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Tome I.
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CONVENTION NATIONALE (1793).

des accapareurs, puisque les lois sont insuffisan-tes , et qu’il faut envoyer aux Petiles-Maisonsceux qui proposent de L’accuser. Buzot demandel’ordre du jour sur la proposition d’accuser mon-sieur Marat . « La loi est précise, dit-il, mais mon-s sieur Marat incidentera sur ses expressions, le» jury sera embarrassé, et il ne faut pas préparer1 un triomphe à monsieur Marat , en présence de» la justice elle-même. » Un membre demande quela convention déclare à la république qu’hier matinMarat a conseillé le pillage, et qu’hier soir on apillé. Une foule de propositions se succèdent; enfinon s’arrête à celle de renvoyer sans distinctiontous les auteurs des troubles aux tribunaux ordi-naires. — « Eh bien ! s’écrie alors Marat , rendez» un acte d’accusation contre moi-même, afin que» la convention prouve qu’elle a perdu toute pu-» deur. » —A ces mots, un grand tumulte s’élève;sur-le-champ, la convention renvoie devant les tri-bunaux Marat et tous les auteurs des délits commisdans la journée du 23. La proposition de Barrèreest adoptée. Santerre et Pache sont mandés à labarre. De nouvelles dispositions sont prises contreles agents supposés de l’étranger et de l’émigra-tion. Dans le moment, cette opinion d’une influenceétrangère s’accréditait de toutes parts. La veille,en avait ordonné de nouvelles visites domiciliairesdans toute la France , pour arrêter les émigrés etles voyageurs suspects ; ce même jour, on renou-vela l’obligation des passe-ports, on enjoignit àtous les aubergistes ou logeurs de déclarer lesétrangers logés chez eux; on ordonna enfin un nou-veau recensement de tous les citoyens des sections.

Marat devait être enfin accusé, et le lendemain,*1 écrivit dans sa feuille les lignes suivantes :

« Indigné de voir les ennemis de la chose pu-

* blique machiner éternellement contre le peuple;

* révolté de voir les accapareurs en tous genres se1 coaliser pour le réduire au désespoir par la dé-

* tresse et la faim ; désolé de voir que les mesures1 Prises par la convention pour arrêter ces con-

* jurations n’atteignaient pas le but ; excédé des1 gémissements des infortunés qui viennent cha-

* flue matin me demander du pain, en accusant la' convention de les laisser périr de misère, je

* Prends la plume pour ventiler les meilleurs1 moyens de mettre enfin un terme aux conspira-

I ‘ions des ennemis publics, et aux souffrances

II du peuple. Les idées les plus simples sont celles

* se présentent les premières à un esprit bien

* *“' l > flui ne veut que le bonheur général sans

s aucun retour sur lui-même : je me demande donc» pourquoi nous ne ferions pas tourner contre des» brigands publics les moyens qu’ils emploienth pour ruiner le peuple et détruire la liberté. En» conséquence, j’observe que dans un pays où less droits du peuple ne seraient pas de vains titres,» consignés fastueusement dans une simple décla-d ration, le pillage de quelques magasins à la portes desquels on pendrait les accapareurs, mettrait» bientôt fin à leurs malversations ! Que font les» meneurs de la faction des hommes d’Élat ? ils» saisissent avidement cette phrase, puis ils se» hâtent d’envoyer des émissaires parmi les fem-» mes attroupées devant les boutiques des boulan-» gers, pour les pousser à enlever, à prix coûtant,» du savon, des chandelles et du sucre, de la bou-» tique des épiciers détaillistes, tandis que ces» émissaires pillent eux-mêmes les boutiques des» pauvres épiciers patriotes : puis ces scélérats» gardent le silence tout le jour, il se concertent» la nuit dans un conciliabule nocturne, tenu rue» de Rohan, chez la catin du contre-révolulion-s naire Valazé , et ils viennent le lendemain mej dénoncer à la tribune comme provocateur dess excès dont ils sont les premiers auteurs ! »

La querelle devenait chaque jour plus acharnée.On se menaçait déjà ouvertement; beaucoup dedéputés ne marchaient qu’avec des armes, et oncommençaità dire, avec autant de liberté que dansles mois de juillet et d’août de l’année précédente,qu’il fallait se sauver par l’insurrection, et sup-primer la partie gangrenée de la représentationnationale. Les girondins se réunissaient le soir engrand nombre chez l’un d’eux, Valazé , et là, ilsétaient fort incertains sur ce qu’ils avaient à faire.Les uns croyaient, les autres ne croyaient pas àdes périls prochains. Certains d’entre eux, commeSalles et Louvet, supposaient des conspirationsimaginaires, et en appelant l’attention sur deschimères, la détournaient du danger véritable.Errants de projets en projets, placés au milieu deParis sans aucune force à leur disposition, et necomptant que sur l’opinion des départements, im-mense il est vrai, mais inerte, ils pouvaient tousles jours succomber sous un coup de main. Usn’avaient pas réussi à composer une force dépar-tementale ; les troupes de fédérés, spontanémentarrivées à Paris depuis la réunion de la conven-tion, étaient en partie gagnées, en partie renduesaux armées ; et ils ne pouvaient guère compter quesur quatre centsBreslois, dontla fermecontenanco