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gardes-françaises, et à les détourner de leur pro-jet. Il écrivit confidentiellement au ministre Saiut-Priest, pour lui apprendre ce qui s’était passé, etle rassurer entièrement. Saint-Priest, abusant dela lettre, la montra à d’Eslaing; celui-ci la com-muniqua aux officiers de la garde nationale deVersailles et à la municipalité, pour les instruiredes dangers qui avaient menacé la ville, et de ceuxqui pourraient la menacer encore. On proposa d’ap-peler le régiment de Flandre; grand nombre debataillons de la garde de Versailles s’y opposèrent,mais la municipalité n’en fit pas moins sa réquisi-tion, et le régiment fut appelé. C’était peu qu’unrégiment contre l’assemblée, mais c’était assezpour enlever le roi et protéger son évasion. D’Es-taing instruisit l’assemblée nationale des mesuresqui avaient été prises, et obtint son approbation.Le régiment arriva : l’appareil militaire qui lesuivait, quoique peu considérable, ne laissa pasque d’exciter des murmures. Les gardes du corps,les courtisans s’emparèrent des officiers, les com-blèrent de caresses, et, comme avant le 14 juillet,on parut se coaliser, s’entendre et concevoir degrandes espérances.
La confiance de la cour augmentait la méfiancede Paris , et bientôt des fêtes irritèrent la misèredu peuple. Le 2 octobre, les gardes du corps ima-ginent de donner un repas aux officiers de la gar-nison. Ce repas est servi dans la salle du théâtre.Les loges sont remplies de spectateurs de la cour.Les officiers de la garde nationale sont au nombredes convives; une gaieté très-vive règne pendantle festin, et bientôt les vins la changent en exalta-tion. On introduit alors les soldats des régiments.Les convives, l’épée nue, portent la santé de lafamille royale; celle de la nation est refusée, oudu moins omise; les trompettes sonnent la charge,on escalade les loges en poussant des cris; on en-tonne ce chant si expressif et si connu : ô Richard!ô mon roi! l’univers t’abandonne! on se prometde mourir pour le roi, comme s’il eût été dans leplus grand danger; enfin le délire n’a plus debornes. Des cocardes blanches ou noires, maistoutes d’une seule couleur, sont partout distri-buées. Les jeunes femmes, les jeunes hommes,s’animent de souvenirs chevaleresques. C’est dansce moment que la cocarde nationale est, dit-on,foulée aux pieds. Ce fait a été nié depuis, mais levin ne rend-il pas tout croyable et tout excusable?Et dailleurs, pourquoi ces réunions qui ne pro-duisent d une part qu’un dévouement trompeur, et
qui excitent de l’autre une irritation réelle et ter-rible? Dans ce moment on court chez la reine;elle consent à venir au repas. On entoure le roiqui revenait de la chasse, et il est entraîné aussi;on se précipite aux pieds de tous deux, et on lesreconduit comme en triomphe jusqu’à leur appar-tement. Sans doute, il est doux, quand on se croitdépouillé, menacé, de retrouver des amis ; maispourquoi faut-il qu’on se trompe ainsi sur sesdroits, sur sa force et ses moyens?
Le bruit de cette fête se répandit bientôt, et sansdoute l’imagination populaire, en rapportant lesfaits, ajouta sa propre exagération à celle qu’avaitproduite le festin. Les promesses faites au roifurent prises pour des menaces faites à la nation,cette prodigalité fut regardée comme une insulte àla misère publique, et les cris à Versailles re com-mencèrent plus violents que jamais. Ainsi les pe-tites causes se réunissaient pour aider l’effet descauses générales. Des jeunes gens se montrèrent àParis avec des cocardes noires, ils furent poursui-vis ; l’un d’eux fut traîné par le peuple, et la com-mune se vit obligée de défendre les cocardes d’uneseule couleur.
Le lendemain du funeste repas, une nouvellescène à peu près pareille eut lieu dans un déjeunerdonné par les gardes du corps, dans la salle dumanège. On se présenta de nouveau à la reine, quidit quelle avait été satisfaite de la journée du jeudi ;on l’écoutait volontiers, parce que, moins réservéeque le roi, on attendait de sa bouche l’aveu dessentiments de la cour; et toutes ses paroles étaientrépétées. L’irritation fut au comble, et on dut s’at-tendre aux plus sinistres événements. Un mouve-ment convenait au peuple et à la cour : au peuple»pour s’emparer du roi ; à la cour, pour que l’ef-froi l’entraînât à Metz . Il convenait aussi au ducd’Orléans, qui espérait obtenir la lieutenance duroyaume, si le roi venait à s’éloigner; on a mêmeditque ce prince allait jusqu’à espérer la couronne,ce qui n’est guère croyable, car il n’avait pas assezd’audace d’esprit pour une si grande ambition. Lesavantages qu’il avait lieu d’attendre de cette nou-velle insurrection l’ont fait accuser d’y avoir par-ticipé; cependant il n’en est rien. Il ne peut avoirdéterminé l’impulsion, car elle résultait de la forcedes choses; il paraît tout au plus l’avoir secondée!et, même à cet égard, une procédure immense,et le temps, qui apprend tout, n’ont manifesté au-cune trace d’un plan concerté. Sans doute le ducd’Orléans n’a été là, comme pendant toute la révo-