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Tome I.
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RÉVOLUTION

mocratique , et pour une république il y avait unroi de trop. En voyant surtout le débordement po-pulaire qui allait toujours croissant, il résolut del’arrêter. A Paris , sous l’empire de la multitudeet d’une assemblée toute-puissante, aucune ten-tative n’était possible. 11 ne vit qu’une ressource,c’était d’éloigner le roi de Paris , et de le placer àLyon . Là , le roi se fût expliqué ; il aurait éner-giquement exprimé les raisons qui lui faisaientcondamner la constitution nouvelle, et en auraitdonnéuneautre qui était toute préparée. Au mêmeinstant, on eût convoqué une première législature.Mirabeau, en conférant par écrit avec les mem-bres les plus populaires, avait eu l’art de leur ar-racher à tous l’improbation d’un article de la con-stitution actuelle. En réunissant ces divers avis, laconstitution tout entière se trouvait condamnéepar ses auteurs eux-mêmes (19). Il voulait lesjoindre au manifeste du roi, pour en assurer l’ef-fet , et faire mieux sentir la nécessité d’une nou-velle constitution. On ne connaît pas tous sesmoyens d’exécution ; on sait seulement que, parla police de Talon, lieutenant civil, il s’était mé-nagé des pamphlétaires, des orateurs de club etdégroupé; que, par son immense correspondance,il devait s’assurer de trente-six départements duMidi. Sans doute il songeait à s’aider de Bouillé,mais il ne voulait pas se mettre à la merci de cegénéral. Tandis que Bouillé campait à Montmédy ,il voulait que le roi se tint à Lyon ; et lui-mêmedevait, suivant les circonstances, se portera Lyon ou à Paris . Un prince étranger, ami de Mirabeau,vit Bouillé de la part du roi, et lui fit part de ceprojet, mais à l’insu de Mirabeau *, qui ne son-geait pas à Montmédy , où le roi s’achemina plustard. Bouillé, frappé du génie de Mirabeau, ditqu’il fallait tout faire pour s’assurer un hommepareil, et que , pour lui, il était prêt à le secon-der de tous ses moyens.

M. de Lafayette était étranger à ce projet. Quoi-qu’il fût sincèrement dévoué àlapersonne du roi,il n’avait point la confiance de la cour, et d’ailleursil excitait l’envie de Mirabeau, qui ne voulait passe donner un compagnon pareil. En outre, M. deLafayette était connu pour ne suivre que le droitchemin, et ce plan était trop hardi, trop détournédes voies légales, pour lui convenir. Quoi qu’il en

* Bouillé semble croire , dans ses Mémoires, que c’est dela part de Mirabeau et du roi qu’on lui fit des ouvertures.Mais c est là une erreur. Mirabeau ignorait celte double me-née , et ne pensait pas à se mettre dans les mains de Bouillé.

FRANÇAISE.

soit, Mirabeau voulut être le seul exécuteur de sonplan , et en effet, il le conduisit tout seul pendantl’hiver de 1790 à 1791. On ne sait s’il eût réussi;mais il est certain que , sans faire rebrousser letorrent révolutionnaire, il eût du moins influé sursa direction , et sans changer sans doute le résul-tat inévitable d’une révolution telle que la nôtre,il en eût modifié les événements par sa puissanteopposition. On se demande encore si, même enparvenant à dompter le parti populaire , il eût puse rendre maître de l’aristocratie et de la cour. Unde ses amis lui faisait cette dernière objection.« Ils m’ont tout promis, disait Mirabeau. — Ets’ils ne vous tiennent point parole? — S’ils ne metiennent point parole, je lesf.... en république.»

Les principaux articles de la constitution civile,tels que la circonscription nouvelle des évêchés,et l’élection de tous les fonctionnaires ecclésiasti-ques , avaient été décrétés. Le roi en avait référéau pape, qui, après lui avoir répondu avec un tonmoitié sévère et moitié paternel, en avait appelé àson tour au clergé de France . Le clergé profita del’occasion, et prétendit que le spirituel était com-promis par les mesures de l’assemblée. En mêmetemps, il répandit des mandements, déclara queles évêques déchus ne se retireraient de leurssièges que contraints et forcés; qu’ils loueraientdes maisons et continueraient leurs fonctions ecclé-siastiques; que les fidèles demeurés tels ne de-vraient s’adresser qu’à eux. Le clergé intriguaitsurtout dans la Vendée et dans certains départe-ments du Midi, où il se concertait avec les émi-grés. Un camp fédératif s’était formé à Jallez**, où,sous le prétexte apparent de fédérations, les pré-tendus fédérés voulaient établir un centre d’oppo-sition aux mesures de l’assemblée. Le parti popu-laire s’irrita de ces menées; et, fort de sa puissance,fatigué de sa modération, il résolut d’employer unmoyen décisif. On a déjà vu les motifs qui avaientinflué sur l’adoption de la constitution civile. Cetteconstitution avait pour auteurs les chrétiens lesplus sincères de l’assemblée; ceux-ci, irrités d’uneinjuste résistance, résolurent de la vaincre.

On sait qu’un décret obligeait tous les fonction-naires publics à prêter serment à la constitutionnouvelle. Lorsqu’il avait été question de ce sermentcivique, le clergé avait toujours voulu distinguerla constitution politique de la constitution ecclé-

camp s’était formé dans les premiers jours de sep-

t ombre.