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depuis le mois de juillet, de proposer les moyensde salut.
Le 14, une nouvelle députation de la communearrive au corps législatif, pour demander le dé-cret relatif au tribunal extraordinaire, déclarantque, s’il n’est pas encore rendu, elle est chargéede l’attendre. Le député Gaston adresse à cettedéputation quelques observations sévères et ellese retire. L’assemblée persiste à refuser la créationd’un tribunal extraordinaire, et se borne à attri-buer aux tribunaux établis la connaissance descrimes du 10 août.
A cette nouvelle, une rumeur violente se répanddans Paris . La section des Quinze-Vingts se pré-sente au conseil général de la commune, et an-nonce que le tocsin sera sonné au faubourg Saint-Antoine, si le décret demandé n’est pas rendusur-le-cliamp. Le conseil général envoie alors unenouvelle députation, à la tête de laquelle est Ro-bespierre . Celui-ci prend la parole au nom de amunicipalité, et fait aux députés les remontrancesles plus insolentes, n La tranquillité du peuple,» leur dit-il, tient à la punition des coupables, et» cependant vous n’avez rien fait pour les atteindre.» Votre décret est insuffisant. Il n’explique point» la nature et l’étendue des crimes à punir, car il» ne parle que des crimes du 10 août, et les crimes» des ennemis de la révolution s’étendent bien au» delà du 10 août et de Paris . Avec une expression» pareille, le traître Lafayette échapperait aux» coups de la loi! Quant à la forme du tribunal,» le peuple ne peut pas tolérer davantage celle que» vous lui avez conservée. Le double degré de» juridiction cause des délais interminables; et» d’ailleurs toutes les anciennes autorités sont» suspectes; il en faut de nouvelles; il faut que-» le tribunal demandé soit composé par des dé-» putés pris dans les sections, et qu’il ait la fa-» culté de juger les coupables souverainement et» en dernier ressort. »
Cette pétition impérieuse parut plus dure en-core par le ton de Robespierre . L’assemblée ré-pondit au peuple de Paris par une adresse dans^quelle elle repoussa tout projet de commissionextraordinaire et de chambre ardente, comme in-digne de la liberté, et comme propre seulement audespotisme.
Ces raisonnables observations ne produisirentoucun effet ; l’irritation n’en devint que plus grande.Cn ne parla dans tout Paris que du tocsin, et dèsle lendemain, un représentant de la commune, se
présentant à la barre, dit à l’assemblée : « Comme» citoyen, comme magistrat du peuple, je viens» vous annoncer que ce soir, à minuit, le tocsin» sonnera, et la générale battra. Le peuple est las» de n’être point vengé. Craignez qu’il ne se fasse» justice lui-même. Je demande, ajouta l’auda-» cieux pétitionnaire, que, sans désemparer, vousa décrétiez qu’il sera nommé un citoyen par chaques section pour former un tribunal criminel. a
Cette menaçante apostrophe souleva l’assem-blée, et particulièrement les députés Choudieu etThuriot , qui réprimandèrent vivement l’envoyéde la commune. Cependant la discussion s’engagea,et la proposition de la commune, fortement ap-puyée par les membres ardents de l’assemblée,fut enfin convertie en décret. Un corps électoraldut se réunir pour élire les membres d’un tribunalextraordinaire, destiné à juger les crimes commisdans la journée du 10 août, et autres crimes y re-latifs, circonstances et dépendances. Ce tribunal,divisé en deux sections, devait juger en dernierressort et sans appel. Tel fut le premier essai dutribunal révolutionnaire, et la première accéléra-tion donnée par la vengeance aux formes de lajustice. Ce tribunal fut appelé tribunal du 17 août.
On ignorait encore l’effet produit aux arméespar la dernière révolution, et la manière dontavaient été accueillis les décrets du 10. C’était làle point le plus important, et duquel dépendait lesort de la révolution nouvelle. La frontière étaittoujours partagée en trois corps d’armée, celui duNord, du Centre et du Midi. Luckner commandaitau Nord, Lafayette au centre et Montesquiou auMidi. Depuis les malheureuses affaires de Mons etdeTournay, Luckner, pressé par Dumouriez , avaitencore essayé l’offensive sur les Pays-Bas, maisil s’était retiré, et, en évacuant Courtray , il avaitbrûlé les faubourgs, ce qui était devenu un gravemotif d’accusation contre le ministère à la veillede la déchéance. Depuis, les armées étaient de-meurées dans la plus complète inaction, vivantdans des camps retranchés, et se bornant à de lé-gères escarmouches. Dumouriez , en quittant leministère, s’était rendu comme lieutenant généralauprès de Luckner, et avait été mal accueilli àl’armée, où dominait l’esprit du parti Lafayette.Luckner, tout à fait soumis dans le moment àcette influence, relégua Dumouriez dans l’un deces camps, celui de Maulde , et l’y laissa, avec unpetit nombre de troupes, s’occuper à des retran-chements et à des escarmouches.