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RÉVOLUTION FRANÇAISE.
place de Turgot et de Necker . Charmée surtoutqu’on obligeât un ministre à rendre des comptes,elle appuya la résistance des notables. Les discus-sions les plus vives s’engagèrent. Calonne eut letort de rejeter sur ses prédécesseurs, et en partiesur Necker, l’état du trésor. Necker répondit, futexilé, et l’opposition n’en devint que plus vive.Calonne suffit à tout avec présence d’esprit et aveccalme. Il fit destituer M. de Miroménil, garde dessceaux, qui conspirait avec les parlements. Maisson triomphe ne fut que de deux jours. Le roi, quil’aimait, lui avait promis plus qu’il ne pouvait ens’engageant à le soutenir. Il fut ébranlé par lesreprésentations des notables , qui promettaientd’obtempérer aux plans de Calonne, mais à con-dition qu’on en laisserait l’exécution à un ministreplus moral et plus digne de confiance.La reine, parles suggestions de l’abbé de Vermont , proposa et fitaccepter au roi un ministre nouveau, M. de Brienne,archevêque de Toulouse , et l’un des notables quiavaient le plus contribué à la perte de Calonne,dans l’espoir de lui succéder (avril 1787).
L’archevêque de Toulouse , avec un esprit ob-stiné et un caractère faible, rêvait le ministère de-puis son enfance, et poursuivait par tous lesmoyens cet objet de ses vœux. Il s’appuyait prin-cipalement sur le crédit des femmes auxquellesil cherchait et réussissait à plaire. Il faisait vanterpartout son administration du Languedoc. S’il n’ob-tint pas en arrivant au ministère la faveur quiaurait entouré Necker, il eut aux yeux du publicle mérite de remplacer Calonne. Il ne fut pas d’a-bord premier ministre, mais il le devint bientôt.Secondé par M. de Lamoignon, garde des sceaux,ennemi opiniâtre des parlements, il commença sacarrière avec assez d’avantage. Les notables, en-gagés par leurs promesses, consentirent avec em-pressement à tout ce qu’ils avaient d’abord refusé :impôt territorial, impôt du timbre, suppressiondes corvées ,assemblées provinciales, tout fut ac-cordé avec affectation. Ce n’était point à ces me-sures mais à leur auteur qu’on affectait d’avoirrésisté; l’opinion publique triomphait. Calonneétait poursuivi de malédictions, et les notables,entourés du suffrage public, regrettaient cependantun honneur acquis au prix des plus grands sacri-fices. Si M. de Brienne eût su profiter de sa posi-tion, s’il eût poursuivi avec activité l’exécutiondes mesures consenties par les notables, s’il leseût toutes à la fois et sans délai présentées au par-lement a l’instant où l’adhésion des premiers
ordres semblait obligée, c’en était fait peut-être : ;le parlement, pressé de toutes parts, aurait con-senti à tout, et cette transaction, quoique partielleet forcée, eût probablement retardé pour long-temps la lutte qui s’engagea bientôt.
Rien de pareil n’eut lieu. Par des délais impru-dents, on permit les retours; on ne présenta lesédits que l’un après l’autre ; le parlement eut letemps de discuter, de s’enhardir * et de revenirsur l’espèce de surprise faite aux notables. Il en-registra, après de longues discussions, l’édit por-tant la seconde abolition des corvées, et un autrepermettant la libre exportation des grains. Sa hainese dirigeait surtout contre la subvention territoriale ;mais il craignait, par un refus, d’éclairer le pu-blic, et de lui laisser voir que son opposition étaittout intéressée. II hésitait, lorsqu’on lui épargnacet embarras en présentant ensemble l’édit sur letimbre et sur la subvention territoriale, mais sur-tout en commençant la délibération par celui dutimbre. Le parlement put ainsi refuser le premiersans s’expliquer sur le second; et, en attaquantl’impôt du timbre, qui affectait la majorité descontribuables, il sembla défendre les intérêts pu-blics. Dans une séance où les pairs assistèrent, ildénonça les abus, les scandales et les prodigalitésde la cour, et demanda des états de dépenses. Unconseiller, jouant sur le mot, s’écria : « Ce nesont pas des états, mais des états généraux qu’ilnous faut. » Cette demande inattendue frappa toutle monde d’étonnement. Jusqu’alors on avait ré-sisté parce qu’on souffrait; on avait secondé tous lesgenres d’opposition, favorables ou non à la causepopulaire, pourvu qu’ils fussent dirigés contre lacour, à laquelle on rapportait tous les maux. Ce-pendant on ne savait trop ce qu’il fallait désirer : jon avait toujours été si loin d’influer sur le gouver-nement, on avait tellement l’habitude de s’en tenir :aux plaintes, qu’on se plaignait sans concevoirl’idée d’agir ni de faire une révolution. Un seul ;mot prononcé offrit un but inattendu; chacun le 'répéta, et les états généraux furent demandés» jgrands cris. ’
D’Espréménil, jeune conseiller, orateur effl' jporté, agitateur sans but, démagogue dans les par' jjlements, aristocrate dans les états généraux, et q«‘ \fut déclaré en état de démence par un décret de ■l’assemblée constituante, d’Espréménil se montr» 'dans cette occasion l’un des plus violents déclam»' ’teurs parlementaires. Mais l’opposition était cou'duite secrètement par Duport, jeune homme doue