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CHAPITRE Y.
Iilat politique et dispositions des puissances étrangères en 1790. — Discussions sur le droit de la paix et de la guerre. —Première institution du papier-monnaie ou des assignais. — Organisation judiciaire. — Constitution civile du clergé. —Abolition des titres de noblesse. — Anniversaire du 14 juillet. Fête de la première fédération. — Révolte des troupes àNancy . — Retraite de Necker. — Projets de la cour et de Mirabeau. — Formation du camp de Jalès. — Serment civiqueimposé aux ecclésiastiques.
A 1 époque où nous sommes arrivés, la révolu-tion française commençait d’attirer les regards dessouverains étrangers; son langage était si élevé,si ferme; il avait un caractère de généralité quisemblait si bien le rendre propre à plus d’unpeuple, que les princes étrangers durent s’eneffrayer. On avait pu croire jusque-là à une agita-tion passagère, mais les succès de l’assemblée,sa fermeté, sa constance inattendue, et surtoutl’avenir qu’elle se proposait et qu’elle proposait àtoutes les nations, durent lui attirer plus de con-sidération et de haine , et lui mériter l’honneurd’occuper les cabinets. L’Europe alors était diviséeen deux grandes ligues ennemies : la ligue anglo-prussienne d’une part, et les cours impériales del’autre.
Frédéric-Guillaume avait succédé au grand Fré-déric sur le trône de la Prusse. Ce prince mobileet faible, renonçant à la politique de son illustreprédécesseur, avait abandonné l’alliance de laFrance pour celle de l’Angleterre. Uni à cettepuissance, il avait formé cette fameuse ligue anglo-prussienne, qui tenta de si grandes choses et n’enexécuta aucune ; qui souleva la Suède, la Pologne ,la Porte, contre la Russie et l’Autriche ; abandonnatous ceux qu’elle avait soulevés, et contribuamême à les dépouiller, en partageant la Pologne .
Le projet de l’Angleterre et de la Prusse réuniesavait été de ruiner la Russie et l’Autriche , ensuscitant contre elles la Suède où régnait le che-valeresque Gustave, la Pologne gémissant d’unpremier partage, et la Porte courroucée des inva-sions russes. L’intention particulière de l’Angle-terre, dans cette ligue, était de se venger dessecours fournis aux colonies américaines par laFrance , sans lui déclarer la guerre. Elle en avaittrouvé le moyen en mettant aux prises les Turcs et
les Russes. La France ne pouvait demeurer neutreentre ces deux peuples sans s’aliéner les Turcs ,qui comptaient sur elle, et sans perdre ainsi sadomination commerciale dans le Levant. D’autrepart, en participant à la guerre, elle perdait l’al-liance de la Russie , avec laquelle elle venait deconclure un traité infiniment avantageux, qui luiassurait les bois de construction et tous les objetsque le Nord fournit abondamment à la marine.Ainsi dans les deux cas, la France essuyait un dom-mage. En attendant, l’Angleterredisposaitsesforceset se préparait à les déployer au besoin. D’ailleurs,voyant le désordre des finances sous les notables,le désordre populaire sous la constituante, ellecroyait n’avoir pas besoin de la guerre, et on apensé qu’elle aimait encore mieux détruire laFrancepar les troubles intérieurs que par les armes.Aussi l’a-t-on accusée toujours de favoriser nos dis-cordes.
Cetteligueanglo-prussienjieavaitfaitlivrerquel-ques batailles, dont le succès fut balancé. Gustaves’était tiré en héros d’une position où il s’était en-gagé en aventurier. La Hollande insurgée avait étésoumise au slalhouder par les intrigues anglaises
et les arméesprussiennes.L’habileAngleterreavaitainsi privé la France d’une puissante alliance ma-ritime; et le monarque prussien, qui ne cherchaitque des succès de vanité, avait vengé un outragefait par les états de Hollande à l’épouse du stathou-der, qui était sa propre sœur. La Bologne achevaitde sc constituer, et allait prendre les armes. LaTurquie avait été battue par la Russie . Cependantla mort de l’empereur d’Autriche , Joseph 11, sur-venue en janvier -1790, changea la face des événe-ments. Léopold, ce prince éclairé et pacifique,dont la Toscane avait béni l’heureux règne, luisuccéda. Léopold, adroit autant que sage, voulait