Je me propose décrire l’histoire d’une révolution mémorable, qui a profondémentagité les hommes et qui les divise encore aujourd’hui. Je ne me dissimule pas les difficultésde l’entreprise', car des passions que l’on croyait étouffées sous l’influence du despotismemilitaire viennent de se réveiller. Tout à coup, des hommes accablés d’ans et de travauxont senti renaître en eux des ressentiments qui paraissaient apaisés, et nous les ontcommuniqués, à nous, leurs fils et leurs héritiers. Mais si nous avons à soutenir la mêmecause, nous n’avons pas à défendre leur conduite, et nous pouvons séparer la liberté deceux qui l’ont bien ou mal servie; tandis que nous avons I avantage d avoir entendu etobservé ces vieillards, qui, tout pleins encore de leurs souvenirs, tout agités de leurs'^pressions, nous révèlent l’esprit et le caractère des partis et nous apprennent à lescomprendre. Peut-être le moment où les acteurs vont expirer est-il le plus propre à écrire1 histoire ; on peut recueillir leur témoignage sans partager toutes leurs passions.
Quoi qu’il en soit, j’ai tâché d’apaiser en moi tout sentiment de haine; je me suis tourù tour figuré que, né sous le chaume, animé d’une juste ambition, je voulais acquérir ceque l’orgueil des hautes classes m’avait injustement relusé; ou bien qu élevé dans lesP a lais, héritier d’antiques privilèges, il m’était douloureux de renoncer à une possessionque je prenais pour une propriété légitime. Dès lors je n’ai pu m’irriter; j’ai plaint lescombattants, et je me suis dédommagé en adorant les âmes généreuses.