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Une armée eu bon ordre, il avait supposé que c’étaitl’ennemi, car il ne pouvait croire que Dumouriez ,qu’on disait battu, se fût sitôt et si bien tiré d’em-barras. Dans cette idée, il s’était replié surChâlons,et là, informé de la vérité, il était revenu, et avaitpris position le 19 à Maffrecourt, sur la droite ducamp. Il amenait ses dix mille braves que Dumou-riez avait pendant un mois exercés, dans le campde Maulde , à une continuelle guerre de postes.Renforcé de Beurnonville et de Chasot, Dumouriez pouvait compter trente-cinq mille hommes. Ainsi,grâce à sa fermeté et à sa présence d’esprit, il seretrouvait placé dans une position très-forte, et enétat de temporiser encore assez longtemps. Mais sil’ennemi, plus prompt, le laissait en arrière, etcourait en avant sur Châlons , que devenait soncamp de Saiute-Menehould? C’était toujours lamême crainte; et ses précautions, au camp de l’É-pine , étaient loin de pouvoir prévenir un dangerpareil.
Deux mouvements s’opéraient très-lentementautour de lui : celui de Brunswick, qui hésitaitdans sa marche, et celui de Kellermann, qui, partile 4 de Metz , n’était pas encore arrivé au pointconvenu, après quinze jours de route. Mais si lalenteur de Brunswick servait Dumouriez , celle deKellermann le compromettait singulièrement. Kel-lermann , prudent et irrésolu, quoique très-brave,avait tour à tour avancé ou reculé, suivant lesmarches de l’armée prussienne; et le 17 encore,en apprenant la perle des défilés, il avait fait unmouvement en arrière. Cependant, le 19 au soir,il fit avertir Dumouriez qu’il n’était plus qu’à deuxlieues de Sainte-Menehould. Dumouriez lui avaitréservé les hauteurs de Gisaucourt, placées à sagauche, et dominant la route de Châlons et leruisseau de l’Auve. 11 lui avait mandé que, dansle cas d’une bataille, il pourrait se déployer surles hauteurs secondaires, et se porter sur Valmy,au delà de l’Auve. Dumouriez n’eut pas le tempsd’aller placer son collègue. Kellermann , passantl’Auve le 19 dans la nuit, se porta à Valmy aucentre du bassin, et négligea les hauteurs de Gi-saucourt, qui formaient la gauche du camp deSainte-Menehould , et dominaient celles de laÉune, sur lesquelles arrivaient les Prussiens.
Bans ce moment, en effet, les Prussiens, dé-bouchant par Grand-Pré, étaient arrivés en vue de1 armée française, et, gravissant les hauteurs dela Lune , découvraient déjà le terrain dont Du-"‘ouriez occupait le sommet. Renonçant à une
course rapide sur Châlons , ils étaient joyeux, dit-on , de trouver réunis les deux généraux français ,afin de pouvoir les enlever d’un seul coup. Leurbut était de se rendre maîtres de la route de Châ-lons, de se porter à Vitry , de forcer Dillon auxIslettes, d’entourer ainsi Sainte-Menehould detoutes parts, et d’obliger les deux armées de met-tre bas les armes.
Le 20 au matin, Kellermann , qui, au lieu d’oc-cuper les hauteurs de Gisaucourt, s’était porté aucentre du bassin, sur le moulin de Valmy, se vitdominé en face par les hauteurs de la Lune , oc-cupées par l’ennemi. D’un côté, il avait l’Hyron,que les Français tenaient en leur pouvoir, maispouvaient perdre; de l’autre Gisaucourt, qu’iln’avait pas occupé, et où les Prussiens allaients’établir. Dans le cas d’une défaite, il était rejetédans les marécages del’Àuve, placés derrière lemoulin de Valmy, et il pouvait être écrasé avantd’avoir rejoint Dumouriez , dans le fond de cet am-phithéâtre. Aussitôt, il appela son collègue auprèsde lui. Mais le roi de Prusse, voyant un grandmouvement dans l’armée française, et croyant quele projet des généraux était de se porter sur Châ-lons , voulut aussitôt en fermer le chemin, et or-donnal’atlaque. L’avant-garde prussienne rencontrasur la route de Châlons l’avant-garde de Keller-mann, qui se trouvait avec son corps de bataillesur la hauteur de Valmy. On s’aborda vivement,et les Français , repoussés d’abord, furent rame-nés et soutenus ensuite par les carabiniers du gé-néral Valence. Des hauteurs de la Lune , la canon-nade s’engagea avec le moulin de Valmy, et notreartillerie riposta vivement à celle des Prussiens.
Cependant la position de Kellermann était très-hasardée; ses troupes étaient toutes entassées con-fusément sur la hauteur de Valmy, et trop mal àl’aise pour y combattre. Des hauteurs de la Lune ,on le canonnait ; de celles de Gisaucourt, un feuétabli par les Prussiens maltraitait sa gauche;l’Hyron, qui flanquait sa droite, était à la véritéoccupé par les Français , mais Clerfayt, attaquantce poste avec vingt-cinq mille Autrichiens, pouvaits’en emparer : alors, foudroyé de toutes parts,Kellermann pouvait être rejeté de Valmy dansl’Auve, sans queDumouriezpùtle secourir.Celui-cienvoya aussitôt le général Stengel avec une fortedivision pour maintenir les Français sur l’Hyron,et y garantir la droite de Valmy; il enjoignit àBeurnonville d’appuyer Stengel avec seize batail-lons; il dépêcha Chasot avec neuf bataillons et
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