CONVENTION NATIONALE (1793).
dune municipalité provisoire. Mais dans ce mo-ment , les émigrés cachés dans la commission etl’état-major continuaient de tromper les Lyonnais,en les effrayant du retour de la municipalité mon-tagnarde, et en leur disant que soixante mille Pié-montais allaient déboucher sur leur ville. Un en-gagement qui eut lieu entre deux postes avancés,et qui fut terminé à l’avantage des Lyonnais, lesexalta au plus haut point, et décida leur résistanceet leurs malheurs. Dubois-Crancé commença lefeu du côté de la Croix-Rousse, entre les deuxHeures, où il avait pris position, et dès le premierjour son artillerie exerça de grands ravages. Ainsi,l’une de nos plus importantes villes manufactu-rières était réduite aux horreurs du bombardement,et nous avions à exécuter ce bombardement enprésence des Piémontais, qui allaient descendredes Alpes .
Pendant ce temps, Carleaux avait marché surMarseille , et avait franchi la Durance dans le moisd’août. Les Marseillais s’étaient retirés d’Aix surleur ville, et avaient formé le projet de défendreles gorges de Septèmes, à travers lesquelles passela route d’Aix à Marseille . Le 24, le général Dop-Pet les attaqua avec l’avant-garde de Carteaux;
1 engagement fut assez vif, mais une section, quia vait toujours été en opposition avec les autres,Passa du côté des républicains, et décida le com-bat en leur faveur. Les gorges furent emportées,cl > le 25, Carteaux entra dans Marseille avec saPetite armée.
Cet événement en décida un autre, le plus fu-neste qui eût encore affligé la république. La villede Toulon , qui avait toujours paru animée du plusv *olent républicanisme tant que la municipalité ya vaitété maintenue, avait changé d’esprit sous laNouvelle autorité des sections, et allait bientôtebanger de domination. Les jacobins, réunis à laMunicipalité, étaient déchaînés contre les officiersai 'istocrates de la marine ; ils ne cessaient de seplaindre de la lenteur des réparations faites à^escadre; de son immobilité dans le port, et ils^Mandaient à grands cris la punitiondes officiers,Auxquels ils attribuaient le mauvais résultat de® x pédition de Sardaigne . Les républicains modé-r ® s répondaient là comme partout, que les vieux°diciers étaient seuls capables de commander lese ocadres, que les vaisseaux ne pouvaient pas se* e parer plus promptement, que les faire sortirCo, Ure les flottes espagnole et anglaise réunies se-’ ut fort imprudent, et qu’enfin les officiers dont
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on demandait la punition n étaient point des traî-tres, mais des guerriers malheureux. Les modérésl’emportèrent dans les sections. Aussitôt une fouled’agents secrets, intriguant pour le compte desémigrés et des Anglais, s’introduisirent dans Tou-lon , et conduisirent les habitants plus loin qu’ilsne se proposaient d’aller. Ces agents communi-quaient avec l’amiral Hood, et s’étaient assurésque les escadres coalisées seraient, dans les pa-rages voisins, prêtes à se présenter au premiersignal. D’abord, à l’exemple des Lyonnais, ils fi-rent juger et mettre à mort le président du clubjacobin, nommé Sévestre. Ensuite ils rétablirentle culte des prêtres réfractaires; ils firent déterreret porter en triomphe les ossements de quelquesmalheureux qui avaient péri dans les troubles pourla cause royaliste. Le comité de salut public ayantordonné à l’escadre d’arrêter les vaisseaux desti-nés à Marseille , afin de détruire cette ville, ils nepermirent pas l’exécution de cet ordre,et s’en fi-rent un mérite auprès des sections de Marseille .Ensuite ils commencèrent à parler des dangersauxquels on était exposé en résistant à la conven-tion , de la nécessité de s’assurer un secours con-tre ses fureurs, et de la possibilité d’obtenir celuides Anglais en proclamant Louis XVII . L’ordonna-teur de la marine était, à ce qu’il paraît, le prin-cipal instrument de la conspiration ; il accaparaitl’argent des caisses, envoyait chercher les fondspar mer jusque dans le département de l’Hérault ,écrivait à Gênes pour faire retenir les subsistanceset rendre ainsi lasituation de Toulonpluscritique.On avait changé les états-majors; on avait tiré deprison un officier de marine compromis dans l’ex-pédition de Sardaigne , pour lui donner le com-mandement de la place; on avait mis à la tête dela garde nationale un ancien garde du corps, etconfié les forts à des émigrés rentrés; on s’étaitassuré enfin de l’amiral Trogoff, étranger que laFrance avait comblé défaveurs. On ouvrit une né-gociation avec l’amiral Hood, sous prétexte d’unéchange de prisonniers, et, au moment où Car-teauxvenait d’entrer dans Marseille , où la terreurétait au comble dans Toulon , et où huit ou dixmille Provençaux, les plus contre-révolutionnairesde la contrée, venaient s’y réfugier, on osa faireaux sections la honteuse proposition de recevoirles Anglais , qui prendraient la place en dépôt aunom de Louis XVII . La marine, indignée, envoyaune députation aux sections pour s’opposer à l'in-famie qui se préparait. Mais les contre-révolution-