l’État un tel jour. Le décret fut adopté ”, malgrél’irritation extraordinaire de la noblesse, qui futplus courroucée de la suppression de ses titresque des pertes plus réelles qu’elle avait faitesdepuis le commencement de la révolution. Lapartie la plus modérée de l’assemblée aurait vouluqu’en abolissant les titres, on laissât la liberté deles porter à ceux qui le voudraient. Lafayettes’empressa d’avertir la cour avant que le décretfût sanctionné, et l’engagea de le renvoyer à l’as-semblée qui consentait à l’amender. Mais le roi sebâta de le sanctionner, et on crut y voir l’inten-tion peu franche de pousser les choses au pire.
L’objet de la fédération fut le serment civique.On demanda si les fédérés et l’assemblée le prê-teraient dans les mains du roi, ou si le roi, con-sidéré comme le premier fonctionnaire public,jurerait avec tous les autres sur l’autel de la patrie.On préféra le dernier moyen. L’assemblée achevaaussi de mettre l’étiquette en harmonie avec seslois, et le roi ne fut dans la cérémonie que cequ’il était dans la constitution. La cour, à quiLafayette inspirait des défiances continuelles, s’ef-fraya d’une nouvelle qu’on répandait, et d’aprèslaquelle il devait être nommé commandant detoutes les gardes nationales du royaume. Ces dé-fiances, pour qui ne connaissait pas Lafayette,étaient naturelles, et ses ennemis de tous les côtéss’attachaient à les augmenter. Gomment se per-suader en effet qu’un homme jouissant d’une tellepopularité, chef d’une force aussi considérable,ne voulût pas en abuser ? Cependant il ne le vou-lait pas; il était résolu à 11 ’être que citoyen; et,soit vertu, soit ambition bien entendue, le mériteest le même. II faut que l’orgueil humain soitplacé quelque part; la vertu consiste à le placerdans le bien. Lafayette, prévenant les craintes dela cour, proposa qu’un même individu ne pûtcommander plus d’une garde de département. Ledécret fut accueilli avec acclamation, et le désin-téressement du général couvert d’applaudisse-ments. Lafayette fut cependant chargé de tout lesoin de la fête, et nommé chef de la fédération,en sa qualité de commandant de la garde pari-sienne.
Le jour approchait, et les préparatifs se fai-saient avec la plus grande activité. La fête devaitavoir lieu au Champ de Mars, vaste terrain quis’étend entre l’école militaire et le cours de la
* Décret et séance du 19 juin,
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Seine . On avait projeté de transporter la terre dumilieu sur les côtés, de manière à former unamphithéâtre qui pût contenir la masse des specta-teurs. Douze mille ouvriers y travaillaient sansrelâche; et cependant il était à craindre que lestravaux ne fussent pas achevés le 14. Les habi-tants veulent alors se joindre eux-mêmes aux tra-vailleurs. En un instant, toute la population esttransformée en ouvriers. Des religieux, des mili-taires, des hommes de toutes les classes, saisis-sent la pelle et la bêche ; des femmes élégantescontribuent elles-mêmes aux travaux. Bientôtl’entraînement est général ; on s’y rend par sec-tions, avec des bannières de diverses couleurs, etau son du tambour. Arrivé, on se mêle et on tra-vaille en commun. La nuit venue elle signal donné,chacun se rejoint aux siens et retourne à sesfoyers. Cette douce union régna jusqu’à la fin destravaux. Pendant ce temps, les fédérés arrivaientcontinuellement,elétaient reçus avecle plus grandempressement et la plus aimable hospitalité. L’ef-fusion était générale, et la joie sincère, malgré lesalarmes que le très-petit nombre d’hommes restésinaccessibles à ces émotions, s’efforçaient de ré-pandre. On disait que des brigands profiteraientdu moment où le peuple serait à la fédération pourpiller la ville. On supposait au duc d’Orléans, re-venu de Londres , des projets sinistres; cependantla gaieté nationale fut inaltérable, et on ne crut àaucune de ces méchantes prophéties.
Le 14 arrive enfin : tous les fédérés députés desprovinces et de l’armée, rangés sous leurs banniè-res, partent de la place de la Bastille , et se ren-dent aux Tuileries . Les députés du Béarn, en pas-sant dans la rue de la Ferronnerie, où avait étéassassiné Henri IV , lui rendent un hommage qui,dans cet instant d’émotion, se manifeste par deslarmes. Les fédérés, arrivés au jardin des Tuile-ries , reçoivent dans leurs rangs la municipalité etl’assemblée. Un bataillon de jeunes enfants, arméscomme leurs pères, devançait l’assemblée : ungroupe de vieillards la suivait, et rappelait ainsiles antiques souvenirs de Sparte . Le cortège s’a-vance au milieu des cris et des applaudissementsdu peuple. Les quais étaient couverts de specta-teurs, les maisons en étaient chargées. Un pont,jeté en quelques jours sur la Seine , conduisait,par un chemin jonché de fleurs, d’une rive à l’au-tre, et aboutissait en face du champ de la fédéra-tion. Le cortège le traverse, et chacun prend saplace. Un ampliitéâlre magnifique, disposé dans
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