huile citoyens attendent. — Si huit mille citoyensattendent, dit-il, vingt-quatre millions de Français ne m’attendent pas moins. Il renouvelle alors lesraisons données par ses amis du côté droit. Tout àcoup, les pétitionnaires se jettent dans la salle. L’as-semblée indignée se lève, le président se couvre,et les pétitionnaires se retirent avec docilité. L’as-semblée satisfaite consent alors à les recevoir.
Cette pétition, dont le ton était des plus auda-cieux, exprimait l’idée de toutes les pétitions decette époque : « Le peuple est prêt; il n’attend que» vous; il est disposé à se servir de grands moyens» pour exécuter l’article 2 de la déclaralibn des» droits, résistance à l’oppression... Que le plus» petit nombre d’entre vous qui ne s’unit pas à vos» sentiments et aux nôtres, purge la terre de la» liberté, et s’en aille à Coblenlz... Cherchez la» cause des maux qui nous menacent; si elle dérive» du pouvoir exécutif, qu’il soit anéanti !... »
Le président, après une réponse où il prometaux pétitionnaires la vigilance des représentantsdu peuple, et leur recommande l’obéissance auxlois, leur accorde au nom de l’assemblée la per-mission de défiler devant elle. Les portes s’ouvrenta lors, et le cortège, qui était dans le moment deh'entè mille personnes au moins, traverse la salle.On se figure facilement tout ce que peut produire1 imagination du peuple livrée à elle-même. D'énor-mes tables portant la déclaration des droits pré-cédaient la marche; des femmes, des enfants dan-saient autour de ces tables en agitant des branchesd’olivier et des piques, c’est-à-dire la paix ou laguerre, au choix de l’ennemi; ils répétaient enOioeur le fameux ça ira. Venaient ensuite les fortsc 'es halles, les ouvriers de toutes les classes, avecde mauvais fusils, des sabres et des fers tranchantsIdacés au bout de gros bâtons. Santerre, et le mar-'luis de Saint-IIuru gués déjà signalé dans les jour-nées des S et 6 octobre, marchaient le sabre nu à1
*®Ur tête. Des bataillons de la garde nationale sui-vent en bon ordre, pour contenir le tumulte par^ur présence. Après, venaient encore des femmes,Su ivies d’autres hommes armés. Des banderolesMettantes portaient ces mots : La constitution ou“mort. Des culottes déchirées étaient élevées ena * r > aux cris de vivent les sans-culottes! Enfinlln signe atroce vint ajouter la férocité à la bizar-re fie du spectacle. Au bout d’une pique était portécoeur de veau avec cette inscription: Cœur(lr Wocrate. La douleur et l’indignation éclatè-e °l à cette vue : sur-le-champ l’emblème affreux
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disparut, mais pour reparaître encore aux portesdes Tuileries . Les applaudissements des tribunes,les cris du peuple qui traversait la salle, les chantsciviques, les rumeurs confuses, le silence pleind’anxiété de l’assemblée, composaient une scèneétrange, et affligeante pour les députés mêmes quivoyaient un auxiliaire dans la multitude. Hélas !pourquoi faut-il que dans ces temps de discordes,la raison ne suffise pas ! pourquoi ceux qui appe-laient les barbares disciplinés du Nord obligeaient-ils leurs adversaires à appeler ces autres barbaresindisciplinés, tour à tour gais ou féroces, qui pul-lulent au sein des villes, et croupissent au-dessousde la civilisation la plus brillante !
Cette scène dura trois heures. Enfin Santerre,reparaissant de nouveau pour faire à l’assembléeles remercîments du peuple, lui offrit un dra-peau en signe de reconnaissance et de dévoue-ment.
La multitude en ce moment voulait entrer dansle jardin des Tuileries dont les grilles étaientfermées. De nombreux détachements de la gardenationale entouraient le château, et, s’étendant enligne depuis les Feuillants jusqu’à la rivière, pré-sentaient un front imposant. Un ordre du roi fitouvrir la porte du jardin. Le peuple s’y précipi-tant aussitôt, défila sous les fenêtres du palais, etdevant les rangs delà garde nationale, sans aucunedémonstration hostile, mais en criant : A bas leveto, vivent les sans-culottes! Cependant quelquesindividus ajoutaient en parlant du roi. —Pourquoine se montre-t-il pas?... Nous ne voulons lui faireaucun mal. — Cet ancien mot, on le trompe, sefaisait entendre quelquefois encore, mais rarement.Le peuple, prompt à recevoir l’opinion de ses chefs,avait désespéré comme eux.
La multitude sortit par la porte du jardin quidonne surlcPont-RoyaI,remontalequai, eivint,eutraversant les guichets du Louvre, occuper la placedu Carrousel. Cette place, aujourd’hui si vaste,était alors occupée par une foule de rues, qui for-maient des espèces de chemins couverts. Au lieu decette cour immense qui s etend entre le château etla grille, et depuis une aile jusqu’à l’autre, se trou-vaient de petites cours séparées par des murs et deshabitations; d’antiques guichets leur donnaient om.verture sur le Carrousel. Le peuple inonda tous lesalentours, et se présenta à la porte royale. L’entréelui en fut défendue : des officiers municipaux leharanguèrent, et parurent le décider à se retirer.On prétend que, dans cet instant, Santerre, sor-
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