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Tome I.
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CONVENTION NATIONALE (J 792

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« Citoyens représentants, dit-il, il faut ici que tout» respire un caractère de dignité et de grandeur» qui en impose à l’univers. Je demande que le» président de la France soit logé dans le palais» national des Tuileries , qu’il soit précédé de la» force publique et des signes de la loi, et que les» citoyens se lèvent à son aspect. » A ces mots, lejacobin Chabot, le secrétaire de la commune Tal-lien, s’élèvent avec véhémence contre ce cérémo-nial, imité de la royauté. Chabot dit que lesreprésentants du peuple doivent s’assimiler auxcitoyens des rangs desquels ils sortent, aux sans-culottes, qui forment la majorité de la nation.Tallien ajoute qu’on ira chercher le président de laconvention à un cinquième étage, et que c’est làque logent le génie et la vertu. La proposition deManuel est donc rejetée, et les ennemis de la Gi-ronde prétendent qu’elle a voulu décerner à sonchef Pétion les honneurs souverains.

Après celle proposition , une foule d’autres sesuccèdent sans interruption. De toutes parts onveut constater par des déclarations authentiquesles sentiments qui animent l’assemblée et la France .On demande que la nouvelle constitution ait pourbase l’égalité absolue, que la souveraineté du peuplesoit décrétée, que haine soit jurée à la royauté, àla dictature, au triumvirat, à toute autorité in-dividuelle, et que la peine de mort soit décrétéecontre quiconque en proposerait une pareille.Danton met fin à toutes les motions, en faisant dé-créter que la nouvelle constitution ne sera valablequ’après avoir été sanctionnée par le peuple. Onajoute que les lois existantes continueront provi-soirement d’avoir leur effet, que les autorités nonremplacées seront provisoirement maintenues, etque les impôts seront perçus comme par le passé,en attendant les nouveaux systèmes de contribu-tion. Après ces propositions et ces décrets, Manuel,Collol-d’Herbois, Grégoire, entreprennent la ques-tion de la royauté, et demandent que son abolitionsoit prononcée sur-le-champ. Le peuple, disent-ils,vient d’être déclaré souverain, mais il ne le seraréellement que lorsque vous 1 aurez délivré d uneautorité rivale, celle des rois. Lassemblée, lestribunes, se lèvent pour exprimer une approbationunanime contre la royauté. Cependant Bazire vou-drait une discussion solennelle sur une questionaussi importante. « Qu’est-il besoin de discuter,» reprend Grégoire, lorsque loutle monde est d’ac-» eord ? Les cours sont l’atelier du crime, le foyer» de la corruption ; l’histoire des rois est le marly-

» rologe des nations. Dès que nous sommes tous» égalementpénélrés de ces vérités, qu’est-il besoin» de discuter? »

La discussion est en effet fermée. II se fait unprofond silence, et, sur la déclaration unanime del’assemblée, le président déclare que la royautéest abolie en France . Ce décret est accueilli par desapplaudissements universels ; la publication en estordonnée sur-le-champ, ainsi que l’envoi auxarmées et à toutes les municipalités.

Lorsque cette institution de la république futproclamée, les Prussiens menaçaient encore leterritoire. Dumouriez , comme on l’a vu, s’étaitporté à Sainte-Menehould , et la canonnade du 21,si heureuse pour nos armées , n’était pas encoreconnue à Paris . Le lendemain 22, Billaud-Varennesproposa de dater, non plus de l’an IV de la liberté,mais de l’an 1" de la république. Cette propositionfut adoptée. L’année 1789 ne fut plus considéréecomme ayant commencé la liberté, et la nouvelleère républicaine s’ouvrit ce jour même, 22 sep-tembre 1792.

Le soir on apprit la canonnade de Valmy, et la joiecommença à se répandre. Sur la demande des ci-toyens d’Orléans , qui se plaignaient de leurs magis-trats, il fut décrété que tous les membres des corpsadministratifs et des tribunaux seraient réélus ,et que les conditions d’éligibilité fixées par la con-stitution de 91 seraient considérées comme nullesIl n’était plus nécessaire de prendre les juges parmiles légistes, ni les administrateurs dans une cer-taine classe de propriétaires. Déjà l’assemblée lé-gislative avait aboli le marc d’argent, et attribué àtous les citoyens en âge de majorité la capacitéélectorale. La convention acheva d’effacer les der-nières démarcations, en appelant tous les citoyensà toutes les fonctions les plus diverses. Ainsi futcommencé le système de l’égalité absolue.

Le 23, tous les ministres furent entendus. LedéputéCambonfilun rapportsur l’état des finances.Les précédentes asscmbléesa valent décrété la fabri-cation de deux milliards sept cents millions d’assi-gnats ; deux milliards cinq cents millions avaientété dépensés; restait deux cents millions, dontcent soixante-seize étaient encore à fabriquer, etdont vingt-quatre se trouvaient en caisse. Les im-pôts étaient retenus par les départements pour lesachats de grains ordonnés par la dernière assem-blée; il fallait de nouvelles ressources extraordi-naires. La masse des biens nationaux s’augmentanttous les jours par l’émigration, on ne craignait pas