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Tome I.
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RÉVOLUTION FRANÇAISE.

couvert comme le dernier de ses serviteurs. Lecourage ne lui manquait donc pas, et depuis il enmontra un assez noble, assez élevé; mais il luimanquait l’audace de l’offensive ; il lui manquaitd’être plus conséquent, et, par exemple, de ne.pas craindre l’effusion du sang, lorsqu’il consen-tait à l’arrivée de l’étranger en France . Il est cer-tain, comme on l’a souvent dit, que s’il fût montéà cheval, et qu’il eût chargé à la tête des siens,l’insurrection aurait été dissipée.

Dans ce moment, les membres du départementvoyant le désordre général du château, et déses-pérant du succès de la résistance, se présentèrentau roi, et lui conseillèrent de se retirer au seinde l’assemblée. Ce conseil, tant de fois calomnié,comme tous ceux qu’on donne aux rois, et qui neréussissent pas, était le seul convenable dans lemoment. Par cette retraite, toute effusion de sangétait prévenue, et la famille royale échappait àune mort presque certaine si le palais était prisd’assaut. Dans l’état où se trouvaient les choses,le succès de cet assaut n’était pas douteux, etl’eût-il été, le doute suffisait pour qu’on évitât des’y exposer.

La reine s’opposa vivement à ce projet. — Ma-dame, lui dit Rœderer, vous exposez la vie devotre époux et celle de vos enfants ; songez à laresponsabilité dont vous vous chargez. — L’alter-cation fut assez vive ; enfin le roi se décida à seretirer dans l’assemblée ; et d’un air résigné : Par-tons, dit-il à sa famille et à ceux qui l’entouraient.— Monsieur, dit la reine à Rœderer, vous répon-dez de la vie du roi et de mes enfants. — Madame,répliqua le procureur-syndic, je réponds de mou-rir à leurs côtés, mais je ne promets rien de plus.

On se mit alors en marche pour se rendre àl’assemblée, par le jardin, la terrasse des Feuil-lants et la cour du Manège. Tous les gentilshommeset les serviteurs du château se précipitaient poursuivre le roi, et ils pouvaient le compromettre enirritant le peuple et en indisposant l’assembléepar leur présence. Rœderer faisait de vains effortspour les arrêter, et leur répétait de toutes sesforces, qu’ils allaient faire égorger la familleroyale. U parvint enfin à en écarter un grand nom-bre , et on partit. Un détachement de Suisses et degardes nationaux accompagnèrent la famille royale.Une députation de l’assemblée vint la recevoirpour la conduire dans son sein. Dans ce moment,1 affluence fut si grande que la foule était impéné-trable. Un grenadier d’une haute taille se saisit du

dauphin, et, l’élevant dans ses bras, traverse lamultitude en le portant au-dessus de sa tête. Lareine, à cette vue, croit qu’on lui enlève son fils,et pousse un cri ; mais on la rassure; le grenadierentre, et vient déposer le royal enfant sur le bu-reau de l’assemblée.

Le roi et sa famille pénètrent alors, suivis dedeux ministres. —Je viens, dit Louis XVI , pouréviter un grand crime, et je pense, messieurs, queje ne saurais être plus en sûreté qu’au milieu devous.

Vergniaud présidait ; il répond au monarquequ’il peut compter sur la fermeté de l’assembléenationale, et que ses membres ont juré de mouriren défendant les autorités constituées.

Le roi s’assied à côté du président ; mais surl’observation de Chabot que sa présence peut nuireà la liberté des délibérations, on le place dans laloge du journaliste chargé de recueillir les séan-ces. On en détruit la grille de fer, pour que si laloge était envahie, il pût, avec sa famille, se pré-cipiter sans obstacle dans l’assemblée. Le princeaide de ses mains à ce travail; la grille est renver-sée, et les outrages, les menaces peuvent arriverplus librement dans le dernier asile du monarquedétrôné.

Rœderer fait alors le récit de ce qui s’est passé;il dépeint la fureur de la multitude, et les dangersauxquels est exposé le château, dont les cours ontdéjà été envahies. L’assemblée ordonne que vingtde ses commissaires iront calmer le peuple. Lescommissaires partent. Tout à coup on entend unedécharge de canons. La consternation se répanddans la salle. — Je vous avertis, dit le roi, que jeviens de défendre aux Suisses de tirer.— Mais lescoups de canons sont entendus de nouveau; le bruitde la mousqueierie s’y joint; le trouble est à soncomble. Bientôt on annonce que les commissairesdéputés par l'assemblée ont été dispersés. Anmême instant la porte de la salle est attaquée, ctretentit de coups effrayants; des citoyens armes semontrent à l’une des entrées.— Nous sommes foi’"cés, s’écrie un officier municipal. Le président secouvre; une foule de députés se précipitent de le ulsiège pour écarter les assaillants; enfin le tumultes’apaise, et au bruit non interrompu de la mous'queteric et du canon, les députés crient vive I anation, la liberté, l’égalité!

Le combat le plus meurtrier s’était engage aUchâteau. Le roi l’ayant quitté, on avait cru natutellement quele peuple ne s’acharnerait plus contre