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Tome I.
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124 RÉVOLUTION

sions républicaines, et qu’on nommait l’Antinous ,tant il était beau ; il avait été député par sa com-mune à l’assemblée législative, pourréclamer contrele directoire de son département; car ces divisionsentre les autorités inférieures et supérieures, entreles municipalités et les directoires de département,étaient générales dans toute la France . Ce jeuneMarseillais se nommait Barbaroux. Ayant de l’in-telligence, beaucoup d’activité, il pouvait devenirutile à la cause populaire. Il vit Roland, et déploraavec lui les catastrophes dont les patriotes étaientmenacés. Us convinrent que le péril devenant tousles jours plus grand dans le nord de la France , ilfaudrait, si on était réduit à la dernière extrémité,se retirer dans le Midi , et y fonder une république,qu’on pourrait étendre un jour, comme Charles VII avait autrefois étendu son royaume de Bourges . Ilsexaminaient la carte de l’ex-ministre Servan, et sedisaient que, battue sur le Rliin et au delà, laliberté devait se retirer derrière les Vosges et laLoire ; que, repoussée dans ces retranchements, illui restait encore à l’Est, le Doubs, l’Ain, le Rhône ;à l’Ouest la Vienne, la Dordogne ; au centre, lesrochers et les rivières du Limousin . « Plus loin» encore, ajoute Barbaroux lui-même, nous avions» l’Auvergne, ses buttes escarpées, ses ravins,

» ses vieilles forêts, et les montagnes du Velay,

» jadis embrasées par le feu, maintenant couvertes» de sapins; lieux sauvages où les hommes Iabou-» rent la neige, mais où ils vivent indépendants.

» Les Cévennes nous offraient encore un asile trop» célèbre pour n’être pas redoutable à la tyrannie;

» et à l’extrémité du Midi , nous trouvions pour» barrières l’Isère, la Durance, le Rhône depuis» Lyon jusqu’à la mer, les Alpes et les remparts» de Toulon . Enfin, si tous ces points avaient été» forcés, il nous restait la Corse, la Corse où les» Génois et les Français n’ont pu naturaliser la» tyrannie; qui n’attend que des bras pour être» fertile, et des philosophes pour l’éclairer*. »

11 était naturel que les habitants du Midi son-geassent à se réfugier dans leurs provinces, si leNord était envahi. Us ne négligeaient cependantpas le Nord , car ils convinrent d’écrire dans leursdépartements, pour qu’on formât spontanément lecamp de vingt mille hommes, bien que le décretrelatif à ce camp n’eût pas été sanctionné. Ilscomptaient beaucoup sur Marseille , ville riche,considérablement peuplée, et singulièrement dé-

* Mémoires do Barbaroux , pages 58 et 59.

FRANÇAISE.

mocralique. Elle avait envoyé Mirabeau aux étatsgénéraux, et depuis elle avait répandu dans toutle Midi l’esprit dont elle était animée. Le maire decette ville était ami de Barbaroux et partageait sesopinions. Barbaroux lui écrivit de s’approvisionnerde grains, d’envoyer des hommes sûrs dans lesdépartements voisins, ainsi qu’aux armées desAlpes, de l’Italie et des Pyrénées , afin d’y préparerl’opinion publique; de faire sonder Montesquiou,général de l’armée des Alpes, et d’utiliser son am-bition au profit de la liberté; enfin de se concerteravec Paoli et les Corses, de manière à se préparerun dernier secours et un dernier asile. On recom-manda en outre à ce même maire de retenir leproduit des impôts pour en priver le pouvoir exé-cutif, et au besoin, pour en user contre lui. Ceque Barbaroux faisait pour Marseille , d’autres lefaisaient pour leur département, et songeaient às’assurer un refuge. Ainsi la méfiance changée endésespoir préparait l’insurrection générale, et dansces préparatifs de l’insurrection, une différences’établissait déjà entre Paris et les départements.

Le maire Pétion, lié avec tous les girondins,et plus tard , rangé et proscrit avec eux, se trou-vait, à cause de ses fonctions, plus en rapport avecles agitateurs de Paris . U avait beaucoup de calme,une apparence de froideur que ses ennemis prirentpour de la stupidité, et une probité qui fut exaltéepar ses partisans, et que ses détracteurs n’ont ja-mais attaquée. Le peuple, qui donne des surnomsà tous ceux dont il s’occupe, l’appelait ta VertuPétion. Nous avons déjà parlé de lui à l’occasiondu voyage de Varennes, et de la préférence quela cour lui donna sur Lafayette, pour la mairie deParis. La cour désira de le corrompre, et des es-crocs promirent d’y réussir. Us demandèrent unesomme et la gardèrent pour eux, sans avoir mêm efait auprès de Pétion des ouvertures que son ca-ractère connu rendait impossibles. La joie qu’®"prouva la cour de se donner un soutien et de cor-rompre un magistratpopulaire fut de courte duree »elle reconnut bientôt qu’on l’avait trompée, et q u ®les vertus de ses adversaires n’étaient pas aussivénales qu’elle l’avait imaginé.

Pétion avait été des premiers à penser que I e ®penchants d’un roi, né absolu, ne se modifient J a 'mais. U était républicain avant même que p e ^'sonne songeât à la république ; et dans la consti'tuante, il fut par conviction ce que Robespie rreétaitpar l’âcreté de son humeur. Sous la législative»il se convainquit davantage encore dcl’incorrigib 1 '