité royale, qui avait fait de grands progrèssous Philippe le Bel , fut exercée successivement parses trois fils dans un court espace de temps. Louis X dit Ilutintit condamner à mort (131 J) le surintendantdes finances Enguerrand de Marigny : on n’avait puprouver qu’il fût un fripon ; on l’accusa d’être sorcier.Le roi se repentit ensuite de cette iniquité. L’événe-ment le plus mémorable de ce règne est l’affranchisse-ment (1315) d’une grande partie des serfs des campa-gnes *. Le roi commença dans ses domaines, lesseigneurs l’imitèrent peu à peu. On disait dans lepréambule de l’édit : Comme, selon le droit de la na-ture, chacun doit naître franc. Cependant, la libertéfut vendue aux paysans comme elle l’avait été auxbourgeois. Beaucoup d’entre eux, accoutumés à l’es-
* Il restait encore de nos jours des serfs de main-morte aSaint-Claude, en Franche-ComtO. Louis XVI les a affranchis. Us appartenaient â des moines !