Band 
Tome I.
Seite
134
JPEG-Download
 

134

RÉVOLUTION

être délivrée dans un mois *. Hélas! que n’encroyait-elle plutôt les sincères amis qui lui repré-sentaient les inconvénients des secours étrangerset inutiles; qu’ils arriveraient assez tôt pour lacompromettre, mais trop tard pour la sauver! Quen’en croyait-elle ses propres craintes à cet égard,et les sinistres pressentiments qui l’assiégeaientquelquefois !

On a vu que le moyen auquel le parti nationaltenait le plus, c’était une réserve de vingt millefédérés sous Paris . Le roi, comme on l’a dit, s’é-tait opposé à ce projet. Il fut sommé, dans la per-sonne de ses ministres, de s’expliquer sur lesprécautions qu’il avait prises, pour suppléer auxmesures ordonnées par le décret non sanctionné.

Il répondit en proposant un projet nouveau, quiconsistait à diriger sur Soissons une réserve dequarante-deux bataillons de volontaires nationaux,pour remplacer l’ancienne réserve qu’on venaitd’épuiser en complétant les deux principales ar-mées. C’était en quelque sorte le premier décret,à une différence près, que les patriotes regardaientcomme très-importante, c’est que le camp de ré-serve serait formé entre Paris et la frontière, etnon près de Paris même. Ce plan avait été ac-cueilli par des murmures et renvoyé au comitémilitaire.

Depuis, plusieurs départements et municipali-tés, excités par leur correspondance avec Paris ,avaient résolu d’exécuter le décret du camp devingt mille hommes, quoiqu’il ne fût pas sanc-tionné. Les départements des Bouches-du-Rhône ,de la Gironde , de l’IIéraut, donnèrent le premierexemple et furent bientôt imités par d’autres. Telfut le commencement de l’insurrection.

Dès que ces levées spontanées furent connues,l’assemblée, modifiant le projet des quarante-deuxnouveaux bataillons, proposé par le roi, décrétaque les bataillons qui, dans leur zèle s’étaientdéjà mis en marche avant d’avoir été légalementappelés, passeraient par Paris , pour s’y faire in-scrire à la municipalité de cette ville; qu’ils se-raient ensuite dirigés sur Soissons , pour y camper;enfin que ceux qui pourraient se trouver à Paris avant le 14 juillet, jour de la fédération, assiste-raient à cette solennité nationale. Cette fête n’avaitpas eu lieu en 91 à cause de la fuite à Varennes,cl on voulait la célébrer en 92 avec éclat. L’assem-blée ajouta qu’immédiatement après la célébration,

¥ Voyez Mme Campan } t om( . u } page 230

FRANÇAISE.

lqs fédérés s’achemineraient vers le lieu de leurdestination.

C’était là tout à la fois autoriser l’insurrection,et renouveler, à peu de chose près , le décret nonsanctionné. La seule différence, c’est que les fédé-rés ne faisaient que passer à Paris . Mais l’impor-tant était de les y amener; et, une fois arrivés,mille circonstances pouvaient les y retenir. Le dé-cret fut immédiatement envoyé au roi et sanctionnéle lendemain.

À cette mesure importante , on enjoignit uneautre : on se défiait d’une partie des gardes natio-nales, et surtout des étals-majors, qui, à l’exempledes directoires de département, en se rapprochantde la haute autorité par leurs grades, penchaientdavantage en sa faveur. C’était surtout celui de lagarde nationale de Paris qu’on voulait atteindre;mais ne pouvant pas le faire directement, on dé-créta que tous les états-majors, dans les villes deplus de cinquante mille âmes, seraient dissous etréélus**. L’état d’agitation où se trouvait la France ,assurant aux hommes les plus ardents une influencetoujours croissante, celte réélection devait amenerdes sujets dévoués au parti populaire et républi-cain.

C’étaient là de grandes mesures emportées devive force sur le côté droit et la cour. Cependantrien de tout cela ne paraissait assez rassurant auxpatriotes contre les dangers imminents dont ils secroyaient menacés. Quarante mille Prussiens, toutautant d’Autrichiens et de Sardes, s’avançant surnos frontières; une cour probablement d’accordavec l’ennemi, n’employant aucun moyen pourmultiplier les armées et exciter la nation, usantau contraire du veto pour déjouer les mesures ducorps législatif, et de la liste civile pour se pro-curer des partisans à l’intérieur; un général qu’onne supposait pas capable de s’unir à l’émigrationpour livrer la France , mais qu’on voyait disposéà soutenir la cour contre le peuple; toutes ces cir-constances effrayaient les esprits, et les agitaientprofondément. La patrie est en danger, était le engénéral. Mais comment prévenir ce danger? telleétait la difficulté. On n’était pas même d’accordsur les causes. Les constitutionnels et les parti-sans de la cour, aussi terrifiés que les patrioteseux-mêmes, n’imputaient les dangers qu’aux fac-tieux, ils ne tremblaient que pour la royauté, etne voyaient de péril que dans la désunion. Les

¥ * Décret tlu 2 juillet.