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RÉVOLUTION
L;i France , il est vrai, était en désarmement, maistout un peuple debout est bientôt armé : et, commele dit plus lard le célèbre Carnot, qu’y a-t-il d’im-possible à vingt-cinq millions d’hommes? À lavérité, les officiers se retiraient ; mais, pour laplupart, jeunes et placés par faveur, ils étaientsans expérience et déplaisaient à l’armée. D’ail-leurs, l’essor donné àtousles moyens allait bientôtproduire des officiers et des généraux. Cependant'il faut en convenir, on pouvait, même sans avoirla présomption de Coblentz , douter de la résis-tance que la France opposa plus tard à l’invasion.
En attendant, l’assemblée envoya des commis-saires à la frontière, et ordonna de grands prépa-ratifs. Toutes les gardes nationales demandaientà marcher; plusieurs généraux offraient leurs ser-vices, et entre autres Dumouriez , qui plus tardsauva la France dans les défilés de l’Argonne .
Tout en donnant ses soins à la sûreté extérieurede l’État, l’assemblée se hâtait d’achever son !œuvre constitutionnelle, de rendre au roi ses fonc-tions, et s’il était possible, quelques-unes de sesprérogatives.
Toutes les subdivisions du côlégauché, exceptéles hommes qui venaient de prendre le nom toutnouveau de républicains, s’étaient ralliées à unmême système de modération. Barnave et Malouetmarchaient ensemble et travaillaient de concert.Pétion, Robespierre, Buzot , et quelques autresencore, avaient adopté la république; mais ilsétaient en petit nombre. Le côté droit continuaitses imprudences et protestait, au lieu de s’unir àla majorité modérée. Cette majorité n’en dominaitpas moins l’assemblée. Ses ennemis, qui l’auraientaccusée si elle eût détrôné le roi, lui ont cepen-dant reproché de l’avoir ramené à Paris , et replacésur un trône chancelant. Mais que pouvait-ellefaire? Remplacer le roi par la république étaittrop hasardeux. Changer la dynastie était inutile,car à se donner un roi, autant valait garder celuiqu’on avait; d’ailleurs le duc d’Orléans ne méri-tait pas d’être préféré à Louis XVI . Dans l’un etl’autre cas, déposséder le roi actuel, c’étaitmanquer à des droits reconnus, et envoyer à l’émi-gration un chef, précieux pour elle, car il luiaurait apporté des titres qu’elle n’avait pas. Aucontraire, rendre à Louis XVI son autorité, luirestituer le plus de prérogatives qu’on le pourrait,c’était remplir sa tâche constitutionnelle, et ôtertout prétexte à la guerre civile; en un mot, c’étaitfaire son devoir, car le devoir de l’assemblée,
FRANÇAISE.
d’après tous les engagements qu’elle avait pris,était d’établir le gouvernement libre, mais monar-chique.
L’assemblée n’hésita pas, mais elle eutdegrandsobstacles à vaincre. Le mot nouveau de répu-blique avait piqué les esprits déjà un peu blaséssur eeux de monarchie et de constitution. L’ab-sence et la suspension du roi avaient, comme onl’a vu, appris, à se passer de lui. Les journaux etles clubs dépouillèrent aussitôt le respect dont sapersonne avait toujours été l’objet. Son départ,qui, aux termes du décret sur la résidence desfonctionnaires publics , rendait la déchéance im-minente, fit dire qu’il était déchu Cependant,d’après ce même décret, il fallait pour la dé-chéance la sortie du royaume et la résistance auxsommations du corps législatif, mais ces condi-tions importaient peu aux esprit exaltés, et ilsdéclaraient le roi coupable et démissionnaire. Lesjacobins, les cordcliers, s’agitaient violemment,et ne pouvaient comprendre qu’après s’être délivrédu roi, on se l’imposât de nouveau et volontaire-ment. Si le duc d’Orléans avait eu des espérances,c’est alors qu’elles purent se réveiller. Mais il dutvoir combien son nom avait peu d’influence etcombien surtout un nouveau souverain, quelquepopulaire qu’il fût, convenait peu a l’état desesprits. Quelques pamphlétaires qui lui étaientdévoués, peut-être à son insu, essayèrent, commeAntoine fit pour César, de mettre la couronne sursa tète; ils proposèrent de lui donner la régence;mais il se vit obligé de la repousser par une dé-claration qui fut aussi peu considérée que sa per-sonne. Plus de roi! était le cri général, auxJacobins, aux Cordeliers, dans les lieux et lespapiers publics.
Les adresses se multipliaient : il y en eut uneaffichée sur tous les murs de Paris , et même surceux de l’assemblée. Elle était signée du nom d’A-chille Duchâtelet, jeune colonel. Il s’adressait auxFrançais ; il leur rappelait le calme dont on avaitjoui pendant le voyage du monarque, et il concluaitque l’absence du prince valait mieux que sa pré-sence ; il ajoutait que sa désertion était une abdi-cation, que la nation et LouisXVl était dégagés detout lien l’un envers l’autre ; qu’enfin l'histoire étaitpleine des crimes des rois, et qu’il fallait renoncerà s’en donner encore un.
Cette adresse, attribuée au jeune Achille Du-châtelet, était de Thomas Paine, Anglais , et acteurprincipal dans la révolution américaine. Elle fut