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Tome I.
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ASSEMBLEE CONSTITUANTE (1789).

à Versailles . Un de ses grenadiers lui avait dit :«Général, vous ne nous trompez pas, maisonvous trompe. Au lieu de tourner nos armes contredes femmes, allons à Versailles chercher le roi,et nous assurer de ses dispositions en le plaçantau milieu de nous. « Lafayette avait résisté auxinstances de son armée et aux flots de la multitude.Ses soldats n’étaient point à lui par la victoire,mais par l’opinion ; et, leur opinion l’abandonnant,il ne pouvait plus les conduire. Malgré cela, ilétait parvenu à les arrêter jusqu’au soir; mais savoix ne s’étendait qu’à une petite distance, etau delà rien n’arrêtait la fureur populaire. Sa têteavait été plusieurs fois menacée, et néanmoins ilrésistait encore. Cependant il savait que des hor-des partaient continuellement de Paris ; l’insur-rection se transportant à Versailles , son devoire tait de l’y suivre. La commune lui ordonna des’y rendre et il partit. Sur la route, il arrêta sona rméc, lui fit prêter serment d’être fidèle au roi,arriva à Versailles vers minuit. Il annonça àMounier que l’armée avait promis de remplir sondevoir, et que rien ne serait fait de contraire à laloi. Il courut au château, il y parut plein de res-pect et de douleur, fit connaître au roi les précau-bons qui avaient été prises, et l’assura de sondévouement et de celui de l’armée. Le roi paruth'anquillisé, et se retira pour se livrer au repos.La garde du château avait été refusée à Lafayette,° n ne lui avait donné que les postes extérieurs.L es autres postes étaient destinés au régiment deFlandre, dont les dispositions n’étaient pas sûres,aux Suisses et aux gardes du corps. Ceux-ci d’a-^°rd avaient reçu ordre de se retirer. Ils avaientete rappelés ensuite, et n’ayant pu se réunir, ils* e se trouvaient qu’en petit nombre à leur poste.

a ns le trouble qui régnait, tous les points acces-Sl Mes n’avaient pas été défendus; une grille^éme était demeurée ouverte. Lafayette fit occu-P e r les postes extérieurs qui lui avaient été con-gés, et aucun d’eux ne fut forcé ni même attaqué.

L’assernblée, malgré le tumulte, avait repris sas éance, et elle poursuivait une discussion sur leslo *s pénales avec l’attitude la plus imposante. Dete mps en temps, le peuple interrompait la dis-c,1 ssion en demandant du pain. Mirabeau, fati-^®é, s’écria, d’une voix forte, que l’assembléeavait à recevoir la loi de personne et qu’elle fe-lait vider les tribunes. Le peuple couvrit sona Postrophe d’applaudissements; néanmoins il ne'-Oavcnait pas à l’assemblée de résister davantage.

Lafayette, ayant fait dire à Mounier que tout luiparaissait tranquille, et qu’il pouvait renvoyer lesdéputés, l’assemblée se sépara vers le milieu dela nuit, en s’ajournant au lendemain 6, à onzeheures.

Le peuple s’était répandu çà et là, et paraissaitcalmé. Lafayette avait lieu d’être rassuré par le dé-vouement de son armée, qui en effet ne se démentitpoint, et par le calme qui semblait régner partout.Il avait assuré l’hôtel des gardes du corps, et ré-pandu de nombreuses patrouilles. À cinq heuresdu malin il était encore debout. Croyant alors toutapaisé, il prit un breuvage, et se jeta sur un lit,pour prendre un repos dont il était privé depuisvingt-quatre heures (9).

Dans cet instant, le peuple commençait à se ré-veiller, et parcourait déjà les environs du château.Une rixe s’engage avec un garde du corps qui faitfeu des fenêtres; les brigands s’élancent aussitôt,traversent la grille qui était restée ouverte, mon-tent un escalier qu’ils trouvent libre, cl sont enfinarrêtés par deux gardes du corps qui se défendenthéroïquement, et ne cèdent le terrain que pied àpied, en se retirant de porte en porte. L’un de cesgénéreux serviteurs était Miomandre. Sauvez lareine! s’écrie-t-il. Ce cri est entendu, et la reinese sauve tremblante auprès du roi. Tandis qu’elles’enfuit, les brigands se précipitent, trouvent lacouche royale abandonnée , et veulent pénétrer audelà; mais ils sont arrêtés de nouveau par lesgardes du corps retranchés en grand nombre surce point. Dans ce moment, les gardes-françaisesappartenant à Lafayette, et postés près du château,entendent le tumulte, accourent et dispersent lesbrigands. Ils se présentent à la porte derrière la-quelle étaient retranchés les gardes du corps :

« Ouvrez, leur crient-ils, les gardes françaisesn’ont pas oublié qu’à Fontenoi vous avez sauvé leurrégiment! a On ouvre et on s’embrasse.

Le tumulte régnait au dehors. Lafayette, qui re-posait à peine depuis quelques instants! et qui nes’était pas même endormi, entend du bruit, s’é-lance sur le premier cheval, se précipite au milieude la mêlée, et y trouve plusieurs gardes du corpsqui allaient être égorgés. Tandis qu’il les dégage,il ordonne à sa troupe de courir au château, et de-meure presque seul au milieu des brigands. L’und’eux le couche en joue; Lafayette, sans se trou-bler, commande au peuple de le lui amener; lepeuple saisit aussitôt le coupable, et, sous les yeuxde Lafayette, brise sa tête contre les pavés. La-